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 À la claire fontaine

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MessageSujet: À la claire fontaine   Mer 5 Déc - 13:14

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Au coeur de la forêt pluviale, il se passait ce qui se passe en générale dans les forêts pluviales, c'est-à-dire qu'il pleuvait : d'où son nom.
- Courez espèce de petit malin, et souvenez-vous de moi ! Le grand Luce ! cria le chevalier, en riant au nez à deux trolls qu'il venait de faire fuir. Son épée était couverte de sang bleu, qu'il nettoya sur son pantalon, y laissant donc des tâches d'hémoglobine. Luce regardait à gauche, puis à droite, se demandant si d'autres créatures allaient venir le faire chier pendant son repas, ou s'il pouvait enfin manger à son aise, sans se faire emmerder toutes les dix minutes. Le champion se laissa enfin tomber au sol en soupirant, reprenant donc là où il en était : manger ce morceau de viande à pleine dent. Alors qu'il était en train de croquer - et qu'un peu de jus éclaboussa sur sa chemise déchirée - un petit lapin rose sorti de sa poche. Vraiment, c'était en tout petit lapin - mais vous vous en doutez certainement puisqu'il venait de sortir de la poche d'un pantalon, alors il aurait été complètement idiot de penser qu'il s'agissait d'un lapin de taille normale, voyons, il faut être un peu réaliste quand même. Bon, revenez à nos moutons - enfin, à notre chevalier et son lapin rose.

L'animal bondit sur les cuisses de son maître adoré, tout en le regardant avec une grande fierté. Luce lui, posa ses yeux vers la petite boule de poils, puis leva la tête, regardant droit devant lui, à l'horizon. En vrai, il ne regardait absolument rien, mais c'était un moment épique, et il se devait de prendre une posture en adéquation avec moment. Après son repas, il attrapa le lapin par les oreilles et le replaça dans sa poche, tout en marchant pour aller chez lui. Il y arriva très vite, en deux pas et la voilà dans son salon. C'était une petite chaumière, tout en haut de la plus grande montagne de l'univers - rien que ça. Dehors, la pluie avait commencé à tomber, laissant les gouttes faire échos au crépitement du feu dans sa cheminée. Il s'approcha d'ailleurs de celle-ci et ramassa un cadre photo qui se trouvait par terre : une image de son ancien vaisseau.
Il était née à bord d'un vaisseau spatial parti de nulle part pour se rendre ailleurs, et quand il avait abordé ailleurs, cet ailleurs s'était révélé être un nouveau nulle part d'où repartir ailleurs et ainsi de suite.
Oh et puis merde, se dit-il, on n’est jeune qu’une fois, et il se jeta par la fenêtre. Voilà au moins qui lui laisserait l’avantage de la surprise.


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La sensation de chute qu'il ressentit en sautant de cette fenêtre eut pour effet de le sortir de son rêve et de son état léthargique. Il se retrouva par terre - du moins, à moitié par terre, le bas de son corps étant toujours sur le lit, il n'y avait que sa tête et son torse pendu comme un cochon dans une boucherie et il ouvrit doucement ses yeux. Luce ne voyait absolument rien, et il entreprit alors la tache la plus difficile de sa journée : trouver ses foutues lunettes dans tout son bordel. Normalement, il les retirait avant de dormir et les plaçait sur son bureau, mais depuis un petit temps maintenant elle ne s'y trouvait plus à son réveil. Voilà ce qui commençait fortement à agacer notre petit ingénieur, tout en le fascinant davantage car cela signifiait un petit mystère à résoudre. Était-ce l'une de ses machines folles qui s'amusaient à lui jouer des farces ? Il faudrait qu'il tire ça au clair, en les interrogeant une par une. En attendant, sentant que le sang lui montait à la tête car il avait celle-ci inversée, il se redressa et se relava entièrement, venant s'étirer en tentant de faire quelques mouvements de fitness - qui ressemblaient beaucoup plus à une anguille prise dans un filet de pêche. A tâtons - puisqu'il était totalement myope - il s'avança prudemment, tout en heurtant quand même la multitude de pièces, de plans, d'inventions à moitié commencées et à moitié terminées, jusqu'à arriver dans la cuisine. En se grattant l'arrière du dos ainsi que le commencement de son fessier, il se pencha pour ouvrir le frigo à la recherche d'une bouteille de lait pour se rafraîchir son haleine fétide du matin. Et ô, surprise ! Il attrapa ses lunettes - super froides. Il s'arrêta un instant, le temps que son cerveau fasse les liens nécessaires pour comprendre pourquoi sa paire de lunettes s'était retrouvée dans son réfrigérateur, mais au bout de quelques secondes il haussa simplement les épaules avant de le mettre sur son nez. Aaah, retrouver le sens de la vue était un bonheur.  

Après s'être rapidement préparé, il se dirigea vers on bureau - en face de la fenêtre, auquel il s'installa. La veille, il avait laissé l'une de ses créations : une montre qui servirait également de couvert. Imaginez-vous : vous n'êtes pas chez vous, arrive l'heure du midi. Au lieu d'être pris de panique car vous ne respectez pas au poil près les horaires ancrées dans la mentalité des gens pour se sustenter, vous sortez tranquillement votre montre à couvert. En appuyant sur un petit bouton, une fourchette, un couteau et une cuillère en sortent, et vous voilà prêt à manger n'importe ou, et dans n'importe quelle situation ! Ha, quel génie ce Luce. Après plusieurs minutes de bidouillage, il leva la tête vers la fenêtre, sans vraiment de raison. Il avait une belle vue d'ici : l'une des plus belles fontaines de la ville. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il avait choisi cet appartement - et aussi parce que c'était le seul dans ces prix, mais ce n'est qu'un détail. Soudain il bondit de sa chaise - faisant reverser celle-ci en arrière dans un brouhaha - et son visage prit une mine horrifiée : la fontaine avait des traces de boues, surement laissés par la pluie. Ni une, ni deux, il quitta son appartement en ayant prit soin de choper au passage une éponge et un linge, et il descendit en trombe les escaliers de son immeuble, et ça, sans tomber.

- Mireille !
Lorsqu'on n'a peur des gens, on n'a pas d'amis. Et lorsqu'on n'a pas d'amis, pour ne pas totalement sombrer dans la solitude, on s'en invente. La fontaine avait l'honneur de faire partie de ses amis, et il l'avait baptisé Mireille. En seulement une semaine, ils étaient devenus très proches, et Luce prenait grand soin d'elle, allant jusqu'à la chouchouter comme si elle était réelle. La Fontaine était globalement dans un état assez... délabrée. Elle avait souffert des intempéries successives.
- Regarde-toi... Une vraie cochonne ! Je vais te nettoyer. Il plongea alors l'éponge dans l'eau que Mireille lui offrait gentiment, et entreprit donc de retirer les traces de saletés de son amie, sans se préoccuper une seule seconde s'il y avait des gens autour. De toute façon, c'était assez tôt dans la matinée, et quel hurluberlu viendrait passer par là, hm ?


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MessageSujet: Re: À la claire fontaine   Ven 7 Déc - 15:12








Jonathan remonte l’un des couloirs de l’Université.

Pour une fois, il a attaché ses cheveux roux, mi-longs, en une queue de cheval approximative. Néanmoins, quelques mèches farouches tombent devant ses yeux topaze, cernés. Il a le visage souillé, sans même en avoir conscience – un de ses appareils vient de rendre l’âme et il a tenté, bien vainement, d’y glisser ses mains… Mais le mécanisme d’un appareil est bien différent d’un organisme humain. Les quelques tâches de cambouis persistent sur ses joues et trahissent ses tentatives médiocres de ramener la machine à la vie. Elle n’est pas primordiale, mais elle a l’avantage de servir de seconde main lorsqu’il opère quelqu’un. Comme une infirmière artificielle, ses bras métalliques gardaient les outils stérilisés à portée de main, ainsi qu’un verre d’eau et son tuyau permettait d’aspirer ou de souffler le surplus de fluide… Il va devoir demander de l’aide à un collègue Erudit, si l’un d’eux daigne d’abord supporter son monologue avant d’accepter de lui apporter son aide. Il soupire et remonte un peu son sempiternelle écharpe bleue sur son nez.

A l’Université, Jonathan n’a pas d’ennemis. Mais de là à dire qu’il a des amis… Non, Jonathan vit même assez isolé et ce, depuis toujours. Plus jeune, on ne prêtait simplement pas attention à lui, étudiant trop rêveur, trop humaniste, trop bavard, déjà ! Et en grandissant, cette distance avec les autres n’a fait qu’accroître. Pourtant, Jonathan est considéré comme bienveillant par les autres. On vante ses qualités, mais l’on peine à rester en sa compagnie. Tant et si bien que Jonathan se parle à lui-même sans en avoir réellement conscience. Comme en cet instant.

_ Il va falloir que je trouve une solution. Une solution. Un livre à la bibliothèque pourra peut-être me renseigner ? Non, reprends toi un peu, Jonathan, tu n’as qu’à demander de l’aide, ce n’est pas sorcier. Ce n’est pas même difficile. Il suffit de trouver quelqu’un qui s’y connaisse un peu mieux que toi. Et ce n’est pas rare, hein Monsieur Catastrophe Ambulante ?


Jonathan l’a murmuré dans sa barbe de quelques jours, y glissant ses doigts épais. Il finit par tourner les prunelles alors qu’il approche d’une cour intérieure. Ses doux yeux remarquent aisément la silhouette d’un jeune homme brun, à la peau bien plus tannée que la sienne… qui s’occupe d’une fontaine. Il l’astique, et le son de sa voix le fait naturellement réagir. Parce qu’il s’exprime… à une fontaine. Mireille. A croire qu’une certaine complicité s’est nouée entre l’humain et cet objet d’ornement. Déstabilisé, Jonathan s’est figé pour les observer. L’Université renferme tant d’esprits étranges ! Et c’est peut-être ce pourquoi il s’y sent aussi bien. Instinctivement, il se sent… Comme rassuré. Il préfère voir quelqu’un parler à une fontaine que lire un livre relativement compliqué en lui tournant le dos. Il se sent… à sa hauteur et s’amuse, sans l’avouer, qu’on se soit moqués de sa manie à parler tout seul alors que d’autres peuvent avoir des habitudes bien plus surprenantes que les siennes.

Peut-être sera-t-il son sauveur ?

Jonathan s’approche prudemment de l’homme, qui semble plus jeune que lui. Vêtu de sa longue veste en cuir usée, de ses mitaines abîmées, son pull en laine vert et son pantalon brun, le médecin ne paye pas tellement de mine. Ses mains sont nerveusement nouées sur son discret embonpoint et il finit par interpeller l’Erudit d’une voix prudente. Il ne veut pas l’effrayer…

_ Bonjour ! Je ne vous ai encore jamais vu ici, vous travaillez dans quel domaine ? Comment puis-je vous appeler ? Mon nom est Jonathan, je suis médecin depuis… oh, depuis très longtemps me direz-vous, à peu près… 20 ans, un peu plus. Ca ne me rajeunit pas. Spécialisé dans les soins organiques variés mais aussi de plus en plus intéressé par la psyché, bien que nos travaux soient encore relativement modestes à ce sujet et que ce domaine reste trop abstrait pour la majorité des chercheurs, mais enfin, passons. N’avez-vous donc pas froid ? L’air est si humide, je trouve.

Inquiet, il s’est rapproché d’un pas. Bavard comme une pie, il n’a pas tellement conscience que c’est ce qui peut effrayer certaines personnes… Mais Jonathan trouve toujours une réponse ou un sujet de conversation à aborder. Il a fini par rejoindre l’inconnu et a même posé prudemment un genou à terre pour diriger son regard vers la fontaine. Jonathan est un homme simple et humble, qui apprécie toujours… Se mettre en contact avec les gens. D’ailleurs, sa main effleure prudemment le pourtour de la fontaine, vers laquelle il lève ses yeux paisibles.

_ Est-ce vous qui l’avez réparée ? La dernière fois où je me suis perdu dans cet endroit de l’Université, elle était rouillée et ne crachait plus qu’un filet d’eau, insuffisant pour remplir son bassin. J’apprécie les fontaines, je voulais en installer une petite dans mon cabinet, vous savez, une miniature ? Le son de l’eau qui coule apaise naturellement bien des esprits, sans que je n’en comprenne la raison. Il faudrait que je me penche à ce sujet. Au contraire, j’avais un patient qui préférait les sons… industriels, comme le raclement régulier d’une locomotive…

Jonathan lève le bras et plonge en douceur ses doigts dans l’onde. L’eau est fraiche, mais reste supportable, même pour sa mauvaise circulation sanguine. Un sourire éclaire son visage et ses yeux reviennent curieusement chercher ceux de son interlocuteur. Une autre approche prudente, pour ne pas brusquer ou effrayer le jeune homme. Au début, le médecin fait toujours preuve d’une extrême précaution. Il ne sait jamais comment aborder quelqu’un mais a remarqué plus d’une fois que la douceur permet de rassurer, de nouer un premier contact en réduisant la méfiance ou l’agressivité. Certains de ses collègues s’opposent à ce qu’il propose, prétextant qu’un médecin se doit de faire respecter son autorité et de conserver une distance imposante, qu’il doit rester supérieur à son patient, car seul lui a la science pour le soigner. Une démarche qui ne renvoie, selon Jonathan, que leur besoin de mettre en avant leur ego futile car pour bien faire son métier, le rouquin a appris à écouter. A ne pas s’imposer ni écraser. Mais à entendre et respecter.
MessageSujet: Re: À la claire fontaine   Lun 10 Déc - 17:36

Quand vous êtes très concentré sur une tâche précise - d'autant plus si cette tâche vous tient fortement à cœur - il pourrait se passer n'importe quoi autour de vous - comme par exemple un éboulement ou encore une battle de danse en plein milieu de la place centrale de la ville - que vous ne lèveriez pas le nez. En tout cas, c'est exactement ce qui se passa pour le petit Luce.
Il n'avait pas du tout entendu qu'un individu s'était approché de lui, et qu'il lui avait même adressé la parole. Il était bien trop occupé à astiquer sa jolie Mireille, en toute innocence bien sûr.

Ce ne fut que lors de la seconde prise de parole de l'homme que Luce l'entendit. Il sursauta, se retourna précipitamment comme un ahurit, laissant voir au rouquin son visage surpris voire choqué, ses godasses pleines d'eau due à l'éponge dégoulinante qu'il avait dans la main, et ses lunettes mises de traviole. Était-ce vraiment à lui qu'il s'adressait ? Luce n'y croyait pas, aussi il se tourna un instant, regarda à droite, à gauche, et même en l'air - au cas où. Il termina par se remettre face à l'homme, en se pointant lui-même du doigt, pour être bien certain que c'était à lui qu'il s'adressait. En une semaine, c'était l'une des premières fois que quelqu'un venait lui parler. Pourquoi ? ... Pourquoi aujourd'hui ? Est-ce que les étoiles avaient changé d'alignement ? Est-ce que la rotation de l'eau avait changé de sens ? Il devait forcément y avoir une explication à ce fait étrange, qui mena le roux à venir lui parler, précisément aujourd'hui, à cet instant. Il décida de noter mentalement ce nouveau mystère à résoudre dans un coin de sa tête, puis regarda l'homme.

- O..Oui.. C'est moi.. bégaya-t-il, peu sur de lui, et d'une voix à peine audible. Bien sûr, il répondait à la seconde prise de parole de l'inconnu, étant donné qu'il n'avait rien entendu avant ça.
Luce avala difficilement sa salive, jouant nerveusement avec l'éponge qu'il commença doucement à déstructurer par angoisse. Haaa, avoir une conversation, comme c'était d'un compliqué...

- Je.. Je sais pas quoi répondre, les préférences sonores de votre patient ne m’intéressent pas du tout. Répondit-il, totalement innocemment. Ce n'était en rien méchant, mais Luce n'avait pas de filtre. Il ne voulait pas se montrer désobligeant, c'est juste que ce jeune homme... eh bien, disait ce qu'il pensait. Après tout, c'est vrai quoi ! Cet homme, qu'il ne connaissait absolument pas, venait interrompre dans son nettoyage pour lui parler d'un type qui aimait les sons industriels... Qu'est-ce que ça pouvait bien lui foutre, à Luce ? Bon, il pouvait comprendre que certains sons industriels pouvaient être relaxants, car lui-même appréciait des choses étranges, comme le son d'une chaise qu'on déplace - allez savoir pourquoi.

Et voilà que ce crée un silence assez gênant parce que... Eh bien, Luce n'a plus rien à dire. En fait, il n'a jamais rien à dire. Pour le faire parler, il faut se lever tôt, vraiment très tôt. Il continuait de jouer avec l'éponge - qui n'en était maintenant plus une, mais plutôt plusieurs petits tas de mousses jaunes éparpillés dans ses mains, son pantalon et même le sol.
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