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 "Little" sunshine

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MessageSujet: "Little" sunshine    Dim 9 Déc - 11:17









C’est en fin d’après-midi que Lady De PontMercy le libère de ses fonctions.

Jonathan n’a pas souhaité s’éterniser davantage. En cette heure où le Chabanais n’est encore pas ouvert au public, les femmes regardent passer l’homme avec une certaine surprise. Sa chevelure rousse toujours emmêlée, sa veste en vieux cuir, longue, rapiécée, ses mitaines usées, son regard naturellement hagard et ses vêtements sans noblesse ne sont pas… habituels, dans ce milieu où l’apparence est une nécessité pour travailler. Ou pour être accepté, Jonathan a remarqué la réticence dans les prunelles de la jeune femme jusqu’à ce qu’il parvienne à lui prouver ses qualités. Jonathan est un médecin compétent, consciencieux et appliqué. Trop, peut-être. D’ailleurs, il n’a pas même pensé à faire payer la douce Dame sa consultation. Pourtant, on ne peut nier qu’il a besoin d’argent. Ses poches sont vides de toute monnaie, il n’a que sa flasque d’alcool bon marché dont il boit de temps en temps une gorgée. Pas en public, ni quand il travaille, il ne veut pas que ça se sache.

La Lady est une femme impressionnante, malgré sa petite taille. Son jeu de charme l’a déstabilisé… Comme ces instants où il a réussi à apercevoir son vrai visage. Il se souvient de ces rires francs, avant qu’elle ne se rétracte soudainement. Méfiante ? Anxieuse ? Il imagine amplement que sa situation impose à la jeune femme une rigueur évidente et une surveillance constante. Dans ce monde, la moindre parole ou le plus petit acte peut devenir une arme… Bien que pacifique et bienveillant comme il est, le médecin n’est pas prêt de nuire à qui que ce soit. Il traverse les couloirs, cherche du regard son « patient ». « Patient », car ça fait bien longtemps qu’il n’a pas eu besoin de s’occuper de sa santé. Nishiki a toujours fait preuve d’une santé solide, si l’on ne compte pas ses insomnies – parfois, Jonathan se demande quelle serait sa force s’il dormait correctement ! Aurait-il été plus grand encore ? Il a déjà poussé si vite. Ca n’était… pas si lointain, cette époque où Nishiki était un gamin arrivant à peine à son abdomen, un gosse bien élevé, déjà sérieux, dont les cernes avaient inquiété ses parents. Il s’était pris d’affection pour ce petit bourgeon qui, avec les années, s’était développé… En un claquement de doigts, voilà qu’il dépassait Jonathan d’une tête voire de deux – peut-être même de trois, avec le temps, Jonathan se tasse un peu. Le médecin lui-même n’avait pas pu cacher sa surprise en suivant sa courbe de croissance et en veillant son corps s’étoffer de muscles développés. Oh, Nishiki s’entraînait durement et Jonathan lui avait même conseillé quelques exercices d’étirement pour éviter tous risques de froissures de muscles, déchirures ou ne serait-ce que les courbatures…

Nishiki l’a toujours impressionné, ne serait-ce que par la grande maturité et son sens de la responsabilité qu’il avait, lorsqu’il n’était pas plus haut que 3 pommes. Une certaine assurance a renforcé sa volonté bien marquée et Jonathan mettrait sa main à couper que son exigence avait plu à la Lady. Nishiki était un homme de confiance, un homme mesuré qui, malgré l’avantage certain que son corps lui offrait, n’abusait pas de la violence. Jonathan éprouve beaucoup de respect pour lui. Pour cet enfant qu’il a vu grandir et devenir l’homme qu’il est à présent. Parfois, il se demande ce que ses propres parents auraient pensé de lui. Sa mère l’aurait traité avec dégoût, son père lui aurait offert son sourire de façade, lui aurait parlé comme s’il avait 15 ans, avec cette condescendance faussement affectueuse… De toute façon, depuis le décès de sa mère, il avait coupé tout lien avec sa famille.

Ah, enfin, il le voit ! Nishiki semble l’attendre… D’un pas rapide, Jonathan s’empresse de le rejoindre, remet son écharpe bleue d’un geste de la main. De l’autre, il tient sa valise usée. Il a fait l’effort d’enfiler son plus beau pantalon et une simple chemise noire – Nishiki l’a probablement rarement vu aussi bien habillé et Jonathan a fait un effort pour cette première visite. Disons que le médecin n’est pas tellement regardant sur ses tenues, bien qu’il veille toujours à être propre. Il est fréquent que son pantalon présente un trou ou que sa chemise soit mal boutonnée, sous l’empressement.

_ Bonjour, Nishiki. Comment vas-tu ? Comment la vie se passe, de ton côté ?

La voix douce de Jonathan franchit ses lèvres rongées. Un sourire tendre éclaire son visage et sa main se repose un instant sur le bras puissant de l’homme, dans un geste d’affection sincère et maladroite. Nishiki a parlé de lui à la Lady… Il sait que c’est grâce à lui qu’elle a accepté de lui laisser une chance. Et il espère de tout cœur qu’il ne la décevra pas. Qu’elle n’aura pas de reproches pour l’homme… Il ne veut pas lui faire honte ou pire. Peut-être qu’il aurait dû attacher ses cheveux ? Il n’y pense que maintenant, il faut admettre que sous l’inquiétude, il a surtout veillé à avoir tout ce qu’il fallait dans sa mallette. Un soupir anxieux s’échappe un court instant de ses lèvres, mais le médecin se rattrape.

_ J’ai rencontré Lady De PontMercy. C’est une femme captivante, très cultivée et qui semble intéressée par ce que je lui ai expliqué. Je pense que cette première rencontre s’est bien déroulée, elle m’a proposé d’être le médecin officiel du Chabanais. J’ai accepté. Elle s’exprime avec une telle éloquence… A plusieurs reprises, j’ai dû passer pour stupide, mais enfin, je ne peux nier qu’elle a su me déstabiliser.

Il l’admet dans un petit rire gêné, avant d’hausser les épaules. Jonathan est un homme simple et franc. Son visage est comme un livre ouvert, où la moindre émotion s’écrit en un froncement de sourcils, une moue ou un grand sourire. Il n’est pas adepte du mensonge.

_ C’est une femme très intelligente. Je crois qu’elle… S’est sentie nerveuse à mon égard, parfois, son attitude est devenue… Soudainement froide ou distante. J’ai souhaité la rassurer à ce sujet mais si elle t’en fait part, pourras-tu lui assurer que je n’ai jamais souhaité un mal quelconque ? Je ne voudrais surtout pas la déranger ou la… blesser d’une quelconque manière. Je crois que mon attitude l’a surprise tout autant que la sienne m’a laissé… Eh bien… comme tétanisé. Enfin, peut-être que je me prends trop la tête, oui, ça c’est possible aussi, prends donc un peu confiance en toi Jonathan. Oh, j’aimerai tant avoir ton assurance mon ami. Et si nous y allions ? Nous pourrions peut-être… faire un peu de chemin ensemble et si tu souhaites… boire quelque chose je… je devrais pouvoir nous le payer si tu as un peu de temps à m’accorder.

Le bavard reprend ses droits ! Le médecin est habitué à déblatérer, tant et si bien qu’une fois sur deux, il laisse échapper des pensées qui ne sont adressées qu’à lui… Et qu’il balance pourtant avec négligence, sans même en avoir conscience. Profondément social et appréciant particulièrement la compagnie, il n’est pas rare que Jonathan propose parfois à Nishiki une promenade ou d’aller boire un verre quelque part…


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Mar 8 Jan - 11:21, édité 1 fois
MessageSujet: Re: "Little" sunshine    Mar 11 Déc - 15:04

Nishiki attendait non loin des portes du club, dans des vêtements qu’on pourrait aisément qualifier de décontractés… quand on le connaissait un minimum. Cela se limitait donc à une chemise cintrée à manche longue dans ses tons noirs habituels, un long pantalon droit assorti… et ses cheveux détachés, sans doute le signe le plus apparent qu’il n’était pas en service. Pendue à son bras, une veste bien chaude qu’il se gardait sous la main si jamais il en avait besoin venait compléter l’ensemble – on était jamais trop prévoyant après tout. Le vent et la pluie avaient déjà commencés à s’installer dans la ville mais, allez savoir pourquoi, il avait toujours eu une plutôt bonne résistance au froid.
L’homme s’amusait avec son harmonica, qu’il faisait passer de main en main avec la force de l’habitude, venant de temps en temps souffler une note dans le petit appareil qui émettait alors un son… particulier. Il ne devait sans doute n’y avoir que lui dans toutes les rues de Draümbell pour supporter ce genre de son et – encore plus – l’aimer au point d’en jouer régulièrement. Il avait encore plusieurs heures devant lui avant de devoir reprendre son service et s’était dédouané pour l’après-midi de la préparation des filles pour le spectacle du soir. Quelque chose qu’il ne se permettait pas souvent.
Mais je ne vais quand même pas louper la visite d’une vieille connaissance.

Il le vit d’ailleurs sortir de l’établissement et se diriger vers lui et il l’accueillit avec un grand sourire en rangeant le petit instrument. Shiki ne put s’empêcher de trouver qu’il avait encore un peu vieilli – la dernière fois qu’ils s’étaient croisés remontait à plusieurs mois, voire même plus. Il avait été plutôt content d’apprendre que Jonathan était disponible lorsqu’il l’avait évoqué suite à l’indisponibilité de leur interlocuteur premier. D’une, parce qu’il connaissait les compétences de l’homme, de deux… parce que ça faisait toujours plaisir de croiser un ami.
Toujours égal à toi-même Jonathan.
Il l’accueillit d’une légère tape amicale sur l’épaule sans y mettre trop de force – il avait toujours un peu la crainte de faire mal sans le vouloir même s’il mesurait presque chacun de ses gestes – et l’écouta parler avec calme. Shiki avait pris l’habitude des longs discours et plus encore, les appréciait plutôt bien : c’est un côté franc de l’homme qu’il aimait beaucoup. Surtout que, parlant généralement peu, ça avait le mérite de meubler une conversation.

- Salut Jonathan. Je vais bien, merci… Et toi, tu as l’air d’avoir bonne mine ! Je suis content d’entendre que ça c’est bien passé.


Il ne doutait pas qu’Elena lui en toucherait des nouvelles à l’occasion, puisque c’était de lui qu’était venue l’idée. Mais en attendant, il était heureux de savoir que le ressenti de son ami était plutôt positif. Il ne pouvait pas nier que l’endroit était particulier, tout autant que les activités qui s’y déroulait, mais au fond, il savait que cela ne dérangerait pas le médecin outre mesure. Il ne retient d’ailleurs pas un léger rire à la mention de son employeuse et de sa description. Nishiki connaissait trop son caractère pour être étonné par de tels propos.
Ce n’est plus une surprise maintenant. Par contre si tu as vraiment réussi à la surprendre, ça c’est quelque chose !

- Tu t’en fais trop, oui. Crois-moi, si Elena t’as fait cette proposition, c’est qu’elle a compris qu’elle pouvait te faire confiance. Elle n’est pas du genre à aimer les choses mal faites. Et puis, tu sais, déstabiliser les gens, c’est en partie son travail et elle le fait avec tout le monde, ne le prend pas pour toi. Tu ferais bien de t’y habituer si tu dois revenir régulièrement !

Il rit à nouveau avant de faire signe au médecin en direction de la rue et qu’ils ne se mettent en marche, calant son pas sur celui de son ami pour éviter qu’il n’ait à trottiner derrière lui. Shiki baissa la tête pour l’observer. Petit à petit, le stress avait l’air de quitter Jonathan qui commençait à se détendre et ce n’était pourtant pas quelque de forcément aisé tous les jours. Il était heureux de pouvoir accepter cette petite invitation.

- Je suis content de savoir que c’est toi qui va t’occuper des filles, c’est une épine dans mon pied en moins. Merci d’être venu. Où veux-tu aller ? C’est moi qui offre aujourd’hui, c’est un peu ma faute si tu as été dérangé dans l’urgence après tout.

Même si je me doutais un peu que tu ne refuserais pas…
Et puis, ça lui faisait plaisir, de plus d’une façon. Il n’avait pas à se plaindre de son salaire, surtout qu’il était peu dépensier de manière générale – à part quand il avait un coup de cœur sur une des petites machines bizarroïdes des ingénieurs qu’il trouvait ici et là en ville – et à force il arrivait à mettre de côté, souvent pour envoyer une petite somme à sa mère.

- Ça fait un moment depuis la dernière fois qu’on s’est vu. A combien de personnes es-tu venu en aide ? J’espère que tu penses à te reposer de temps en temps.
MessageSujet: Re: "Little" sunshine    Mar 8 Jan - 11:24









Bonne mine ? Ce compliment étire ses lèvres dans un sourire franc, bien que les tensions musculaires naturellement présentes sur son visage plissent légèrement ses yeux. Nishiki est bien l’un des seuls à le qualifier ainsi, quand on voit les cernes qui bordent ses yeux, ses prunelles d’un bleu délavé, la lassitude qui se dessine en rides soucieuses le long de son front. Pour autant, on ne peut contester que Jonathan est en très bonne santé, quand on le compare à d’autres travailleurs. Un teint toujours légèrement tanné, un corps toujours en mouvement, un esprit vif et alerte. Ses mains sont usées comme celles d’un ouvrier, toujours protégées de mitaines ou de bandages, crevassées de gerçures ou d’anciennes cicatrices mises en relief par la vieille poussière qui les tapisse. Pour autant, il se lave régulièrement les mains, mais il suffit qu’il se promène dans les quartiers les plus miséreux pour que son derme attire toute la crasse… Mais aujourd’hui, Jonathan s’est fait beau, ses cheveux roux sont presque disciplinés, sa barbe a été taillée, il a enfilé son plus beau manteau – le moins rapiécé – et son sempiternelle écharpe en laine bleue, si usée que l’on s’étonne qu’elle puisse encore tenir autour de son cou sans partir en morceaux. Une certaine rougeur s’étale sur ses pommettes et le médecin baisse pudiquement les yeux, frottant nerveusement ses mains contre son petit ventre. Nishiki est un petit ange. Enfin, petit… Avec le temps, le grand homme a déjà eu de nombreuses fois l’occasion d’intimider quelques petites frappes prêtes à malmener le docteur pour une poignée d’argent. Il est déjà arrivé qu’il l’oriente vers certains patients, notamment vers Dame Elena… Un gage de confiance qui, pour lui, représente une certaine pression mais qui, par la même occasion, encense sa motivation.

_ Oh, oui, j’imagine. Enfin non, en fait, je ne comprends pas tellement, elle n’a pas besoin de déstabiliser pour charmer, Dame Elena possède de nombreux atouts dont sa culture, son intelligence, son allure, pour plaire, elle n’a pas nécessité de botter en touche. Tout du moins avec moi. Oh si tu savais combien de fois je n’ai pas su quoi lui répondre, si j’avais pu, je me serais dissimulé dans ma mallette ! Je ne sais jamais comment réagir quand quelqu’un s’intéresse ainsi à moi. A dire vrai, je crois bien que c’est la première femme depuis des décennies à se montrer si… proche avec moi. Comment as-tu fait sa rencontre ?

Il préfère changer de sujet. Jonathan est célibataire depuis des années. Il n’a jamais eu tellement le temps ou l’audace de s’engager dans une relation. Probablement car ce n’est pas avec une femme qu’il se sent le plus à son aise, mais qu’un homme l’effraie. Il se sent ridicule et sans intérêt. Ses connaissances dans le domaine sexuel ou « romantique » ne sont que purement scientifiques. Il a ainsi déjà étudié les effets d’aphrodisiaques, avant d’avancer l’hypothèse que ce ne soit en réalité qu’un processus psychologique s’appuyant sur des expériences passées… Après tout, certaines personnes vont s’exciter pour une odeur alors que d’autres vont en être écœurées ? Il a ainsi pu constater que certaines fragrances telle la sueur de porc pouvait susciter de l’attraction plus aisément qu’un parfum floral, notamment car la première odeur se rapprochait des effluves dégagées par une peau humaine… Bref. Savoir cela suffit à douter de ses propres sentiments ou des désirs qui ont pu, par le passé, saisir ses tripes. Et après quelques années d’abstinence, il est toujours plus difficile de ressentir quelque chose.

Alors qu’il marche aux côtés de Nishiki, il fait peut-être tâche. Lui, avec ses vêtements bariolés de couleurs, son allure assez relâchée, alors que comme toujours, son ami s’est joliment mis en valeurs par des tenues sobres, soigneusement choisies pour dessiner ses épaules, le creux de sa taille, le dessin de ses muscles. Jonathan observe autour de lui avec la même curiosité : par habitude, il laisse toujours ses doux yeux fouiner le moindre recoin, la plus petite ombre, voire suivre du regard certaines silhouettes qui suscitent son attention. Il n’est pas tellement discret, il a tout l’air d’un touriste, mais c’est toujours ainsi qu’il se promène, le nez en l’air. Au point de ne pas voir le défaut d’une dalle, de trébucher et de manquer de tomber, se rattrapant de justesse au bras de son ami. Il s’excuse dans un sourire, puis reprend sa marche. Bon sang, Nishi a des biceps d’enfer. Il a une pensée pour ses propres bras maigrelets et les resserre un peu contre son corps. Peut-être devrait-il faire du sport ? Mais à quoi bon ? Il commence à avoir un certain âge. Et ça ne lui serait pas tellement utile. Imaginer sa tête sur un corps comme celui de Nishi lui fait avoir une petite moue. Non, clairement, ça ne lui irait pas.

_ Oh, eh bien… Je n’ai pas tellement de préférences, mais j’ai croisé un charmant bar dont la carte peut s’avérer prometteuse ! Un peu plus haut dans la rue ! Il y a une sirène sur le panonceau… Ils y vendent, apparemment, de la bière blanche et brune confectionnées dans leur propre cave, y font mariner de la viande ou du poisson… Et les prix semblent abordables. Est-ce que tu as déjà mangé, d’ailleurs ? Si tu le souhaites, je nous paye à manger et toi, tu te charges des boissons ! Merci pour l’invitation et je suis très heureux que tu aies… du temps à m’accorder, j’espère réellement ne pas gêner ton emploi du temps. Et ne t’inquiète pas, tu ne me déranges jamais.


Jonathan peut se montrer assez gourmand… Et il n’a pas envie que son ami subisse les caprices de son estomac vorace. Il ignore combien cela peut même coûter, il espère avoir assez. L’invitation le fait rayonner, Jonathan abandonne enfin son masque de médecin, dévoile son vrai visage, celui d’un homme épicurien, aux plaisirs simples mais sincères. Une âme solitaire, ravie de passer un peu de temps avec un ami, sans avoir à s’inquiéter, sans avoir à penser. Mais simplement profiter. C’est comme une brise fraiche qui se glisse dans son esprit, balaie les inquiétudes futiles, fait un peu de place… Il se sent plus léger. Et enthousiaste. La question de son ami le fait rire et il répond dans un haussement d’épaules, remettant son écharpe en place.

_ Je n’ai pas compté !tout comme il ne comptait pas l’argent qu’on lui donnait et pouvait se retrouver en manque flagrant de bénéfice, d’ailleurs, il espérait que les quelques pièces dans sa poche seraient suffisantes pour leur payer de quoi manger Ne t’inquiète pas pour moi, je me repose quand je suis fatigué. Pour l’instant, il y a eu beaucoup de travail dans les mines, une épidémie… Je n’ai pas identifié précisément le mal mais je suis resté auprès des malades pendant des semaines, on a dû imposer certaines quarantaines. C’est toujours… difficile d’en passer par là mais c’était un mal nécessaire. Depuis une ou deux semaines, je suis surtout demandé auprès des Nobles… Je soupçonne qu’il y ait eu… enfin passons, quelque chose de peu agréable à savoir. Sinon je travaille toujours sur le stress post-traumatique, auprès des mêmes patients, je pense commencer à tenir une piste de recherche. Notamment des moyens de relaxation basés sur la respiration… ou l’imagerie mentale comme m’en a parlé le ministre…

Il se sent rougir. Car oui, il a eu la chance de côtoyer le ministre ! Il a lui-même du mal à y croire.

_ Je commence à fréquenter trop de monde dans la haute société, j’ai bien crainte de brûler mes ailes. Et toi, comment vas-tu ? Comment se porte ta mère ? En tous cas, tu sembles très bien te porter. C’est toujours un soulagement de le constater.


Il a longtemps suivi Nishiki et se considère même comme leur médecin de famille, plus ou moins… Mais cela fait quelques temps qu’il n’a pas eu l’occasion de prendre de leurs nouvelles. Il hésite mais tapote affectueusement le bras de son ami, avec une timide et tendre fierté, celle d’avoir vu ce gamin grandir jusqu’à devenir cet homme solide et assuré. Cet homme à la force tranquille, qui n’a plus tellement besoin de lui, mais qui ne l’a pas pour autant écarté de sa vie. Et il s’en sent… reconnaissant.
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"Little" sunshine
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