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 "Little" sunshine

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MessageSujet: "Little" sunshine    Dim 9 Déc - 11:17









C’est en fin d’après-midi que Lady De PontMercy le libère de ses fonctions.

Jonathan n’a pas souhaité s’éterniser davantage. En cette heure où le Chabanais n’est encore pas ouvert au public, les femmes regardent passer l’homme avec une certaine surprise. Sa chevelure rousse toujours emmêlée, sa veste en vieux cuir, longue, rapiécée, ses mitaines usées, son regard naturellement hagard et ses vêtements sans noblesse ne sont pas… habituels, dans ce milieu où l’apparence est une nécessité pour travailler. Ou pour être accepté, Jonathan a remarqué la réticence dans les prunelles de la jeune femme jusqu’à ce qu’il parvienne à lui prouver ses qualités. Jonathan est un médecin compétent, consciencieux et appliqué. Trop, peut-être. D’ailleurs, il n’a pas même pensé à faire payer la douce Dame sa consultation. Pourtant, on ne peut nier qu’il a besoin d’argent. Ses poches sont vides de toute monnaie, il n’a que sa flasque d’alcool bon marché dont il boit de temps en temps une gorgée. Pas en public, ni quand il travaille, il ne veut pas que ça se sache.

La Lady est une femme impressionnante, malgré sa petite taille. Son jeu de charme l’a déstabilisé… Comme ces instants où il a réussi à apercevoir son vrai visage. Il se souvient de ces rires francs, avant qu’elle ne se rétracte soudainement. Méfiante ? Anxieuse ? Il imagine amplement que sa situation impose à la jeune femme une rigueur évidente et une surveillance constante. Dans ce monde, la moindre parole ou le plus petit acte peut devenir une arme… Bien que pacifique et bienveillant comme il est, le médecin n’est pas prêt de nuire à qui que ce soit. Il traverse les couloirs, cherche du regard son « patient ». « Patient », car ça fait bien longtemps qu’il n’a pas eu besoin de s’occuper de sa santé. Nishiki a toujours fait preuve d’une santé solide, si l’on ne compte pas ses insomnies – parfois, Jonathan se demande quelle serait sa force s’il dormait correctement ! Aurait-il été plus grand encore ? Il a déjà poussé si vite. Ca n’était… pas si lointain, cette époque où Nishiki était un gamin arrivant à peine à son abdomen, un gosse bien élevé, déjà sérieux, dont les cernes avaient inquiété ses parents. Il s’était pris d’affection pour ce petit bourgeon qui, avec les années, s’était développé… En un claquement de doigts, voilà qu’il dépassait Jonathan d’une tête voire de deux – peut-être même de trois, avec le temps, Jonathan se tasse un peu. Le médecin lui-même n’avait pas pu cacher sa surprise en suivant sa courbe de croissance et en veillant son corps s’étoffer de muscles développés. Oh, Nishiki s’entraînait durement et Jonathan lui avait même conseillé quelques exercices d’étirement pour éviter tous risques de froissures de muscles, déchirures ou ne serait-ce que les courbatures…

Nishiki l’a toujours impressionné, ne serait-ce que par la grande maturité et son sens de la responsabilité qu’il avait, lorsqu’il n’était pas plus haut que 3 pommes. Une certaine assurance a renforcé sa volonté bien marquée et Jonathan mettrait sa main à couper que son exigence avait plu à la Lady. Nishiki était un homme de confiance, un homme mesuré qui, malgré l’avantage certain que son corps lui offrait, n’abusait pas de la violence. Jonathan éprouve beaucoup de respect pour lui. Pour cet enfant qu’il a vu grandir et devenir l’homme qu’il est à présent. Parfois, il se demande ce que ses propres parents auraient pensé de lui. Sa mère l’aurait traité avec dégoût, son père lui aurait offert son sourire de façade, lui aurait parlé comme s’il avait 15 ans, avec cette condescendance faussement affectueuse… De toute façon, depuis le décès de sa mère, il avait coupé tout lien avec sa famille.

Ah, enfin, il le voit ! Nishiki semble l’attendre… D’un pas rapide, Jonathan s’empresse de le rejoindre, remet son écharpe bleue d’un geste de la main. De l’autre, il tient sa valise usée. Il a fait l’effort d’enfiler son plus beau pantalon et une simple chemise noire – Nishiki l’a probablement rarement vu aussi bien habillé et Jonathan a fait un effort pour cette première visite. Disons que le médecin n’est pas tellement regardant sur ses tenues, bien qu’il veille toujours à être propre. Il est fréquent que son pantalon présente un trou ou que sa chemise soit mal boutonnée, sous l’empressement.

_ Bonjour, Nishiki. Comment vas-tu ? Comment la vie se passe, de ton côté ?

La voix douce de Jonathan franchit ses lèvres rongées. Un sourire tendre éclaire son visage et sa main se repose un instant sur le bras puissant de l’homme, dans un geste d’affection sincère et maladroite. Nishiki a parlé de lui à la Lady… Il sait que c’est grâce à lui qu’elle a accepté de lui laisser une chance. Et il espère de tout cœur qu’il ne la décevra pas. Qu’elle n’aura pas de reproches pour l’homme… Il ne veut pas lui faire honte ou pire. Peut-être qu’il aurait dû attacher ses cheveux ? Il n’y pense que maintenant, il faut admettre que sous l’inquiétude, il a surtout veillé à avoir tout ce qu’il fallait dans sa mallette. Un soupir anxieux s’échappe un court instant de ses lèvres, mais le médecin se rattrape.

_ J’ai rencontré Lady De PontMercy. C’est une femme captivante, très cultivée et qui semble intéressée par ce que je lui ai expliqué. Je pense que cette première rencontre s’est bien déroulée, elle m’a proposé d’être le médecin officiel du Chabanais. J’ai accepté. Elle s’exprime avec une telle éloquence… A plusieurs reprises, j’ai dû passer pour stupide, mais enfin, je ne peux nier qu’elle a su me déstabiliser.

Il l’admet dans un petit rire gêné, avant d’hausser les épaules. Jonathan est un homme simple et franc. Son visage est comme un livre ouvert, où la moindre émotion s’écrit en un froncement de sourcils, une moue ou un grand sourire. Il n’est pas adepte du mensonge.

_ C’est une femme très intelligente. Je crois qu’elle… S’est sentie nerveuse à mon égard, parfois, son attitude est devenue… Soudainement froide ou distante. J’ai souhaité la rassurer à ce sujet mais si elle t’en fait part, pourras-tu lui assurer que je n’ai jamais souhaité un mal quelconque ? Je ne voudrais surtout pas la déranger ou la… blesser d’une quelconque manière. Je crois que mon attitude l’a surprise tout autant que la sienne m’a laissé… Eh bien… comme tétanisé. Enfin, peut-être que je me prends trop la tête, oui, ça c’est possible aussi, prends donc un peu confiance en toi Jonathan. Oh, j’aimerai tant avoir ton assurance mon ami. Et si nous y allions ? Nous pourrions peut-être… faire un peu de chemin ensemble et si tu souhaites… boire quelque chose je… je devrais pouvoir nous le payer si tu as un peu de temps à m’accorder.

Le bavard reprend ses droits ! Le médecin est habitué à déblatérer, tant et si bien qu’une fois sur deux, il laisse échapper des pensées qui ne sont adressées qu’à lui… Et qu’il balance pourtant avec négligence, sans même en avoir conscience. Profondément social et appréciant particulièrement la compagnie, il n’est pas rare que Jonathan propose parfois à Nishiki une promenade ou d’aller boire un verre quelque part…


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Jeu 14 Mar - 22:45, édité 4 fois
MessageSujet: Re: "Little" sunshine    Mar 11 Déc - 15:04

Nishiki attendait non loin des portes du club, dans des vêtements qu’on pourrait aisément qualifier de décontractés… quand on le connaissait un minimum. Cela se limitait donc à une chemise cintrée à manche longue dans ses tons noirs habituels, un long pantalon droit assorti… et ses cheveux détachés, sans doute le signe le plus apparent qu’il n’était pas en service. Pendue à son bras, une veste bien chaude qu’il se gardait sous la main si jamais il en avait besoin venait compléter l’ensemble – on était jamais trop prévoyant après tout. Le vent et la pluie avaient déjà commencés à s’installer dans la ville mais, allez savoir pourquoi, il avait toujours eu une plutôt bonne résistance au froid.
L’homme s’amusait avec son harmonica, qu’il faisait passer de main en main avec la force de l’habitude, venant de temps en temps souffler une note dans le petit appareil qui émettait alors un son… particulier. Il ne devait sans doute n’y avoir que lui dans toutes les rues de Draümbell pour supporter ce genre de son et – encore plus – l’aimer au point d’en jouer régulièrement. Il avait encore plusieurs heures devant lui avant de devoir reprendre son service et s’était dédouané pour l’après-midi de la préparation des filles pour le spectacle du soir. Quelque chose qu’il ne se permettait pas souvent.
Mais je ne vais quand même pas louper la visite d’une vieille connaissance.

Il le vit d’ailleurs sortir de l’établissement et se diriger vers lui et il l’accueillit avec un grand sourire en rangeant le petit instrument. Shiki ne put s’empêcher de trouver qu’il avait encore un peu vieilli – la dernière fois qu’ils s’étaient croisés remontait à plusieurs mois, voire même plus. Il avait été plutôt content d’apprendre que Jonathan était disponible lorsqu’il l’avait évoqué suite à l’indisponibilité de leur interlocuteur premier. D’une, parce qu’il connaissait les compétences de l’homme, de deux… parce que ça faisait toujours plaisir de croiser un ami.
Toujours égal à toi-même Jonathan.
Il l’accueillit d’une légère tape amicale sur l’épaule sans y mettre trop de force – il avait toujours un peu la crainte de faire mal sans le vouloir même s’il mesurait presque chacun de ses gestes – et l’écouta parler avec calme. Shiki avait pris l’habitude des longs discours et plus encore, les appréciait plutôt bien : c’est un côté franc de l’homme qu’il aimait beaucoup. Surtout que, parlant généralement peu, ça avait le mérite de meubler une conversation.

- Salut Jonathan. Je vais bien, merci… Et toi, tu as l’air d’avoir bonne mine ! Je suis content d’entendre que ça c’est bien passé.


Il ne doutait pas qu’Elena lui en toucherait des nouvelles à l’occasion, puisque c’était de lui qu’était venue l’idée. Mais en attendant, il était heureux de savoir que le ressenti de son ami était plutôt positif. Il ne pouvait pas nier que l’endroit était particulier, tout autant que les activités qui s’y déroulait, mais au fond, il savait que cela ne dérangerait pas le médecin outre mesure. Il ne retient d’ailleurs pas un léger rire à la mention de son employeuse et de sa description. Nishiki connaissait trop son caractère pour être étonné par de tels propos.
Ce n’est plus une surprise maintenant. Par contre si tu as vraiment réussi à la surprendre, ça c’est quelque chose !

- Tu t’en fais trop, oui. Crois-moi, si Elena t’as fait cette proposition, c’est qu’elle a compris qu’elle pouvait te faire confiance. Elle n’est pas du genre à aimer les choses mal faites. Et puis, tu sais, déstabiliser les gens, c’est en partie son travail et elle le fait avec tout le monde, ne le prend pas pour toi. Tu ferais bien de t’y habituer si tu dois revenir régulièrement !

Il rit à nouveau avant de faire signe au médecin en direction de la rue et qu’ils ne se mettent en marche, calant son pas sur celui de son ami pour éviter qu’il n’ait à trottiner derrière lui. Shiki baissa la tête pour l’observer. Petit à petit, le stress avait l’air de quitter Jonathan qui commençait à se détendre et ce n’était pourtant pas quelque de forcément aisé tous les jours. Il était heureux de pouvoir accepter cette petite invitation.

- Je suis content de savoir que c’est toi qui va t’occuper des filles, c’est une épine dans mon pied en moins. Merci d’être venu. Où veux-tu aller ? C’est moi qui offre aujourd’hui, c’est un peu ma faute si tu as été dérangé dans l’urgence après tout.

Même si je me doutais un peu que tu ne refuserais pas…
Et puis, ça lui faisait plaisir, de plus d’une façon. Il n’avait pas à se plaindre de son salaire, surtout qu’il était peu dépensier de manière générale – à part quand il avait un coup de cœur sur une des petites machines bizarroïdes des ingénieurs qu’il trouvait ici et là en ville – et à force il arrivait à mettre de côté, souvent pour envoyer une petite somme à sa mère.

- Ça fait un moment depuis la dernière fois qu’on s’est vu. A combien de personnes es-tu venu en aide ? J’espère que tu penses à te reposer de temps en temps.
MessageSujet: Re: "Little" sunshine    Mar 8 Jan - 11:24









Bonne mine ? Ce compliment étire ses lèvres dans un sourire franc, bien que les tensions musculaires naturellement présentes sur son visage plissent légèrement ses yeux. Nishiki est bien l’un des seuls à le qualifier ainsi, quand on voit les cernes qui bordent ses yeux, ses prunelles d’un bleu délavé, la lassitude qui se dessine en rides soucieuses le long de son front. Pour autant, on ne peut contester que Jonathan est en très bonne santé, quand on le compare à d’autres travailleurs. Un teint toujours légèrement tanné, un corps toujours en mouvement, un esprit vif et alerte. Ses mains sont usées comme celles d’un ouvrier, toujours protégées de mitaines ou de bandages, crevassées de gerçures ou d’anciennes cicatrices mises en relief par la vieille poussière qui les tapisse. Pour autant, il se lave régulièrement les mains, mais il suffit qu’il se promène dans les quartiers les plus miséreux pour que son derme attire toute la crasse… Mais aujourd’hui, Jonathan s’est fait beau, ses cheveux roux sont presque disciplinés, sa barbe a été taillée, il a enfilé son plus beau manteau – le moins rapiécé – et son sempiternelle écharpe en laine bleue, si usée que l’on s’étonne qu’elle puisse encore tenir autour de son cou sans partir en morceaux. Une certaine rougeur s’étale sur ses pommettes et le médecin baisse pudiquement les yeux, frottant nerveusement ses mains contre son petit ventre. Nishiki est un petit ange. Enfin, petit… Avec le temps, le grand homme a déjà eu de nombreuses fois l’occasion d’intimider quelques petites frappes prêtes à malmener le docteur pour une poignée d’argent. Il est déjà arrivé qu’il l’oriente vers certains patients, notamment vers Dame Elena… Un gage de confiance qui, pour lui, représente une certaine pression mais qui, par la même occasion, encense sa motivation.

_ Oh, oui, j’imagine. Enfin non, en fait, je ne comprends pas tellement, elle n’a pas besoin de déstabiliser pour charmer, Dame Elena possède de nombreux atouts dont sa culture, son intelligence, son allure, pour plaire, elle n’a pas nécessité de botter en touche. Tout du moins avec moi. Oh si tu savais combien de fois je n’ai pas su quoi lui répondre, si j’avais pu, je me serais dissimulé dans ma mallette ! Je ne sais jamais comment réagir quand quelqu’un s’intéresse ainsi à moi. A dire vrai, je crois bien que c’est la première femme depuis des décennies à se montrer si… proche avec moi. Comment as-tu fait sa rencontre ?

Il préfère changer de sujet. Jonathan est célibataire depuis des années. Il n’a jamais eu tellement le temps ou l’audace de s’engager dans une relation. Probablement car ce n’est pas avec une femme qu’il se sent le plus à son aise, mais qu’un homme l’effraie. Il se sent ridicule et sans intérêt. Ses connaissances dans le domaine sexuel ou « romantique » ne sont que purement scientifiques. Il a ainsi déjà étudié les effets d’aphrodisiaques, avant d’avancer l’hypothèse que ce ne soit en réalité qu’un processus psychologique s’appuyant sur des expériences passées… Après tout, certaines personnes vont s’exciter pour une odeur alors que d’autres vont en être écœurées ? Il a ainsi pu constater que certaines fragrances telle la sueur de porc pouvait susciter de l’attraction plus aisément qu’un parfum floral, notamment car la première odeur se rapprochait des effluves dégagées par une peau humaine… Bref. Savoir cela suffit à douter de ses propres sentiments ou des désirs qui ont pu, par le passé, saisir ses tripes. Et après quelques années d’abstinence, il est toujours plus difficile de ressentir quelque chose.

Alors qu’il marche aux côtés de Nishiki, il fait peut-être tâche. Lui, avec ses vêtements bariolés de couleurs, son allure assez relâchée, alors que comme toujours, son ami s’est joliment mis en valeurs par des tenues sobres, soigneusement choisies pour dessiner ses épaules, le creux de sa taille, le dessin de ses muscles. Jonathan observe autour de lui avec la même curiosité : par habitude, il laisse toujours ses doux yeux fouiner le moindre recoin, la plus petite ombre, voire suivre du regard certaines silhouettes qui suscitent son attention. Il n’est pas tellement discret, il a tout l’air d’un touriste, mais c’est toujours ainsi qu’il se promène, le nez en l’air. Au point de ne pas voir le défaut d’une dalle, de trébucher et de manquer de tomber, se rattrapant de justesse au bras de son ami. Il s’excuse dans un sourire, puis reprend sa marche. Bon sang, Nishi a des biceps d’enfer. Il a une pensée pour ses propres bras maigrelets et les resserre un peu contre son corps. Peut-être devrait-il faire du sport ? Mais à quoi bon ? Il commence à avoir un certain âge. Et ça ne lui serait pas tellement utile. Imaginer sa tête sur un corps comme celui de Nishi lui fait avoir une petite moue. Non, clairement, ça ne lui irait pas.

_ Oh, eh bien… Je n’ai pas tellement de préférences, mais j’ai croisé un charmant bar dont la carte peut s’avérer prometteuse ! Un peu plus haut dans la rue ! Il y a une sirène sur le panonceau… Ils y vendent, apparemment, de la bière blanche et brune confectionnées dans leur propre cave, y font mariner de la viande ou du poisson… Et les prix semblent abordables. Est-ce que tu as déjà mangé, d’ailleurs ? Si tu le souhaites, je nous paye à manger et toi, tu te charges des boissons ! Merci pour l’invitation et je suis très heureux que tu aies… du temps à m’accorder, j’espère réellement ne pas gêner ton emploi du temps. Et ne t’inquiète pas, tu ne me déranges jamais.


Jonathan peut se montrer assez gourmand… Et il n’a pas envie que son ami subisse les caprices de son estomac vorace. Il ignore combien cela peut même coûter, il espère avoir assez. L’invitation le fait rayonner, Jonathan abandonne enfin son masque de médecin, dévoile son vrai visage, celui d’un homme épicurien, aux plaisirs simples mais sincères. Une âme solitaire, ravie de passer un peu de temps avec un ami, sans avoir à s’inquiéter, sans avoir à penser. Mais simplement profiter. C’est comme une brise fraiche qui se glisse dans son esprit, balaie les inquiétudes futiles, fait un peu de place… Il se sent plus léger. Et enthousiaste. La question de son ami le fait rire et il répond dans un haussement d’épaules, remettant son écharpe en place.

_ Je n’ai pas compté !tout comme il ne comptait pas l’argent qu’on lui donnait et pouvait se retrouver en manque flagrant de bénéfice, d’ailleurs, il espérait que les quelques pièces dans sa poche seraient suffisantes pour leur payer de quoi manger Ne t’inquiète pas pour moi, je me repose quand je suis fatigué. Pour l’instant, il y a eu beaucoup de travail dans les mines, une épidémie… Je n’ai pas identifié précisément le mal mais je suis resté auprès des malades pendant des semaines, on a dû imposer certaines quarantaines. C’est toujours… difficile d’en passer par là mais c’était un mal nécessaire. Depuis une ou deux semaines, je suis surtout demandé auprès des Nobles… Je soupçonne qu’il y ait eu… enfin passons, quelque chose de peu agréable à savoir. Sinon je travaille toujours sur le stress post-traumatique, auprès des mêmes patients, je pense commencer à tenir une piste de recherche. Notamment des moyens de relaxation basés sur la respiration… ou l’imagerie mentale comme m’en a parlé le ministre…

Il se sent rougir. Car oui, il a eu la chance de côtoyer le ministre ! Il a lui-même du mal à y croire.

_ Je commence à fréquenter trop de monde dans la haute société, j’ai bien crainte de brûler mes ailes. Et toi, comment vas-tu ? Comment se porte ta mère ? En tous cas, tu sembles très bien te porter. C’est toujours un soulagement de le constater.


Il a longtemps suivi Nishiki et se considère même comme leur médecin de famille, plus ou moins… Mais cela fait quelques temps qu’il n’a pas eu l’occasion de prendre de leurs nouvelles. Il hésite mais tapote affectueusement le bras de son ami, avec une timide et tendre fierté, celle d’avoir vu ce gamin grandir jusqu’à devenir cet homme solide et assuré. Cet homme à la force tranquille, qui n’a plus tellement besoin de lui, mais qui ne l’a pas pour autant écarté de sa vie. Et il s’en sent… reconnaissant.


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Lun 4 Mar - 15:21, édité 1 fois
MessageSujet: Re: "Little" sunshine    Mar 5 Fév - 14:58

- Tu sais, tout comme personne ne pourra jamais t’empêcher d’aider les autres, Elena ne cessera jamais d’essayer de trouver la petite bête chez les autres. Et rassures-toi, tu n’es pas le seul à ne pas être insensible à ses charmes. Qui ne le pourrait pas ? Mais je suis certain que tu n’as pas à te sentir ridicule.

Mise à part les personnes comme moi.
Il ne put s’empêcher de sourire, bien conscient que sa question avait en fait bien plus d’une réponse possible. Mais il laissait cela aux pointilleux. Même avec une attirance négative envers les femmes concernant son intimité, Shiki savait malgré tout reconnaître la beauté et ce qui était capable d’attirer les autres hommes chez les femmes. Elena était loin de manquer de charme et savait s’en servir, après tout, ce n’était pas pour rien qu’elle s’était presque bâti son petit empire sur ce simple fait. Le valait saisit cela dit l’intention du médecin de changer de sujet, il le savait assez peu expansif sur la question et il embraya sur la question de Jonathan tout naturellement pour éviter de le gêner.

- Tu oublies que j’ai aussi travaillé chez les Függer avec mes parents. Elena n’aime pas trop qu’on lui rappelle d’où elle vient, mais elle reste une fille de la famille.

Même si tous les membres n’en diraient sans doute pas autant aujourd’hui.
Mais les souvenirs de cette époque ne peuvent l’empêcher de sourire. C’était une époque lointaine, où il apprenait encore avec ses parents mais où il partageait déjà avec Elena une complicité qui dépassait ce que la bienséance voudrait entre un serviteur et son maître. Elle était sans conteste l’enfant la plus agitée de la famille, loin du sérieux de ses parents et laissait toujours parler les idées qu’elle avait derrière la tête, aussi farfelues soient-elles. Un point qui amusait beaucoup Nishiki à l’époque, même s’il lui était officiellement interdit de l’avouer.
Le faux pas de Jonathan le sort un peu de ses souvenirs et il pose par réflexe une main pour son épaule pour le retenir de tomber, mais l’homme arrive à se maintenir seul en s’accrochant à son bras. Shiki se contente de simplement lui sourire, habitué à le voir regarder partout sauf à l’endroit où il doit mettre les pieds.

- J’ai toujours du tem pour les amis Jon. Et puis si tu me propose de la viande, comment te dire non ? Tu as toute mon attention !

Le valet rit de bon cœur, s’imaginant déjà devant une assiette pleine. Pour lui, rien de mieux après une longue journée qu’un bon plat bien chaud de viande saignante. Il faut bien avoir un point faible quelque part, on ne se refait pas. Il prend donc la direction de l’endroit duquel parle le médecin devant lequel il passe lui-même régulièrement sans jamais avoir pris le temps de s’y être arrêté. Ce n’était pas si loin et il leur faudrait à peine quelque minute pour échapper à l’ambiance fraiche des rues.
Cependant, la petite tirade de Jonathan lui tire un léger froncement de sourcil tandis qu’il observe un peu mieux le médecin à côté de lui, légèrement inquiet pour son ami.

- Une épidémie ? C’est si grave que ça ? On en aurait entendu parler si c’était le cas, non ? Fais attention à toi… Tu n’as pas moyen de faire moins d’aller-retour là-bas ?

Après tout, dès qu’il y avait vraiment quelque chose de grave, les informations finissaient toujours par retomber… Après, Nishiki ne connaissait que peu, voire pas du tout l’environnement des mines. Il y était bien sûr passé quelques fois, quand il accompagnait Elena lorsqu’elle se rendait chez son amie qui vivait là-bas, mais il n’avait aucune conscience de la situation réellement dans laquelle étaient ces gens. Alors il se contentait de suivre parfois ce qu’il se passait quand il tombait sur les gros titres des journaux – officiels bien sûr – ou il écoutait les filles quand elles en parlaient dans les couloirs. Ces dernière avaient cependant tendance à trop faire parler leur instinct maternel et se lamenter sur le sort des habitants, ce qui faisait que Nishiki pensait souvent que l’exagération était souvent présente quand on parlait des miniers. Et il s’y intéressait peu, ce qui n’améliorait pas vraiment son jugement général.

- En effet, je vois que tu as l’air de bien t’amuser avec les nobles. Ta réputation commence à te précéder, c’est plutôt bon signe. Tu pourrais en profiter pour consacrer un peu plus de temps sur tes recherches, non ?

Et puis, si ça peut t’éviter de mettre les pieds dans les mines…
Parce que Nishiki supposait bien que les nobles payaient bien mieux que les miniers. Enfin, payaient tout court, en réalité. Ce qui ne devait pas faire de mal au médecin du côté des finances. Pas que Shiki considère les miniers indignes de soin, il respectait le côté altruiste de l’homme… C’était juste que parfois il pense qu’il en faisait un petit trop pour son propre bien.
En arrivant devant l’établissement, le valet ouvrit la porte pour laisser entrer son ami dans un geste empli d’une habitude à laquelle il ne faisait même plus attention depuis le temps.

- Misao ? Elle va bien. Je l’ai vu encore il y a peu. Mais son travail la pèse de plus en plus et elle se fait assister dans la majorité de ses tâches maintenant. Et pour moi… La routine. Le Chabanais est plutôt calme malgré les apparences et il y a peu d’incidents vraiment notoires. Et au moins, ça a le mérite d’occuper mes nuits. Qu’est-ce que tu veux commander ?

Ce qui était un avantage non négligeable vu son cycle de sommeil chaotique. Il était toujours plus agréable de passer ses heures éveillées en compagnies d’autres personnes que seul perdu dans son petit appartement… Et comme ses heures libres se situaient plutôt dans la journée que la nuit étant donné les horaires de son travail, il passait pas mal de temps à flâner dans les rues.
MessageSujet: Re: "Little" sunshine    Lun 4 Mar - 15:22









Nishiki est l’une des rares personnes dont le cœur a su suivre la croissance de son corps. Sa tolérance est toujours une vraie libération pour un esprit aussi tracassé que celui du médecin : le jeune homme, malgré leurs différences d’expérience, balaient en quelques mots ses préoccupations, ses hontes ou ses malaises. Au fur et à mesure qu’ils discutent, les habitudes nerveuses de Jonathan disparaissent : il ne malmène plus son écharpe, il n’enfonce plus sa tête dans son col, il ne mord plus sa lèvre… Il découvre un tout autre visage, celui d’un homme appréciant les plaisirs simples de la vie, quitte à prendre le risque de passer pour un imbécile. Malgré son apparent manque d’assurance, Jonathan est un homme savant et qui en a parfaitement conscience. Ce qui le fait douter de lui n’est autre que se dire qu’au final, ce n’est que par chance qu’il a fini là. Que certains sont aussi travailleurs que lui, dotés de la même intelligence ou d’un cœur au moins tout aussi grand que le sien, et qu’ils sont contraints à vivre dans la misère. Au final, Jonathan ne doute pas de lui, mais se reproche l’injustice du monde, comme la culpabilité que ressent l’enfant privilégié d’une fratrie. Et voir qu’au final, on ne fait pas preuve de ressentiments à son égard revient à enlever une lourde pierre du fardeau qu’il porte quotidiennement sur son dos. C’est avec sérieux et bien plus de maturité que Jonathan répond à son ami. Il n’est pas le maladroit humaniste, non, c’est le médecin qui parle.

_ Les épidémies sont toujours graves… Tant que l’on n’a pas encore compris comment l’endiguer. La quarantaine reste toujours l’un des moyens les plus adaptés pour contrôler l’expansion de la maladie, malheureusement, de nombreuses personnes malades ont une famille ou travaillent en équipe, ce qui accroît le nombre de malades… Il faut aussi réussir à trouver un traitement que tous pourraient se payer ou fournir assez de soins, via suffisamment de professionnels, pour soigner le plus de monde possible. Certes, certains, comme toi, sont de santé solide et peuvent se soigner d’eux-mêmes, mais cela aurait été après avoir contaminé plusieurs personnes qui n’auraient pas la même résistance. Lorsqu’un membre de la famille est malade, on fait des sacrifices, lorsque plusieurs sont contaminés, certaines familles doivent faire des choix réellement compliqués… A qui paye t on les soins en priorité ? L’enfant, la grand-mère, le frère, la femme, l’homme ? Ne te fie pas à ce que la presse ou les ragots peuvent te rapporter, certaines vérités sont tues afin de ne pas inquiéter la population ou de ne pas changer nos façons de vivre. Je ne sais pas, imaginons que la viande est source de maladies ? Pour autant, beaucoup garderont le silence et l’on trouvera une autre excuse.

Bien qu’actuellement, aux yeux de Jonathan, ce sont les Mines les principales responsables d’un taux de mortalité très important chez les plus miséreux. Sur son visage, le sourire s’efface, la résignation durcit ses doux yeux blafards. Dans son allure dépenaillée, on devine les bandages sur ses mains abîmées, comme les gants d’un boxeur des rues, habitué à battre quotidiennement la maladie, sous tous ses visages, quitte à se prendre de mauvais revers – la perte tragique d’un patient, la souffrance d’un autre, l’agonie terrible de certains dont la vision marquera à jamais son cœur, comme une inscription au fer rouge.

_ Si j’y fais moins de passage, beaucoup de gens mourront. Les pauvres, personne ne s’y intéresse, certains osent même croire que les épidémies sont une manière de purger la ville des plus misérables. Si je les abandonne… Premièrement, je ne me le pardonnerai pas. Je n’ai pas fait tout ce travail pour le gaspiller auprès de personnes qui ne souffrent que d’un rhume mais qui ont les moyens de se payer les soins les plus coûteux. J’ai fait ça pour aider et sauver des vies. Et j’ai appris que toutes vies humaines avaient la même valeurs. Je ne parle pas de l’âme, certaines personnes ne valent rien, mais leur vie m’importe et je tiens à… m’accrocher à ce serment que je me suis fait. Deuxièmement, ce ne sera que mettre la tête dans la terre car l’épidémie perdurera. Autant l’endiguer tant qu’elle n’est qu’à un stade précoce de son développement. Il est plus aisé d’écraser un œuf que le dragon qui en sortira.

Jonathan se faufile devant Nishiki et observe autour d’eux. Instinctivement, Jonathan choisit une table dans un coin, proche de la fenêtre : il s’y installe et c’est avec un sourire serein qu’il contemple, quelques secondes, la vie qui se déroule au-delà des fenêtres portant de nombreuses marques de doigts. On s’étonne quelque peu à la vue de la tenue curieusement bariolée de couleurs, raffistolée ici et là, qu’affiche le médecin mais on reconnaît probablement la stature de Nishiki. Jonathan prend la carte, mais choisit déjà une bière et un pain à la viande, ça sera bien assez pour son porte -monnaie (jamais assez pour son appétit d’ogre).

_ Oh, oui, je pourrais m’y pencher… Actuellement, j’ai des cas plutôt intéressants, notamment des cas de possibles hallucinations suite à un stress ? As-tu entendu parler de ce qu’il s’est passé au Tag Der Toten ? T’y es-tu rendu ? Je serais curieux des informations que l’on pourrait m’apporter à ce sujet… Oh, penses-tu que je devrais aller voir ta mère ? Si besoin est, n’hésitez pas, je peux me déplacer jusqu’à chez elle, à n’importe quelle heure ! Cela fait très longtemps que nous n’avons pas discuté autour d’une boisson chaude et que je ne l’ai pas entendue se soucier de tes heures de sommeil…  Ce qui est impressionnant car malgré le peu de sommeil que tu as, tu n’as pas de troubles de mémoire évidents mais peut être que tu les compenses bien. Ni d’hallucinations. Enfin j’espère. Tiens, je vais prendre une bière et un pain à la viande, prends ce que tu veux !

Jonathan et son bavardage sont décidément inchangés malgré les années…
MessageSujet: Re: "Little" sunshine    Dim 10 Mar - 11:48

En écoutant Jon parler et en se frottant la nuque, le valet ne peut s’empêche de compatir. La tristesse dans les familles, quelqu’un soit la source, il y a souvent été confronté avec les filles te leurs entourages, souvent peu propice, raison par laquelle elles finissent au Chabanais la plupart du temps Et il e bien conscience que les dires du médecin sont juste, mais au fond, il ne peut pas s’empêcher de s’inquiéter un peu pour lui. Shiki a conscience de peu connaître la ville en dehors du centre, mais si la petite pique de rappel de Jonathan vient chatouiller un peu son égo, il sait qu’elle est malgré tout nécessaire, parfois. On a beau savoir qu’il ne faut pas tomber dans la facilité, c’est un piège subtil dans lequel tout le monde peut sombrer, lui y compris.

- Je m’excuse si mes paroles t’ont parus rudes, mais je suis juste soucieux pour toi. Mais je comprends… Enfin, au moins un peu, je pense.

Il vient poser une main douce sur le bras du médecin, amicale. C’était un de leur point commun, cette volonté d’essayer de protéger ou sauver des gens, chacun à sa façon.

- Oh, Misao va bien ! Je lui ai parlé il y a quelques jours encore. Elle a réussi à réduire un peu ses horaires de travail, donc ses problèmes de dos se portent plutôt mieux en ce moment. Mais je n’hésiterais pas à lui transmettre le message si jamais elle sent qu’elle en a besoin.

Alors qu’il venait de passer sa commande, Nishiki remarqua d coin de l’œil une personne venant de rentrer dans le petit restaurant et qui avait une attitude… étrange. Une personne qu’il connaissait plutôt bien en réalité puisqu’il s’agissait d’un de ses collègues du Chabanais. D’ailleurs, quand il croisa son regard, il se dirigea rapidement vers lui, confirmant sa première impression. Il semblerait qu’il n’allait finalement pas pouvoir autant profiter de son après-midi autant qu’il le pensait. Gunter - c’était le nom de ce brave garçon – s’approcha de lui d’un pas rapidement, jetant un coup d’œil furtif à Jonathan avant de venir lui murmurer son problème à l’oreille. Le valet écouta tranquillement avant de légèrement froncer les sourcils et de hocher la tête.

- J’arrive dans cinq minutes Gunter, tu as bien fait de venir me voir.

Il donna une tape amicale dans le dos du surveillant qui repartit aussi rapidement qu’il était arrivé. Eh bien… A croire qu’il ne pouvait pas prendre une journée tranquille pour la passer avec ses amis. Il se tourna vers Jon avec un petit sourire désolé avant de se relever.

- Je suis désolé mon ami, mais il semblerait qu’on ait besoin de moi. J’aurais aimé pourvoir rester plus longtemps… Tiens-moi au courant quand tu passes la prochaine fois, le moment sera peut-être plus propice. Je te laisse ma part en dédommagement.

Il eut un rire léger tout en venant poser une main amicale sur l’épaule du médecin puis d’attraper sa veste. Avant de partir, il laissa quelques billets sur la table, histoire de quand même tenir sa promesse et, après une dernière salutation, prit le même chemin que Gunter pour retourner au Chabanais.

~ Fin ~

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"Little" sunshine
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