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 Grises mines aux faubourgs

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MessageSujet: Grises mines aux faubourgs   Lun 30 Juil - 12:22

Les temps étaient à l’obscurité et aux ténèbres. Il faut dire que dans cette ville, les rayons de soleil étaient plutôt rares. Mais lorsque le sol commençait à trembler sous ses pieds et qu’une lourde détonation se faisait entendre au loin, on devinait aisément que la poussière remontant des faubourgs seraient chargée d’une nouvelle odeur aux relents métalliques. La nouvelle s’était alors répandue comme une traînée de poudre, presque aussi mortelle que le gaz à l’origine de ce malheur. Dans les hautes sphères, le rouquin entendait les moqueries mesquines et les paris lugubres sur le nombre de mort. Chez les nobles, si loin de la basse réalité, on se demandait déjà quelle famille il serait bon de renvoyer plus bas que terre pour remplacer les pertes sous couvert du jeu politique. Faire profil bas était de mise… Mais l’herboriste ne se sentait que peu concerné.

Quand il avait appris la nouvelle – bien avant les bruits de rue – il avait commencé à s’organiser et organiser sa petite bande. Des vivres, ce qu’ils pouvaient transporter d’eau potable, de quoi aider les blessés… C’était peu, Axel en avait bien conscience. Mais parfois, on ne peut malheureusement pas faire plus et il faut se contenter de tendre une main, aussi rabougrie soit-elle. Alors un soir, au couvert de la nuit poussiéreuse, lui et quelques-uns de ses amis de confiance avaient parcouru le labyrinthe des égouts qui les mena cette fois-ci dans un des recoins reculés du quartier des ouvriers. Ils prirent cache dans une vieille maison en ruine non loin de l’entrée du passage, posant leurs précieuses marchandises et faisant le tour du propriétaire pour vérifier qu’aucuns gardes malavisé ne traînaient dans les parages. Une fois certain que la zone ne craignait plus rien, le rouquin laissa ses hommes sur place avant de prendre la route du centre des faubourgs.

Se faufilant à la faveur des ombres et dissimulant sa chevelure rousse sous une cape aussi miteuse que les vêtements qu’on pouvait trouver dans le quartier, il commença son porte à porter, allant voir les habitants. Un par un, il leur amena la nouvelle de leur présence, leur révélant l’endroit du soir où ils pouvaient se rendre pour repartir qui avec des soins, qui avec de la nourriture.  Il en profita pour recueillir les dernières nouvelles auprès des doyens avec qui il avait l’habitude de faire affaire, recueillant les dernières informations juteuses : les gardes se tenant tranquilles pour les laisser faire leur deuil – ce qui l’arrangeait bien, au fond –, ceux qui avaient succombé au coup de grisou ou les hommes les plus mal en point.

La nuit était déjà bien avancée quand il eut fini de faire le tour des maisons. A tel point que les premiers qu’il avait envoyés étaient déjà de retour chez eux. Il resta malgré tout à traîner en un peu dans les rues du faubourg, vérifiant qu’aucun garde ne faisait pas un peu de zèle. Ils étaient rares, ceux à oser s’aventurer dans les rues après que la lune soit levée, mais personne n’était à l’abri d’un coup de pas de chance ou d’une ronde improvisée après un pari alcoolisé perdu.

C’est ainsi qu’il tomba sur elle, par hasard au détour d’un croisement. La petite souris des mines. Rares étaient les personnes qui avaient vraiment retenu son attention dans les faubourgs. Pas qu’il ne se soucia pas des ouvriers, sinon il ne prendrait pas autant de risques. Mais le travail éreintant avait souvent tendances à épuiser les esprits et les rendre dociles et malléables. Mais parfois, quelques perles arrivez à résister. Meryl faisait partie d’entre elle. Il ne l’avait croisé qu’à quelques reprises, mais il avait aimé ce qu’il avait aperçu dans son regard, cette petite lueur d’intelligence vive. Et ce qu’on lui avait raconté à son sujet n’avait fait que renforcer cette première impression.

Il s’arrêta donc au milieu du chemin, observant la sorcière, plutôt rassuré au fond, qu’elle ne fasse pas parti des victimes. Beaucoup de jeunes étaient tombés – c’était souvent eux qu’on envoyer au plus profond des mines. Les jeunes, encore peu affecté par le poison du Saltz et capable de porter des charges plus lourdes que leurs ainés. Il lui sourit, de ces sourires mi sérieux et mi amusé qu’il savait si bien faire, l’observant de ses yeux assombris par la nuit.

« Bien le bonsoir, demoiselle. En voilà une heure pour vagabonder. » S’amusa-t-il en guise de salut. « A moins que tu aies besoin de quelque chose ? »
MessageSujet: Re: Grises mines aux faubourgs   Lun 30 Juil - 16:54

L'odeur nauséabonde des cadavres lui emplissait toujours le nez, même après avoir quitté la cour et s'être éloignée des corps alignés sous les couvertures.
Meryl tira fort sur la cigarette que le garde lui avait donné.

Personne ne fumait ici, c'était inutile et coûteux. Les gardes en revanche, c'était autre chose. Ca leur occupait les mains pendant qu'ils faisaient le planton. Leurs cigarettes étaient dégueulasses, soit dit en passant. Elle l'avait découvert après s'être fait offrir un paquet de cigarettes de la ville, de belles cigarettes au papier blanc, longues et fines. Rien à voir avec les clopes brunâtres et âcres des condés. Mais ça aidait à passer l'odeur, alors bon.

C’était sûrement dans sa tête mais elle avait l’impression que ça imprégnait tout le faubourg à présent. Les murs crasseux, les rigoles d’eau sales le long des rues, ses cheveux, sa robe élimée…C’était dégueulasse.

Ca mériterait certainement une petite toilette. Après tout il n’y aurait pas grand monde, les gens étaient chez eux à pleurer leurs morts ou à serrer les survivants dans leurs bras, ils avaient mieux à faire qu’à aller se tremper le cul.

La jeune femme venait à peine de tourner à l’angle de la rue quand on l’interpella doucement. La voix lui était familière mais elle se tendit une seconde à la vue du capuchon avant de reconnaître l’homme. Le contrebandier aux cheveux de feu.
Rien à craindre de lui. C’était assez rare dans ses relations et elle poursuivit son chemin tranquillement jusqu’à lui.

« Bonsoir… »


Drôle d’idée de traîner par ici après un coup de grisou, y aurait pas grand monde avec qui faire affaire. Enfin elle aimait mieux tomber sur lui que sur les autres de sa clique, ils avaient les mains plus baladeuses. Elle écrasa sa cigarette contre le mur des bains publics et la jeta par terre en soufflant la fumée.

Meryl tapota machinalement ses cheveux dans lesquels un peu de poussière et de cendre s’étaient agglutinés, collés par la sueur.

« J'ai toujours besoin de quelque chose… »


Elle mâchonna un instant dans le vide en réfléchissant. Elle ne le cherchait pas à proprement parler mais était toujours prête à faire des affaires. C’était sûrement pas bien joli de commercer comme ça alors qu’il y avait des macchabées encore tièdes dans les faubourgs mais ils lui en voudraient sûrement pas, hein. Rien de mal à essayer de se tirer de ce gourbi. Et puis fallait s’activer si elle voulait pas finir comme eux un jour ou l’autre.

« J’dis pas non si t’as d’la toile. Des fois j’en pique dans les réserves pour les uniformes des écoles mais z’ont tout pris pour les bandages. Puis j’en voudrais…j’en voudrais d’la mieux, tu vois ? »


Elle n’avait pas osé dire « plus jolie » parce que ça lui semblait ridicule. Elle n’avait jamais vu de jolie toile de sa vie, pas à proprement parler. Elle voulait juste de quoi se coudre une robe un peu mieux, histoire d’avoir un truc un peu…un peu flatteur quoi, pour aguicher le chalant. Les gars d’ici il leur fallait pas grand-chose, z’étaient pas regardant, mais c’était pas avec des frusques élimées et puantes qu’elle allait réussir à se hisser hors du faubourg. Ici ils n’avaient que des chutes rabibochées ensemble, de la toile rêche et solide qui auraient pu tout pareil servir à fabriquer des sacs de transports. Pis tout était gris, beige, sale et délavé. On pouvait faire bouillir ça autant qu’on voulait, ça sentait toujours vaguement la sueur et le Saltz. Rien qu’une robe noire pas trop usée, ça serait déjà pas mal.
MessageSujet: Re: Grises mines aux faubourgs   Mar 31 Juil - 16:13

Le contrebandier observa la jeune femme s’approcher de lui sans esquisser le moindre geste d’encouragement ou de rejet. L’odeur de la cigarette qu’elle avait entre les doigts lui chatouillait les narines de manière peu séduisante. C’était la beauté des faubourgs, si l’on peut dire, de dénaturer par sa pauvreté et sa crasse la moindre odeur et le moindre goût en une chose infâme. S’il avait mis longtemps à s’y habituer en tant que petit jeune téméraire de la ville, aujourd’hui tout ceci ne le faisait même plus ciller. La Mine laisse toujours sa trace et lorsqu’on y a mis les pieds ne serait-ce qu’une fois, il est trop tard pour être question de s’en débarrasser.

Le rouquin resta silencieux, laissant à son interlocutrice le temps de la réflexion. C’était la première fois qu’elle semblait vouloir s’attarder, aussi se contenta-t-il d’écouter les bruits de la vie nocturne d’une oreille distraite. Il avait l’impression d’essayer d’apprivoiser un animal sauvage. Peut-être était-ce le cas, au fond ?
Il haussa un sourcil quelque peu surpris et perplexe à la demande de la minière, penchant légèrement la tête sur le côté à ses mots. La plupart du temps, on lui demande souvent, surtout venant des plus jeunes, des consommables immédiats. Remèdes divers, bouffe. Parfois même des drogues diverses. Malgré qu’il rechigne fortement à en ramener, certains de ses compagnons n’avaient pas forcément les mêmes valeurs.

« Voilà une demande que je n’entends pas tous les jours. » Il lui sourit, légèrement amusé. « Je tâcherais de voir ce quel tour de magie je peux glisser pour toi dans ma besace. »

C’était loin d’être la pire demande qu’on lui avait faite dans sa vie. Dans le centre-ville, mettre la main sur un peu de tissu, même de qualité potable n’était pas si compliqué lorsqu’on sait à qui s’adresser quand on savait ce qu’on recherchait et qu’on ne craignait pas les arnaqueurs.
Axel prit le temps de la détailler un peu mieux. Elle était moins grande que ce dont il se souvenait – ou alors la nuit lui déformait se sombres. Comme la plupart des enfants des faubourgs, elle était loin d’être dans sa meilleure forme, d’une forme fine et la moindre parcelle de peau ou de vêtement recouvert de cette pellicule de poussière qui faisait perdre ses couleurs aux plus riches teintures. Même es mains ne s’en sortait pas indemne. Il faut dire… ça n’avait rien d’étonnant.

« J’ai entendu que tu t’étais occupé des corps. Ce n’est pas vraiment le travail d’une dame. » Ajouta-t-il pour essayer d’alléger le sujet de la discussion. Un combat perdu d’avance, il en était bien conscient. Mais rien ne l’empêchait d’essayer. « Est-ce qu’ils ont déjà débouché le tunnel ? »

Les doyens avaient eu l’occasion de lui donner l’information. Mais ces derniers étaient souvent loin des mines, comme le sous-entendait leur âge et leur incapacité à tenir encore correctement sur leurs deux jambes. Et le rouquin aimait connaître les points de vue des hommes – et femmes – qui se trouvaient au plus près de ces catastrophes et avait souvent bien plus de détails ou d’informations à lui fournir.

Il se mit à fouiller rapidement dans la petite besace en cuir usé qu’il avait en bandoulière à l’épaule et en sortit un petit pot en terre cuite, à peine plus grand que son index. Il l’ouvrit pour observer un instant son contenu – une espèce de crème pâteuse de couleur verdâtre –  avant de le refermer et de le tendre à la jeune femme. L’odeur qui en émanait n’était pas forte mais d’une odeur aigre qui avait tendance à coller au nez.

« Si tu retournes près des cadavres, passe-toi un coup de ça sur les mains après, ou toute partie du corps qui aura été en contact avec. Il y en a peu mais ça pourrait t’éviter d’attraper des saloperies. Et puis, ça changera de l’odeur de clope. »
MessageSujet: Re: Grises mines aux faubourgs   Mar 31 Juil - 18:43

Une demande qu’il n’entendait pas tous les jours ? Sans blague. Les femmes d’ici elles avaient d’autres préoccupations que les frusques, hein. La contrebande ça coûtait cher, peu importe comment on payait, et il valait utiliser ses maigres possessions pour des choses utiles. Des médicaments pour soigner des vies, un peu de pain en plus pour remplumer un gamin chétif…elle n’avait pas été la dernière à se procurer ce genre de denrées d’ailleurs.
Meryl fronça le nez. Les nouvelles allaient vite décidément.

« J’suis toujours là pour le sale boulot, on dirait. »


Elle le scruta d’un peu plus près, malgré la pénombre. Elle l’avait reconnu malgré les cheveux cachés sous le capuchon. Il avait la peau claire et les yeux d’une couleur qu’on voyait rarement. Pas comme les siens, tellement sombres qu’on voyait à peine ses pupilles. Rien de bien notable à part ça…Il valait peut-être mieux, quand on magouille comme il le faisait, c’était mieux de pas avoir une balafre en travers de la mouille. Trop repérable.

« Tu d’vrais passer plus d’temps ici, ça t’éviterait de dire des sottises grosses comme toi. Les dames ici y en a pas. On fait tous l’même travail. Et les gars c’est les premiers qui tournent d’l’œil quand faut remettre les tripes à l’intérieur avant de r’fermer. »


Meryl avait la réputation d’être une taiseuse. C’était pas vraiment fondé. Elle ne parlait ni plus ni moins que la moyenne, simplement y avait pas grand monde pour avoir envie de discutailler avec elle. Et puis elle se méfiait aussi, un peu. Un haussement d’épaule désinvolte secoua sa silhouette

« Débouché mais c’était pas la peine, tout l’monde avait crevé derrière. »


Le petit pot jailli comme par magie des mains de l’homme attira son regard. Vive, elle l’attrapa, l’ouvrit, fronça le nez et tritura le minuscule objet. Du bout d’un doigt, elle toucha la pommade visqueuse et y posa le bout de sa langue. Eurk. Y avait quoi là-dedans ? Elle ressemblait à un chien des rues, avide d’attention mais méfiant. Puis brusquement, elle lui recolla le pot dans les mains.

« J’ai pas d’quoi payer ça. Garde le. »
Ben quoi, rien n’était gratuit dans ce monde. La petite tirade lui décrocha une grimace amère. Sur toutes les parties du corps ? Il pensait quoi ? Qu’elle s’allongeait sur les cadavres pour voir s’ils bandaient encore ? Remarque ça ferait joli dans la collection de rumeurs. Ses sourcils se froncèrent, soudain un peu contrariée.

« Fais pas ta mijaurée, on respire du Saltz toute not’ vie et tu trouves que la pov' clope qu’j’fume dans l’mois ça pue ? T’es trop fragile. »


Son ton s’était durçi et elle agita la main agacement.
MessageSujet: Re: Grises mines aux faubourgs   Ven 3 Aoû - 16:00

«Es-tu moins une femme parce que tu recouds des morts alors que les hommes aiment peu savoir de quoi ils sont faits ? Si le travail nous définissait, on aurait de bien belles surprises ! »

Il imaginait bien la bouille de certaines personnes en se basant sur ce principe. Une chose était sûre, il y aurait surtout beaucoup plus de singes et de rats se baladant dans les rues qu’actuellement.

C’était amusant, de la voir réagir à ce qu’il lui avait tendu. Ce mélange d’intérêt, de curiosité et en même temps, de méfiance innée. Il avait l’habitude que ses concoctions s’attirent des grimaces – c’est difficile de tirer des choses des rares plantes qu’il arrivait à importer dans cette ville sans que tout cela ne sente à des kilomètres. L’efficacité ou le confort… Il suffisait souvent de souffrir assez pour oublier complètement le second point.  Qu’est-ce que la survie au prix de puer un peu pendant quelques jours ?
Il se retrouva bien à nouveau avec le petit pot en main, qu’il rangea à la place dans sa petite sacoche sans plus lui accorder d’attention ni chercher à imposer son présent – ce qui n’aurait de toute façon servi à rien.

« Ce n’était pas pour vendre. Mais soit. »

Il haussa les épaules. Peu lui importait, au fond. Il apportait son aide, ou du moins, il essayait de le faire autant qu’il le pouvait. Mais on ne peut donner un coup de pouce qu’aux gens qui l’acceptent. A chacun ses choix. Essayer de forcer quelqu’un à faire quelque chose, c’était le meilleur moyen pour qu’il fasse l’inverse. Beaucoup d’efforts pour bien peu de résultats.
La phrase suivante que lui décocha la jeune femme le laissa pensif et silencieux quelques instants. Ses traits s’étaient légèrement durcis et elle avait l’air mécontent. L’avait-il vexée ? Il se nota dans un petit coin de sa tête rousse d’éviter de trop plaisanter. Le second de degré avait l’air de plutôt mal passer. Cela dit, il fallait avouer que c’était presque amusant de s’entendre faire la morale par une gamine.

« Je ne dis pas que tu feras pas parties du charnier demain. Y’a pas qu’ici que c’est le cas. Et alors ? Pour autant, on doit continuer à vivre sans essayer d’améliorer les choses ? C’est stupide. »

Il sortit de sa poche un petit étui de clope avant d’en sortir une première qu’il coinça entre ses lèvres. Il en tendit une seconde à la jeune femme, attendant de voir si elle accepterait ceci plutôt qu’autre chose.
L’odeur de la cigarette lui fit du bien – lui-même devait avoir un sacré relent d’égout vu l’endroit d’où il venait.

« Mais je retiens. Je ne te traiterais pas avec des pincettes. Désolé si je t’ai offusqué. »
MessageSujet: Re: Grises mines aux faubourgs   Mar 28 Aoû - 18:20

C’était bien un truc des gens de la ville. Heureusement que le turbin ça définissait personne, mais c’était ce qu’ils pensaient tous là haut, puisqu’au faubourg ils étaient bon qu’à servir dans les mines.

Et puis bon, l’espoir c’était bien joli pour avoir de l’espoir fallait encore avoir l’énergie de penser entre deux journées. Elle ouvrit la bouche mais la referma aussitôt. Elle avait de l’espoir, bien sûr. Elle ne l’admettait pas pour ne pas être déçue mais elle en avait à revendre. Sinon elle ne serait pas là, à négocier deux mètres de tissus pour accéder à une vie différente.

Mais son espoir n’était que pour elle-même. Pas pour le système, pas pour ses congénères, même pas pour sa famille. A quoi bon ? C’était pas à coup de pelotage sous les porches et de prédictions de fausse sorcière qu’elle allait changer le monde et améliorer la condition des Mineurs. Les gars qui se retrouvaient au pub et qui murmuraient parfois leur envie de révolte, ça lui donnait envie de pleurer.
Chacun pour sa pomme, c’était déjà suffisant pour le moment. C’était peut-être égoïste mais c’était la seule idée de future qui lui permettait encore de tenir.

Meryl tendit le bras et attrapa la cigarette plus rapidement qu’un oiseau de proie. Elle tira sur le col de sa robe et y enfouit la main, calant la cigarette bien à plat contre sa peau. Ca lui ferait un petit plaisir pour plus tard.
Ses yeux noirs se posèrent sur le visage de l’homme, éclairé par les braises de sa cigarette. Elle le regarda un moment, pas gênée de dévisager aussi longuement sans se cacher et finit par demander :

« Y a du grabuge en haut ? »

Ca l’avait intrigué, ce petit « y a pas qu’ici que c’est le cas ». Elle enchaîna

« T’habites Draümstadt ? »


Une quasi-certitude. Il était pas des Mines, mais il venait sûrement pas de la Haute Ville non plus. La jeune femme n’avait pas réagi aux excuses mais les avait bien entendu. On lui en faisait assez rarement pour que ça soit appréciables. Pas de pincettes, voilà.
MessageSujet: Re: Grises mines aux faubourgs   Mar 18 Sep - 14:13

Quelque peu fatigué de se trimballer debout, le rouquin s’avança de quelques pas pour se laisser gracieusement tombé sur un bout de rocher surplombant le vague chemin de terre. Posant son postérieur à même le sol, il replia une jambe contre lui, laissant l’autre se balancer lentement. Après tout, rien ne le pressait réellement. Le petit ravitaillement durerait encore un moment avant que ses compères ne retournent dans l’ombre. Et puis de toute façon, il savait bien que ce n’était pas la peine de l’attendre pour filer. Ce ne serait ni la première ni la dernière fois qu’il se perdrait à traîner dans les faubourgs à vaquer à ses petites affaires. Il devait juste prendre garde à garder l’œil ouvert et l’oreille vive.

« Comme toujours. Quelques gens morts dans les rues, quelques bagarres de marchands, des comploteriez ici et là… Les hommes ont tendances à faire n’importe quoi quand ils se sentent nerveux. »

Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y avait de quoi être nerveux en ce moment, dans les rues de la ville et de la ville haute. Malgré le fait qu’on essaie de l’étouffer – à cause de fait qu’on essaie de l’étouffer même – échafaudait pas mal les petites sphères de la royauté et de la noblesse. Même les petits marchands et les petites gens commençaient à se rendre compte que quelque chose remuait les vagues, même s’ils n’en avaient pas pleinement conscience. Rajouter à ça tous les journaux illégaux qui circulaient encore, les rumeurs du soulèvement des mines…

« Ça finira peut-être par retomber par ici. Les problèmes ont tendances a toujours revenir sur la tête des plus pauvres. »

Axel ne put retenir un léger sourire. Il n’aimait pas quand la ville était trop calme. Avec un peu de chance, les petits remous actuels se changeraient en quelque chose de plus intéressant qu’il pourrait exploiter plus tard. Il reposa ses yeux sur la jeune femme, lui rendant la franchise de son regard.

« Dans le mille. » Il jeta son mégot décrépi un peu plus loin sur le chemin, observant le léger rougeoiement une petite seconde avant qu’il ne s’éteigne définitivement. « Mais mon père vient des Mines. » Il avait lâché l’information sans vraiment s’en rendre compte, sur le ton badin de la conversation. Pas que la chose était confidentiel puisqu’à peu près toute la bande était au courant des origines de William. Mais pas forcément de leur lien de parenté. Le rouquin haussa les épaules, plus comme une réponse à lui-même que pour autre chose.

« C’est peut-être pour ça que j’aime bien traîner par ici, qui sait ? »

Et au fond, il y avait un peu de vrai. Lui qui avait toujours vécu dans le centre de la ville avait cette espèce de curiosité envers les mines. A l’époque, il l’avait aussi pour la ville haute, même si avec l’âge, cette lubie-ci lui était passée au fur et à mesure qu’il avait appris à la côtoyer. Mais son intérêt pour les mines n’était jamais retombé lui. Peut-être que ce n’était qu’un écho de la paternité de William, mais il avait gardé cette petite boule enfantine au fond de lui et cette envie d’essayer d’aider d’une manière ou d’une autre.
MessageSujet: Re: Grises mines aux faubourgs   Dim 23 Sep - 13:54

« Ca retombe toujours sur nous, de toutes façons »

Elle était bien d’accord. Ils étaient moins que des fourmis sous les chaussures des gens de la ville. La seule raison pour laquelle on prenait la peine de s’assurer de leur survie c’était parce qu’ils étaient plus utiles vivants que mort. Plus rentables, surtout. Enfin pour les jeunes et les vigoureux. Les vieillards ou les malades on se préoccupait pas de les soigner de trop non plus, hein. Fallait pas pousser.

Meryl se laissa glisser à côté du contrebandier, tripotant machinalement l’ourlet du bas de sa jupe, qui s’effilochait. Elle pensa au tissu, à la future robe, puis au futur tout court. La remarque sur le père lui fit tourner la tête, elle était étonnée.

« Ah bon ? Comment qu’ça s’fait ? »


Ses yeux bridés se fermèrent un peu plus

« T’aimes bien parce que c’est d’temps en temps et pis tu r’pars quand tu veux. Pour nous qu’on est coincés ici, c’est pas pareil. On échange quand tu veux. »
Elle regarda l’horizon, ou plutôt là il aurait du se tenir, vu l’épaisseur de la fumée qui les entourait toujours. « J’vais pas rester moisir ici moi, j’vais partir. »

Comment, c’était pas complètement décidé. Mais la décision était prise. Le tissu et la robe n’était qu’un des éléments de son plan. Elle prenait son temps depuis un moment déjà mais ça se rapprochait. Et le contrebandier pourrait peut-être l’aider, autrement qu’en lui fournissant des babioles. Il était sûrement pas insensible à ses charmes. Ou peut-être que si ? C’est vrai qu’ils étaient tous les deux dans une ruelle isolée, en pleine nuit, et qu’il n’avait pas encore essayé de la tripoter. C’était sûrement les gens de la ville, ils étaient plus civilisés, c’était sûr.

Meryl aimait bien se conforter dans ce genre de pensées, même si elles n’étaient validées par aucun fait tangible.
MessageSujet: Re: Grises mines aux faubourgs   Ven 28 Sep - 16:24

Il haussa les épaules à sa question, presque content d’avoir attisé cette étincelle de curiosité dans son interlocutrice avant de laisser échapper un léger rire, lui jetant un regard en coin. « Comment ? Je suis sûre que je n’ai pas à te refaire la leçon sur la manière de concevoir des bambins. » Il secoua la tête à la sa propre blague de mauvais goût. Vraisemblablement, certaines de ses connaissances avaient véritablement une mauvaise influence sur son humour.
Il reprit sans vraiment laisser le temps à la jeune femme se réagir.

« Qui sait ? Peut-être qu’il a soudoyé un marchand ou fait chanter un riche ? Ou simplement réussi à se glisser entre les mailles du filet ? Il ne m’a jamais raconté. Il parait que c’est jamais très glorieux. »

Un mensonge comme il en racontait souvent, tellement usé par le temps qu’il aurait presque fini par y croire lui-même à force de se l’entendre dire. Après tout, il y avait quand même certaines choses qu’il ne pouvait pas révéler, même à une enfant des Mines.

Il ne s’offusqua pas de sa remarque. Quelques-uns de ses compagnons l’auraient sans doute fait. Beaucoup prenaient la contrebande ou la cause pour laquelle il se battait à cœur. Chacun avait ses propres raisons d’agir ainsi, mais la majorité aimait peu qu’on remette en question leurs motivations ou leur façon de vivre. Mais le rouquin pouvait comprendre. Il ne faisait pas réellement partie de leur monde. Sa condition ne pouvait qu’être meilleure. Et il ne pouvait pas réellement leur donner tort, dans le fond.

Il braqua sur elle ses yeux verts, la scrutant sans gêne, étudiant son visage, son regard. Cette petite avait un petit quelque chose qu’il ne voyait pas souvent par ici, même s’il avait du mal à mettre précisement le doigt dessus. Ce petit mélange d’espoir et de conviction, le tout mixé avec cette vision cyniquement réelle du monde… Bien sûr que ça ne pouvait donner qu’une saveur particulière. Peut-être, pensa un instant le contrebandier, qu’il suffisait d’un petit coup de pouce du destin. Il laissa un petit sourire en coin pointer sur ses lèvres, amusé. Curieux.

« Et que feras-tu une fois dehors ? » Questionna-t-il sans remettre en doute sa vision des choses. « Que se passera-t-il quand tu auras quitté cette cage de poussière et de Saltz pour t’enfermer dans celles dorées de la ville ? »

Il continua à l’observer tout en posant sa question, observant ses réactions. Il avait réellement envie de savoir, même si la chose ne le concernait pas, au fond. Il connaissait bien les réactions des gens de la ville face à ceux qui viennent des Mines, quelqu’un soit la raison. Elle pensait quitter une prison mais, si elle ne prenait pas gardes à ses premier pas dehors, elle se rendrait vite compte que quelque soit l’endroit où on se retrouve, les barreaux restent les mêmes.
MessageSujet: Re: Grises mines aux faubourgs   Dim 21 Oct - 18:35

Tiens, encore un petit malin qui faisait des blagues sur le fait que tout le monde lui passait dessus. N’empêche elle en avait pas de gosses. Et ça lui faisait pas vraiment envie. C’était déjà assez compliqué comme ça, pas besoin de marmots dans ses jupes. Elle n’avait rien contre eux pourtant, au contraire même. Certains étaient plutôt mignon. Mais on ne se fait pas une réputation de sorcière en offrant des caresses aux petits, ça non.

Mais ça marchait bien, les gamins étaient crédules, parlaient beaucoup, rapportaient les histoires à leurs parents, à leurs frères…C’était de la publicité efficace pour pas cher.
Elle savait peut-être pas lire mais elle était loin d’être idiote.

Son regard se planta dans celui de l’homme à côté d’elle et un sourire révélant ses dents luisantes

« Pourquoi ? T’as besoin qu’on t’montre ? »


Le ton était moqueur. Ça suffisait en général, les gars aimaient pas qu’on les titille là-dessus.
Meryl se redressa et fit rouler ses épaules pour détendre son dos endolori. Si elle faisait pas gaffe elle finirait voutée comme une vieille dans 2 ans.

« Mais je ferai exactement la même chose. » La réponse lui paraissait évidente. Qu’est ce qu’il croyait ? Qu’elle rêvait à un prince charmant, à une vie de luxe et de paresse ? Qu’elle était une petite écervelée ? « Si la cage où j’suis valait celle d’la ville, tous les rupins comme toi viendraient pioncer ici un soir sur deux."  Elle écarta les bras en regardant autour d'elle, comme pour lui montrer qu'elle cherchait les bourgeois mais n'en voyait aucun. "Quitte à vivre en taule, j’préfère celle où fait chaud et ou y a à manger. »
Encore un raisonnement à la noix. Y avait bien qu’les gens de la haute pour délirer pareil que ça. Ils avaient l’impression de mener une vie difficile et d’être défavorisés. Fallait croire que c’était dur de se lever le matin et d’accepter qu’on avait pas le pire sort du monde.
MessageSujet: Re: Grises mines aux faubourgs   Jeu 8 Nov - 15:44

Définitivement, le caractère bien prononcé de cette demoiselle lui plaisait. Vive et obstinée. Il lui jeta un coup d’œil rieur à sa réponse provocatrice et cinglante.

« Ne devrais-je pas te faire la cours avant une telle proposition ? » S’amusa-t-il. « Je devrais au moins t’inviter à dîner pour le minimum des convenances. »

Il joua un instant avec le rouleau de tabac entre ses doigts, s’amusant à le faire rouler entre son pouce et son index en écoutant la réponse de la jeune femme, observant ses gestes, s’amusant du petit nom récolté au passage. Il ne pouvait pas vraiment la contredire sur ce point quand on comparait sa situation à celle des gens ici même s’il était loin d’être de la population la plus aisée de la ville. Mais n’était-ce pas aussi pour ça qu’il faisait ce boulot ? Il fallait bien récolter des fond quelque part pour faire tourner la contrebande.

« C’est vrai, tu as raison. »

Il ne pouvait rien ajouter de plus. Alors il se contenta de fumer sa cigarette en silence, le regards perdus à observer les bâtisses autour d’eux, perdu dans ses pensées.

Une faible lueur au bout de la rue attira son regard. Il observa un instant l’étrange luciole que formait la mince flamme vacillante d’une bougie. Elle tourna un instant en rond avant de disparaître d’où elle était venue. Il expira un mince souffle avant de se passer une main sur le front, remettant en places quelques mèches folles.

« Je me dois d’y aller demoiselle. Je n’oublierais pas ta demande. »

Axel jeta ce qu’il restait du mégot de s clope un peu plus loin dans la poussière puis, d’un mouvement souple, se releva. Il prit le temps d’étirer légèrement ses jambes et son dos pour réchauffer ses muscles sans brusqueries. Le signal du départ devait en train d’être donné. S’il pouvait mettre les voiles avec les autres, autant en profiter.

« J’espère que nous aurons l’occasion de nous recroiser. »

Après un dernier sourire d’au revoir, il sauta un bas du rocher sur la route pour repartir d’où il était venu.

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Grises mines aux faubourgs
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