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 Une ombre du passé dans le miroir [pv Kay Jager]

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MessageSujet: Une ombre du passé dans le miroir [pv Kay Jager]   Lun 3 Déc - 15:35

Le soir tombait sur les faubourgs, apportant une touche rouge et or aux façades grises, ainsi qu’un vent froid qui venait meurtrir les chairs. Eris ne semblait pas en être dérangée, au contraire l’air frais lui paraissait des plus agréables, vivifiant et, comme parfois, elle aimait à en profiter sur le pas de la porte de sa boutique. Les rues commençaient à être désertées par les bonnes gens, les mineurs remontaient des mines, couverts de charbons, fatigués, désireux de se coucher ou de prendre un verre et oublier entre les jambes d’une catin que leurs vies n’ont rien de bien joyeux. Elle vivait auprès d’eux mais dans un monde bien différent, ce qu’on lui reprochait souvent. Elle était une aristocrate des mines, une noble parmi les démunis. Ils ne savaient pas vraiment sur quel pied danser avec elle. Elle était appréciée mais aussi crainte, pour ce qu’elle était, une Von Heiligen mais aussi pour les rumeurs qui l’entouraient. Eris repensait à son passé, avec une nostalgie mêlait de tristesse. Il y avait eu des moments de joies, certes. Elle se rappelait encore lorsque sa mère la prenait dans ses bras, la couvrant d’affection alors qu’elle n’était qu’une petite fille, la peine de se sentir abandonnée, jetée dans les mines sans jamais la revoir, ce père qu’elle due apprendre à connaître, ce frère qu’elle haït dès leur première rencontre, ses premiers émois, ses premières déceptions… Elle se rappelait également de ce gamin avec qui elle s’était facilement entendue, qui était devenue garde des mines, policier puis qui avait choisi d’entrer dans la milice. A leur dernière rencontre, ils s’étaient disputés. Il n’avait pas aimé entendre de la bouche de la jeune femme qu’il risquait de devenir un chiot aveugle s’il ne gardait pas l’esprit ouvert, lui demandant, textuellement « Garde l’esprit ouvert. Ne prends pas ces travers que l’on reproche à la milice. Montre toi plus intelligent et n’oublie pas ton passé ! ». Elle ne l’avait pas dissuadé, ni encouragé d’ailleurs. Elle lui avait seulement dit de faire ce qu’il voulait sans devenir un être abject. Elle aurait pu aisément le retrouver, en interrogeant ses collègues mais elle était une Von Heiligen et cette famille n’était pas dans les bons papiers de la reine, tout au contraire. Elle espérait changer cela, obliger cette vieille mégère à les regarder, et plus spécialement elle, par vengeance, comme autre chose qu’une pourriture sous son nez. Eris, commençant à avoir frais malgré tout, rentra dans sa boutique et retourna s’installer dans son canapé, s’y vautrer confortablement pour lire un livre de médecines sur les grandes épidémies. Les dernières histoires en ville n’avaient pas fini de la tourmenter et elle s’inquiétait de ce qui pourrait advenir. Un médecin pourrait l’aider, plus facilement encore mais cela demandait trop souvent de les payer. Si elle pouvait comprendre et traiter, avec l’aide de son comparse contrebandier, cette pandémie latente, ce serait pour le mieux.

Elle fermerait bientôt boutique, mais elle attendrait au moins vingt heure, comme souvent. Certains clients venaient parfois tard, faute de pouvoir venir en journée et puis elle n’était pas pressée de retrouver ses pénates, ni de manger en la compagnie de sa famille. Parfois, elle prenait plaisir à manger seule, en ne rentrant qu’à des heures indues, ce qui frustrait son frère mais qui ne pouvait rien dire. Elle travaillait et il était le premier à dire que le travail demander du temps, beaucoup de temps et se moquait bien de savoir si vous aviez une vie de famille ou non. Sur ce point, au moins, ils étaient d’accords. C’était bien l’un des seuls.

MessageSujet: Re: Une ombre du passé dans le miroir [pv Kay Jager]   Mar 4 Déc - 0:49

Ils avaient eu une histoire commune. Elle avait été comme une sœur à ses yeux. Ce qui se rapprochait le plus d’une famille alors qu’il était garde des mines. La seule à qui il partageait, parfois, ses pensées. Pourtant lorsqu’elle lui avait dit ces mots il avait réagi bêtement. Il s’était mis en colère, trouvant son sermon parfaitement ridicule. Kay avait haussé la voix, ce qui ne lui arrivait jamais en temps normal. Il avait explosé de colère comme un adolescent dont on venait de critiquer les rêves. Oublier quel passé ? Que ses géniteurs l’avaient abandonné comme un chien ? Qu’il avait passé son enfance à se battre ne serait ce que pour exister ? Toute sa vie il avait espéré la reconnaissance. Ce poste au sein de la milice représentait le meilleur moyen d’obtenir ce qu’il avait toujours recherché.
La milice avait laissé une image forte dans son esprit la première fois qu’il les avait croisé. En rejoignant la garde des mines puis la police, il avait suivi un grand nombre des interventions de ce groupe si coordonné, si puissant tant sur le plan individuel que collectif. Il voulait faire partie de cette Unité pour appartenir enfin à quelque chose. Avoir un but. Pour Kay la milice était uniquement la cible des journaux pirates, des calomnies pour d’atteindre cette élite chargée de la protection de la Reine et de ses héritiers, ainsi que de tout ce qu’ils représentent. Les reproches faits aux miliciens n’étaient pas fondés. Si un marchand voyait ses étals détruits c’était qu’il dissimulait sans doute des produits de contrebande. Une perquisition était souvent justifiée par un soupçon, aussi petit soit-il. Ils ne s’en prenaient jamais aux innocents mais à Draümbell peu de personnes l’étaient encore. Si leurs agissements paraissaient mauvais aux yeux du peuple, c’est que ce dernier était lui-même mauvais. Il n’y avait pas d’autres explications que cela.

Si Kay était si sûr, si déterminé à ce sujet… Pourquoi est ce qu’il se sentait si triste, lorsqu’il devait patrouiller dans les mines ? Il reconnaissait certaines rues, certains chemins qu’il avait souvent emprunté en Sa compagnie. Il n’aurait pas dû lui crier dessus. Il n’aurait pas dû se détourner de son amitié. Eris avait toujours été une demoiselle impressionnante, tant au sujet de ses origines que dans sa manière de se comporter avec les autres. Elle avait le coeur sur la main avec les plus démunis, tout en restant une aristocrate. Une aristocrate des mines.
La Reine n’aimait pas sa famille et en voulant respecter les désirs informulés de cette dernière, Kay avait petit à petit pris du recul avec Eris. Jusqu’à ce jour. Peut-être avait-il été un simple prétexte pour briser définitivement tout lien avec elle ? Depuis il se sentait rongé par le remord, lui qui veillait toujours à avancer sans regarder en arrière.

C’est sans doute ce qui conduisit ses pas jusque devant sa boutique. Son aspect n’avait pas changé en extérieur et il imaginait bien qu’à l’intérieur il retrouverait un endroit familier. Une sensation qui lui manquait parfois. Hésitant un peu au vu de l’heure tardive, Kay resta longuement planté devant la porte comme si la réponse allait lui apparaître d’elle-même. Il n’était pas encore vingt heures mais cela n’allait plus tarder. Il savait qu’elle fermait sa boutique tard le soir. Peut-être que si la porte était close, il oublierait tout cela et rentrerait à la caserne ?
Posant sa main sur la poignée, il la tourna avec lenteur et n’eut aucune réelle surprise quand le clic sonore témoigna qu’elle pouvait s’ouvrir. La poussant du bout des doigts, il entra dans la boutique qu’il parcourut un instant du regard : elle était toujours aussi chaleureuse et les articles à vendre bien présentés. Eris avait le sens des affaires, c’était une certitude. Ses prunelles claires se posèrent sur la jeune femme installée dans le canapé et lorsque leurs prunelles se croisèrent… Kay baissa les yeux comme un gamin pris en faute.

"Bonsoir, Eris. Ca fait longtemps."

Sa voix était peut-être un peu plus lente, plus posée que la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Son corps s’était encore développé, Kay arborant des épaules solides et des bras dessinés par la simple chemise grise qu’il portait sous sa veste de cuir. Il profita de quelques instants de flottement pour poser à nouveau son regard sur Eris et la détailler à nouveau. En neuf ans la jeune femme avait mûri et pourtant elle paraissait toujours aussi jeune et éclatante. Alors que lui remerciait encore le ciel de ne pas lui avoir collé des cheveux blancs prématurés. C'était là qu'il remarquait leur différence de milieu. Leurs différences tout court.

"Je suis réellement désolé de te déranger à cette heure mais je…" Il eut un petit toussotement pour s’éclaircir la voix. "Je patrouillais un peu dans le quartier cette nuit, pour le travail. En arrivant ici j'ai remarqué que tu n'avais pas encore fermé ta boutique et que par conséquent eh bien... je pourrai passer te voir. J'aimerai pouvoir... Te parler un peu, si tu as du temps à m'accorder. Enfin si tu préfères que je repasse une autre fois, en journée par exemple, je comprendrais. Et je comprendrais aussi si tu désires... Que je ne repasse pas du tout."

Ce n'était pas le meilleur moyen de briser la glace. Il s'en rendait compte maintenant qu'il avait terminé et un discret soupir lui échappa. Kay était vraiment mal à l’aise et, pour le dissimuler, il préféra prendre le temps de se promener un petit peu dans la grande pièce, regardant les différents produits qu’elle proposait à la vente aux mineurs pour qu’ils puissent se sentir un peu plus élégants. "Ta boutique n’a pas changé depuis la dernière fois que je suis venu. Mais par contre je remarque que… Eh bien que tu offres toujours à la vente des ensembles intéressants. Est ce que tu t’intéresses toujours aux plantes ?"
MessageSujet: Re: Une ombre du passé dans le miroir [pv Kay Jager]   Mar 4 Déc - 13:12

Au son de la clochette, Eris se redressa légèrement et referma son livre, observant l’homme, le milicien qui se tenait devant lui. Elle le connaissait ou du moins elle l’avait connu. C’était toutefois il y a de cela bien des années.

« Bonsoir Kay. ». Sa voix était aimable mais froide, dénuée de la moindre émotion. Son regard ne montrait aucune joie de le voir. Il était parfaitement impassible. Elle se rappelait encore leur dispute et ne comptait pas faire le premier pas, maintenant qu’il était devant elle, pour tenter de s’excuser. Le seul en tort, c’était lui. Elle ne lui en voulait pas mais Eris ne voulait lui rendre la chose plus simple, même s’il était là pour discuter, comme il le prétendait. C’était un milicien qu’elle avait devant elle, impossible de ne pas l’oublier totalement. « Nous pouvons parler, oui. ». Le ton était toujours dénué de chaleur mais le visage de la chapelière s’était fait plus doux, plus accueillant alors qu’elle se relevait, passant d’abord par la position assise avant de se rapprocher de son visiteur qui parcourait la boutique. Elle était arrivée derrière lui, sans se faire entendre, lorsqu’il lui fit une remarque qu’elle jugea maladroite dans sa formulation. A un « mais par contre » près, elle y aurait vu un agréable compliment. Hélas, cette petite formulation lui donnait plus une sensation de critique négative et illogique. Elle n’en tint toutefois pas compte, ce n’était que la maladresse de Kay.

« Certaines choses ont changé. J’ai vu mes clients vieillir, parfois mourir. D’autres sont arrivés et d’autres, qui aimaient venir ici sont partis. ». C’était une critique à peine voilée à son encontre. Elle ne l’attaquait pas ouvertement mais le lui laissait entendre qu’elle n’avait pas oublié. « Et oui je m’intéresse toujours aux plantes. Que cherches-tu ? Qu’est-ce qui t’a poussé à franchir ma porte ce soir ? ». Eris le savait déjà, elle n’espérait que l’obliger à le dire, affronter son regard. Elle ne répondrait pas aux banalités d’une conversation innocente avant cela. Kay devait sans doute se rappeler comment elle fonctionnait avec ceux qui lui manquaient de respect ; elle utilisait la même méthode avec lui pour une raison subtilement différente.
MessageSujet: Re: Une ombre du passé dans le miroir [pv Kay Jager]   Jeu 6 Déc - 0:29

Leur échange de regards parut durer une éternité pour Kay qui fut le premier à détourner les yeux. Malgré ce discret signe de malaise, il se tenait le dos droit et arborait même une posture presque militaire, les mains croisées dans son dos. Cette tenue mettait naturellement sa silhouette en valeur, même si ce n’était pas le but recherché. Après tout il ne cherchait pas à se faire bien voir. Pas de cette manière.

La voix froide de la jeune femme plaçait le décor. Pour autant il ne pouvait pas lui reprocher de se présenter sous ce jour avec lui. Cela faisait presque une décennie qu’ils ne s’étaient pas vus et sa réaction semblait tout à fait normale. Il sentit tout de même une légère pointe dans sa poitrine, un peu de tristesse l’envahissant sans qu’il n’en laisse rien paraître. S’il n’avait pas acquis de l’assurance au cours de ces différentes années, il aurait sans doute choisi de prendre la fuite plutôt que d’affronter son regard. La sentir se radoucir un peu quand elle se releva permit à Kay de se rassurer un petit peu : elle acceptait de discuter avec lui et c’était déjà un grand pas pour le milicien. Il sentit sa présence dans son dos tandis qu’il parcourait la boutique et ce n’est qu’après avoir fait le tour de lieux qu’il se tourna à nouveau vers elle.

Il reçut la critique mais se contenta d’humblement hocher la tête. Ce n’était pas méchant de la part de Eris mais une simple constatation. Car il avait aimé venir la voir dans sa boutique, jusqu’à disparaître du jour au lendemain. Quand elle lui posa directement la question, il lui fit de nouveau face et chercha à nouveau son regard.

"Je suis venu te voir pour essayer de… Je désire retrouver l’amitié que nous avions. J’ai l’impression que le temps est passé à une vitesse folle depuis que nous… Depuis que j’ai agi comme ça avec toi. Et tu me manques." Kay n’avait jamais été un excellent orateur. Plus encore lorsqu’il devait se livrer sur quelque chose de personnel. Mais pour une fois il parlait en la regardant dans les yeux, avec sérieux. "J’aimerai te présenter mes excuses pour ce que je t’ai dit. Je n’aurai pas dû hausser la voix comme ça, encore plus sur toi."

Kay ne pensait pas qu’il viendrait lui présenter ses excuses en personne. Qu’il oserait le faire en la regardant droit dans les yeux. Mais il prenait conscience du risque. Celui de perdre définitivement son amie s’il ne faisait pas ce pas vers elle. Ces mots raisonnaient encore dans son esprit : sous la colère il lui avait rappelé que Eris ne pouvait pas se prétendre proche des mineurs, de part son rang. Qu’elle ne pouvait pas le comprendre puisqu’elle avait déjà sa famille, qu’elle était aimée. Que ce n’était pas une faible femme qui pouvait critiquer la milice. Il avait employé des arguments bas et pas toujours fondés, n’ayant pas vraiment réfléchi à ses propos.

"Je ne pensais pas tout ce que je t’ai dit. Je ne sais pas si tu m’en veux, et si c’était le cas je comprendrais. Mais sache que mon comportement… j’ai vraiment agi de manière idiote, totalement irréfléchie. Je tenais beaucoup à entrer dans la milice à l’époque alors que tu penses… ce genre de choses ça m’a fait tiquer. Et puis j’étais stressé par le travail, par les épreuves que j’avais à passer… J’ai vraiment déconné et j’espère sincèrement que j’arriverai à me faire pardonner."
MessageSujet: Re: Une ombre du passé dans le miroir [pv Kay Jager]   Ven 7 Déc - 12:59

Ainsi Kay souhaitait retrouver leur amitié ? Il avait de l’audace, c’était certain. Elle ne lui avait pas décrit la Milice sous son plus beau jour, l’avait mis en garde contre le risque qu’il devienne un imbécile bouffie d’orgueil obéissant aux ordres comme un chiot en quête d’une papouille de la main d’un maître cruel et violent. Elle ne s’était pas montrée des plus délicates, mais il avait eu les mots les plus blessants. L’attaquer sur son rang, son affiliation à l’aristocratie des mines pour affirmer qu’elle n’était qu’une hypocrite à se prétendre proche des mineurs lui était toujours resté en travers de la gorge. Plus encore, qu’avoir une famille qui l’aimait -à l’exception d’un certain demi-frère- lui empêchait de comprendre le sort de ceux qui souffrent des injustices d’une vie de misère. Et puis il y avait eu cette attaque puérile, mesquine, sur la place de la femme dans la société, la renvoyant si ce n’est dans les mots ce n’était dans l’esprit à une pondeuse qui n’avait qu’à la fermer et ne pouvait penser ou critiquer par elle-même. Pardonner n’était pas si simple, qu’il ait pu penser ou non sur l’instant, qu’il puisse ou non le regretter.

« Je t’avais dit que si c’était ce que tu voulais faire, je ne pouvais que me réjouir que tu es trouvé ta voix. Je n’avais fait que te mettre en garde pour ne pas devenir ce que l’on voit de la Milice de l’extérieur. C’était un fait. Tu as réagi de façon idiote, insultante. Tu voudrais que je te pardonne et cela je puis le comprendre. J’espère que tu réfléchis un peu plus maintenant… ». Cela avait été dit calmement, sans hausser le ton, sans y mêler un ton ou un regard de reproche. Elle se montrait impassible, juste assez aimable pour laisser entrevoir un maigre espoir de réconciliation.

« Et maintenant ? Crois-tu toujours que la Milice est si parfaite ? Que les ordres données sont toujours les meilleurs non pas pour le pouvoir mais pour cette ville que tu souhaites défendre ? Accuses moi de trahison ou de ce que tu voudras, ça ne sera jamais qu’une chose de plus à ajouter à ma liste. ». Eris savait qu’il prendrait certainement cela pour de la provocation mais s’il voulait réellement se faire pardonner, il devrait se montrer moins fermé, moins obtus. Elle condamnait sans doute toute possibilité de réconciliation ainsi mais comme elle savait qu’elle ne se retiendrait pas par la suite de lui exprimer le fond de sa pensée, elle préférait qu’il sache tout de suite ce qu’il en serait. Autrement ce serait une perte de temps et d’énergie pour l’un et l’autre, une nouvelle peine à ajouter, de nouveaux remords. Elle ne voulait pas se faire de faux espoirs ; elle ne pouvait qu’espérer qu’il prenne la bonne décision.
MessageSujet: Re: Une ombre du passé dans le miroir [pv Kay Jager]   Mer 12 Déc - 23:57

Il savait. Il sentait que se faire pardonner serait très difficile. Mais il fallait bien qu’il fasse le premier pas, car elle ne le ferait pas. Et c’était normal, puisque c’était ses mots à lui, ses paroles blessantes qui avaient conduit à cette situation périlleuse. Il pouvait lui reprocher d’avoir critiqué la milice mais… Ce n’était rien comparé à ce que lui avait dit. Et il en avait honte. A chaque fois qu’il pensait à elle, la scène lui revenait en mémoire, principalement ce moment où son visage avait changé pour perdre sa douceur en réalisant ce qu’il venait de dire.
Levant les yeux vers la jeune femme, il prit le temps de la détailler une dernière fois. Elle n’avait rien perdu de sa stature et avait même gagné en maturité qui ajoutait à la noblesse de ses traits une finesse toute particulière. Elle continuait de l’impressionner, que ce soit dans sa manière de se tenir, de se déplacer, ou encore la façon dont elle posait son regard sur les gens. Et là elle offrait à Kay un regard impassible qu’il ne parvenait pas à soutenir, ses prunelles préférant s’égarer sur les chapeaux et autres articles en tout genre proposés à la vente.

"Je sais que mon comportement n’est pas pardonnable. Et que j’aurai de la chance si tu acceptes au moins de me sourire un peu. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour pouvoir de nouveau bénéficier de ta confiance… J’ai longuement réfléchi à tout ça et… Et j’aurai voulu revenir dans le temps pour me faire taire, ne jamais t’avoir dit ces bêtises."

Il voyait dans sa remarque un peu d’espoir. Toute leur relation ne semblait pas perdue et il espérait réellement que Eris accepterait sa tentative pour se rapprocher. Elle mettrait sans doute des barrières, des freins qui l’empêcheraient de progresser comme il le désirait. Mais il s’en moquait. Il voulait cette réconciliation. La pique le surprit réellement, au point que Kay fixa d’abord sans comprendre Eris. Ce n’est qu’après plusieurs minutes qu’il finit par répondre, en crispant d’abord les mâchoires.

"Je ne veux pas t’accuser de trahison, Eris. Ou de quoi que ce soit d’autre. Tu…" Il eut un soupir. "Tu as raison, il y a toujours des problèmes, que ce soit dans la police ou dans la Milice certains hommes dépassent toute logique élémentaire et j’aimerai pouvoir m’exclure de ceux-ci aujourd’hui. Certains ordres sont aussi donnés dans un sens davantage politique que social. J’apprécie pourtant la Milice pour ce qu’elle représente pour moi car ça n’a pas changé mon désir de protéger la ville. Je suis heureux que tu ne m’aies pas défendu de suivre ma voie, Eris. Et ce que tu m’as dit je… J’ai mis beaucoup de temps à entendre tes paroles, qu’elles me permettent de comprendre ce que tu voulais dire et ouvrir les yeux."

Sa mâchoire s’était décrispée. Il parlait sincèrement et même s’il avait pris en compte la petite provocation, il ne l’avait pas relevée. Elle n’avait pas dit de mauvaises choses… Et même si pour lui il n’avait pas le rôle d’un simple chien de la Reine, il savait à présent que la Milice n’était pas toujours bien vue et le prenait en compte.


Spoiler:
 
MessageSujet: Re: Une ombre du passé dans le miroir [pv Kay Jager]   Sam 15 Déc - 11:47

« Ce qui a été dit ne peut être changé. Il nous faut simplement apprendre à vivre avec, ne pas chercher le pardon en tentant de corriger le passé mais en ne reproduisant pas les mêmes erreurs. » répondit Eris une fois qu’il eut fini de parler. Comme Kay semblait plus à même aujourd’hui d’admettre le bienfondé de ses critiques passés, elle fit choix de se montrer moins froide, moins distante. Elle ne le pardonnait pas pour autant. Le passé était là et serait toujours là. Il n’aurait sans doute jamais droit à l’absolution mais au moins elle lui laisserait une nouvelle chance.

« N’ai-je pas toujours raison de toute façon ? » ironisa Eris avant de reprendre d’un ton plus sérieux mais aussi réellement plus aimable. « Je suis contente de te voir admettre que tout n’es pas blanc ou noir. Parfois j’ai l’impression que les gens ne cherchent pas à réfléchir dès lors que cela heurte leur vision des choses… Il suffirait pourtant d’un rien pour que la concorde s’installe. Un mot, un geste cela suffit à séparer ou réunir. ». La fin était essentiellement une réflexion personnelle, qui s’appliquait également à leur cas. La chapelière retourna alors vers la partie aménagée en salon, posa la bouilloire sur le poêle qui chauffait doucement puis alla vers le buffet, s’agenouillant avant de l’ouvrir et parcourir du regard les différents pots avant d’attraper un thé vert et une boîte de biscuits à la cannelle, les poser sur la table basse avant de faire de même avec deux tasses en porcelaine.

« Souhaites-tu boire quelque chose ? Thé, café, un alcool ? »
Eris avait toujours ce qu’il fallait dans sa boutique, pour recevoir quelqu’un ou simplement agrémenter la journée d’une boisson agréable. Elle gardait même, pour les plus décalés des hommes, qui prenaient plaisir à consommer des mets infâmes, un thé ordinaire des mines dont le goût était plus proche du charbon que de quoi que ce soit d’autres. Elle n’en consommait pourtant jamais. C’était pour les occasions spéciales, pour les visiteurs spéciaux. Une boîte jamais ouverte depuis son acquisition, inutile à souhait. Sans plus attendre, Eris s’installa dans la banquette, faisant fi de la plus élémentaire des politesses qui aurait voulu qu’elle propose au milicien de s’asseoir. Après, de toute façon, elle venait de l’inviter à prendre le thé, ou autre liquide à sa convenance et il n’allait sans doute pas s’imaginer qu’il devrait le prendre sur une jambe, vêtu d’un tutu rose en chantant la carmagnole. L’image qui lui vint en tête à cette pensée lui arracha un sourire alors que son regard se reposer sur Kay.

« Comment te portes-tu ? » demanda-t-elle alors. Restant dans le champ des questions normales, habituelles entre deux personnes se connaissant. Elle laissait de côté l’histoire passée, l’invitant silencieusement à faire de même et explorer le chemin brumeux et tortueux de l’avenir.
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