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 Si on veut connaître un peuple, il faut écouter sa musique.

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MessageSujet: Si on veut connaître un peuple, il faut écouter sa musique.   Mer 8 Aoû - 12:11

À chaque fontaine sa note, à chaque heure sa mélodie : il n'y avait pas d'orchestre plus surprenant, ni plus irréprochable, que les jardins mécaniques. Conçus pour la perfection, ils exécutaient jusqu'aux partitions les plus difficiles et s'il était compliqué de s'attirer l'admiration d'Agnes, elle ne rougissait pas d'admettre qu'elle tuerait pour posséder ce talent. Bien sûr, ces ersatz de musiciens manquaient ce qu'il y avait de plus crucial à l'art, à savoir l'émotion, et en cela Agnes se savait supérieure - mais il était parfois plus agréable d'apprécier une œuvre mécanisée impeccable qu'une interprétation maladroite, surtout lorsqu'on cherchait la réflexion en sa présence.
Il n'était pas rare de croiser Agnes au jardin des fontaines musicales ; moins rare encore de l'admirer un instrument à la main, accompagnant le rythme de l'eau chantante de son propre talent comme si elle cherchait à sublimer la musique, s'approprier le rythme pour en faire une chanson plus digne encore d'être jouée en sa présence. Elle faisait alors partie de cet orchestre incroyable et si elle savait former un public ce dernier savait également qu'il était de mauvais ton d'interrompre l'héritière dans ses improvisations artistiques.

C'était à la fois un loisir et une excuse : là où d'ordinaire elle représentait la Reine des abeilles, figure d'importance autour duquel on gravitait sans qu'elle n'ait réellement son mot à dire (mais dont elle jouait le jeu à la perfection, bien évidemment) on lui accordait la tranquillité si tant était qu'elle avait un instrument à la main. Les moments de paix étaient rares pour Agnes mais ils étaient désormais teintés d'un opportunisme relatif, a fortiori lorsqu'elle attendait Winnie et que Winnie était partie laisser traîner ses yeux et ses oreilles au profit de la princesse Von Rosen.
Il y avait ces vagues de meurtre qui commençaient à faire du bruit, et pour qu'une telle information parvienne aux oreilles d'Agnes c'est que la chose devait être inquiétante, voire d'une assez grande importance. Bien sûr, personne ne pensait une seconde que les gens de la haute ville pouvait être inquiétés, mais il n'empêche que cela faisait jaser et qu'Agnes, dans sa nécessité de toujours avoir besoin d'un coup d'avance sur le reste du Monde, avait donc placé ses pions à son tour pour tirer son épingle du jeu.

Elle ne voulait pas en tirer profit : malgré tous ses défauts, elle n'était pas morbide et la mort de ces personnes ne serait jamais un prétexte au pouvoir, même si elle restait relativement indifférente aux sorts de ces inconnus. Néanmoins, si elle pouvait apprendre quelques détails sur l'affaire, voir des informations capitales, elle pourrait s'en servir à bon escient le moment venu - en outre lors de la prochaine visite du Maître des Mines, à tout hasard, puisque s'il n'était pas l'instigateur présumé de ces assassinats, il était plongé dedans jusqu'au cou.
En cela, Agnes comptait sur Winnie qu'elle n'avait pas revue depuis leur dernière entrevue la veille en début d'après-midi. En outre, cela expliquait pourquoi la coiffure d'Agnes n'était pas aussi impressionnante que d'ordinaire, puisqu'elle n'avait eu que ses deux mains pour faire de son mieux, mais c'était un détail qu'elle pouvait outrepasser pour une telle cause. Elle n'attendait pas de la rouquine qu'elle fasse des miracles, mais elle avait confiance en cette dernière pour pouvoir discerner le vrai du faux s'il le fallait. Sa parole, au demeurant, serait toujours plus fiable que les rumeurs que s'échangeaient les aristocrates.

Midi sonna tandis qu'Agnes glissait une dernière fois ses doigts sur les cordes de sa lyre tandis que les fontaines se taisaient peu à peu. Lorsqu'elle releva les yeux, le dernier accord encore suspendu dans l'air, ce fut pour mieux apercevoir Winnie. Ponctuelle, comme d'ordinaire : Agnes lui avait donné rendez-vous pour déjeuner, officiellement pour profiter des fontaines et de l'extérieur agréable, officieusement pour qu'elle lui fasse un rapport loin des oreilles indiscrètes. Bien qu'elles auraient sans doute été dans une sphère davantage privée dans ses appartements, personne ne la pensait assez bête pour parler de choses importantes en public, mais c'était sous-estimer la compréhension mutuelle que s'était formée entre Winnie et elle. Elles n'avaient pas besoin d'évoquer directement les choses pour se les faire comprendre.

« Tu ne patientes pas depuis trop longtemps, j'espère ? » L'amabilité au bord des lèvres et le regard prêt à se montrer contrit, elle déposa l'instrument à côté d'elle pour faire signe à sa vis-à-vis de la rejoindre sur son banc, déplaçant le panier de pique-nique qui trônait jusque là sur la place libre à ses côtés. « Viens, assieds-toi. Comment s'est passé ton séjour en bas ? » Et la question était enrobée d'une curiosité innocente, capable de berner qui que ce soit pourrait se douter d'un quelconque sous-entendu. « J'ai fait comme j'ai pu en ton absence, comme tu le vois. J'espère que ce n'est pas trop catastrophique. » Elle pointa un doigt vers sa coiffure, l'expression amusée de l'ingénue trop honnête dans son embarras, un tour de force non pas pour berner Winnie mais les éventuels témoins curieux qui pouvaient encore leur prêter attention.
 
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