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 Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée

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MessageSujet: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Mer 28 Nov - 15:01










_ Tout va bien, Zoey.

Ses mots s’échappent en douceur de ses lèvres usées. Un sourire, chaleureux, qui adoucit ses yeux d’un bleu glacé. La dénommée Zoey est assise sur un lit. Une jeune femme dont le sourire s’épanouit sur son charmant minois. Une peau d’ivoire, probablement saupoudrée d’un peu de poudre pour donner quelques couleurs à ses joues légèrement creusées. Un nez retroussé, quelques tâches de rousseurs maladroitement dissimulées. Ses yeux sombres fuient son regard, mais le sourire l’encourage à tourner un peu plus franchement la tête, à offrir ses prunelles aux siennes, comme elle donne sa main, sa confiance, son corps à un homme. Et aujourd’hui, c’est au médecin qu’elle s’offre. Non pas pour l’amour, cette valse qu’elle maîtrise du bout des pieds, des lèvres et du regard, non pas pour de l’érotisme ou le bonheur d’une simple compagnie. Pour un examen médical, qu’elle semble craindre, osant à peine laisser entendre le son de sa voix quand il l’interroge. Mais ses mots l’ont aidée à prendre confiance, suffisamment pour qu’elle prenne le temps de le détailler.

Jonathan a fait de nombreux efforts pour être présentable. Il a enfilé son manteau le moins usé. Ses cheveux roux ont été maladroitement coiffés en arrière, en un catogan mal fait ; quelques mèches rousses se sont échappées, glissent le long de son front, devant son regard. Une chemise noire, un peu ample, un pantalon sombre en tissus épais. Jonathan a même pris deux bouquets de fleurs, dont l’un qui repose actuellement sur la table de chevet. L’autre est pour la Dame de ces lieux. Ce sont des fleurs sauvages, aux couleurs magnifiques, dont les parfums sont bien différents de ceux bien trop doux de la rose ou de la tulipe. On sent des fragrances étrangement musquées, rappelant l’herbe fraichement coupée, les tiges de blé réchauffés par le soleil de l’été. Le tout maintenu par un joli ruban qu’il a soigneusement noué. Jonathan s’adapte au mieux à ses patients, à ce dont ils ont besoin, à ce qu’ils sont.

Pour soigner correctement quelqu’un, il faut avoir sa confiance. Les secrets doivent être avoués, sans avoir la crainte qu’ils ne soient abandonnés au détour d’une conversation, sans avoir la crainte qu’ils ne soient négligemment dévoilés. Le médecin doit se montrer respectueux. A l’écoute. Sans jugement. Ne pas s’imposer sur le patient, mais le laisser s’épanouir pour le comprendre dans sa globalité et savoir, précisément, localiser la source de ses difficultés. Sa priorité est de soigner. Pas de satisfaire sa curiosité, pas d’étoffer son salaire, sa réputation, sa carrière. Non, pour lui, l’important est de voir un sourire réapparaître. Un espoir, renaître. Voir ses patients vivre libres, non plus contraints par des chaînes physiques ou psychologiques.

Jonathan se laisse étudier par la demoiselle, alors qu’il prend le temps de retirer sa veste. Il retrousse ses manches, découvrant des bras plutôt fins et solides, des mains courtes et épaisses, abîmées, qu’il prend le temps de nettoyer dans l’évier. Il brosse ses ongles, récure soigneusement chaque carré de peau, bien que certains médecins de la ville crachent encore sur cette hygiène qu’il considère primordial.

_ Je m’appelle Jonathan. Je suis médecin depuis… Oh eh bien, très longtemps à présent. 20 à 30 ans. Je ne vous dirai pas mon âge, il commence à être assez respectable. C’est la première fois que Dame De PontMercy fait appel à mes services… Mais ce n’est pas la première fois que je m’occupe de dames de votre profession. Ce métier n’est pas des plus faciles, mais je dois dire que je suis assez rassuré quant à la réputation de l’établissement. Quand êtes-vous arrivée, mademoiselle Zoey ?

Alors qu’elle lui répond, il se rapproche d’elle. En douceur, il saisit délicatement son menton, lui fait lever la tête. Il la détaille du regard. Ce visage à peine sorti de l’enfance, s’éclot à peine en tant que femme. Ses tâches de rousseur côtoient un acné qu’elle essaye de dissimuler à l’aide de ses poudres, de ses crèmes épaisses, qui font de sa peau un champ recouvert d’une poudreuse immaculée. Ses yeux sont légèrement cernés, le maquillage dissimule les marques de fatigue, mais qu’il discerne sans difficultés, remarquant les petits tracés des capillaires sanguins dans le blanc de ses yeux. Il se saisit d’une petite lampe, une dynamo qu’il alimente d’une pression régulière de son doigt, testant la rétractation de ses pupilles. Il ne lui demande pas de se dévêtir, se contentant, en premier lieu, d’un examen rapide. Réflexes, tension, température, rythme cardiaque, le dessin de la colonne vertébrale – tiens, une discrète scoliose. A cet âge, il est trop tard pour conseiller un corset. Enchaînons les postures : allongée, sur le côté, à 4 pattes, assise, il vérifie qu’elle n’ait aucune souffrance… Ah si, un nœud musculaire, sous l’omoplate droite. Alors qu’il appuie doucement ses doigts sur la base du nœud et qu’il le délie, il l’interroge.

_ Que faisiez-vous avant de travailler ici ?


Zoey répond. Elle travaillait aux mines. Elle portait des poids bien trop lourds pour son jeune dos, expliquant la déformation de sa colonne, un discret tassement de vertèbres au niveau de l’omoplate, expliquant la tension musculaire. Alors qu’ils discutent, elle se détend. Jonathan a les mains chaudes, ses gestes sont experts. Ses mains ne s’égarent jamais sur ses courbes, préférant davantage presser ses muscles pour les détendre, les étirer du plat des doigts, les frictionner avec expérience pour les inviter à se relâcher. Il ne l’a pas même fait se déshabiller, pour l’instant tout du moins. Et contrairement à tous les clients qu’elle a probablement eus, il lui demande son accord avant de l’examiner plus précisément. Ainsi, Jonathan lui propose de défaire son soutien-gorge pour reprendre les massages plus précisément vers l’inférieur de l’omoplate, en direction de sa colonne vertébrale. Il y appose un peu de crème, une crème qui réchauffe sa peau et relâche ses muscles. L’examen est rassurant, tout du moins, jusqu’à ce qu’ils en viennent à une épreuve plus difficile pour la jeune femme.

Elle souffre d’urines brûlantes et a remarqué la présence de sang. Le médecin, inquiet, propose à la jeune femme un examen gynécologique. Elle s’inquiète, mais il prend sa main dans la sienne.

_ Je ne vous ferai pas mal. A la moindre… douleur, signalez le moi. Je vous jure, je vous en conjure, je ne vous obligerai à rien. Je ne fais que mon travail, vous n’avez rien à craindre de moi.

Elle accepte, anxieusement. L’examen suivant est plus minutieux. Bien plus long que le précédent, car la jeune femme demande régulièrement à arrêter. Elle n’est pas à son aise, surveille, du coin de l’œil, les objets dont se sert le médecin pour ses prélèvements. Quelques uns sont nécessaires, malheureusement. Jonathan finit par se redresser et l’autorise à se rhabiller. Il range le tout dans sa petite valise, se fige un instant pour réfléchir.

_ Vous êtes atteinte de gonorrhée. Les symptômes peuvent disparaître avec le temps, néanmoins, nous allons mettre en place un traitement rapide…  

Dans sa mallette, de nombreux bocaux sont soigneusement rangés. Chacun renferme de petites pilules, des doses précises des composants chimiques dont il a le plus besoin pour ses traitements. Pris dans son raisonnement, il ne voit pas que la jeune femme s’est levée pour avertir la Dame que l’examen est terminé… Elle lui glisse par la porte entrebâillée la maladie dont elle semble atteinte, ayant probablement écorché le nom en le prononçant. D’ailleurs, l’oreille sélective de Jonathan réagit et il corrige sans même en avoir conscience.

_ Gonorrhée, aussi appelée chaude-pisse. Le prélèvement de vos muqueuses demande un examen plus poussé afin que je puisse identifier précisément la bactérie responsable de votre souffrance actuelle. En attendant, vous prendrez 1 mg de polydextrose, de magnésium stéarate, de phosphate et de titane dioxyde. Ces composants sont assez rares, je les fabrique moi-même aux laboratoires, mais je vais vous laisser suffisamment de doses pour tenir 3 jours de traitement. D’ici là, j’aurais analysé mes prélèvements et je vous apporterai un traitement plus adapté. D’ici une semaine, ce devrait être terminé. Je vais en parler à Dame De PontMercy, voyez vous, la gonorrhée n’a pas toujours des symptômes très visibles chez une femme, on la confond même avec une simple infection urinaire ! Enfin, ne vous inquiétez pas, c’est sans gravité si on agit à temps.

Tout à ses explications, il ne se rend pas compte que Zoey n’est plus présente… mais qu’elle a même fait entrer la magnifique Lady. Relevant le nez de ses boîtes, Jonathan marque un arrêt, avant de lever les prunelles. Agenouillé devant sa mallette, avec ses cheveux totalement défaits, Jonathan écarquille les yeux… face à la dame dont la beauté le laisse quelques secondes décontenancé. Il se relève, penaud sans en comprendre la raison. Ecrasé par l’intensité de son regard, par la noblesse de son maintien, par la majesté qu’elle dégage par sa simple présence, l’humble médecin courbe l’échine et se surprend à bafouiller.

_ Lady… je-je crois que nous avons terminé. Je… Voici le traitement que Zoey devra prendre, à chaque repas… Je repasserai d’ici 3 jours après avoir analysé mes prélèvements.

Il se sent minuscule. Honteux. Dans son grand manteau, usé, dans ses bottes souillées, avec sa barbe mal rasée et le misérable bouquet de fleurs sauvages qu’il a dans sa mallette. D’ailleurs, il s’en empare et le lui tend, sans plus de cérémonies… Si ce n’eut été un sourire timide, puis plus chaleureux, qui vient éclairer son visage fatigué.

_ Pour vous, j’en avais aussi pris un pour Zoey. C’est un honneur de collaborer avec vous, Lady.


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Jeu 6 Déc - 11:38, édité 2 fois
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Mer 28 Nov - 19:19



Il était rare de voir Lady De PontMercy inquiète, et pourtant, depuis le levé du soleil, elle ne cessait de se faire du soucis. Bien-sûr, il était déjà arrivé qu'une de ses filles tombent malade. Mais là... il s'agissait de Zoey, la petite cadette, la plus fragile. Elle l'avait ramassé dans les mines, lors d'une de ses visites qu'elle rendait à Eris Von Heiligen. Le joli minois de la demoiselle et son air trop pure pour cet endroit avait touché au plus haut point Elena, et elle l'avait prise sous son aile.
Depuis cinq mois maintenant, Zoey était devenue l'une des siennes. Et Elena aimait profondément chacune de ses filles, qu'elle protégeait comme la prunelle de ses yeux. Alors, lorsque cette nuit là, son valet Nishiki était venu l'a réveiller pour l'avertir que la jeune femme se sentait très mal, Elena avait été alarmée.

Malheureusement, le docteur qu'elle faisait venir d'habitude n'était pas disponible, alors elle du se résoudre à contacter l'un de ses confrères, un certain Jonathan R. Grüber. D'après les dires, il était compétent - malgré une très mauvaise hygiène de vie. En temps normal, les apparences étaient ce qui comptés le plus pour la Lady, mais lorsqu'il s'agissait de la santé d'une de ses filles, elle y faisait abstraction. Elle n'avait pas été présente pour accueillir le médecin, car malheureusement, des affaires la retenait ailleurs. En revanche, elle était de retours juste à temps pour la fin de la consultation.
Elle faisait les cents pas devant la porte - nous sommes loin de l'image de la Lady très confiante.
Et lorsqu'elle s'ouvrit pour laisser entrevoir le visage de sa douce petite, Elena eut un soupire de soulagement. Elle lui caressa tendrement la joue en lui ordonnant de monter directement dans les chambres communes, et de passer toute la journée à se reposer.

Lorsqu'elle entra dans la pièce, son regard se posa sur cet homme, accroupis devant sa mallette. Effectivement, on ne lui avait pas mentis sur la dégaine qu'arborait l'individu. Ils venaient d'un monde totalement différent, puisqu'Elena était vêtu d'une très jolie robe noire, avec un décolleté très plongeant et des manches transparentes, qui lui tombaient jusqu'aux poignets.
En temps normal, elle se serait montrée amusée de voir la réaction de ce rouquin. Elle aimait lorsque les hommes perdaient leurs moyens devant elle, comme il venait de le faire en bafouillant et en la dévorant un instant du regard. Et pourtant, elle ne souhaitait pas jouer le jeu de la gérante à cet instant.

« Docteur, je vous remercie pour votre efficacité. »

Sa voix était douce et posée. Elle lui souriait - non pas de son sourire charmeur, mais d'un sourire de remerciement, un vrai sourire.
Elle s'approcha alors de lui, alors qu'il s'empara d'un bouquet de fleurs qu'il lui tendit. Le sourire de la Lady s'élargit un peu plus. Décidément, les hommes galants étaient ses préférés. Elle prit alors le bouquet, venant en sentir l'odeur qu'elle semblait apprécier. Ses yeux bleus se posèrent alors dans ceux du Docteur. Son regard était intense, et Elena, dans un geste maîtrisé, posa sa main sur l'épaule de son interlocuteur.

« Oh, c'est adorable. Merci beaucoup. Vous aidez l'une de mes filles et vous nous couvrez de fleurs... êtes vous le seul de votre espèce, Monsieur ? »

Parce que bon, les gens foncièrement gentils comme celui-ci semblait l'être, ça ne courraient clairement pas les rues. Elena se montrait gentille avec lui, tout en étant cependant charmeuse, comme à son habitude. Elle retira alors sa main de son épaule, la faisant glisser sur le bras de cet homme, avant de rompre le contact. C'était une sorte de douce caresse, encore une fois, totalement sensuelle et maîtrisée.


Dernière édition par Elena De PontMercy le Sam 1 Déc - 12:07, édité 1 fois
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Jeu 29 Nov - 10:59









Il est soulagé de voir la belle créature se saisir du bouquet pour l’approcher de son visage. Des fleurs sauvages. Il a passé une vingtaine de minutes à choisir les bouquets. Ces fleurs ne semblent peut-être pas aussi majestueuses que les roses aux larges pétales, ou les lys délicats… Mais elles ont poussé sans Hommes pour les entretenir. Sensible à leur indépendance, à leurs capacités à affronter les intempéries, les nuisances, il les a choisies, pour Elles, pour toutes ces femmes qui, comme elles, vivent par elles-mêmes, détachées d’un mariage imposé, dignes et fières, sauvages et pourtant, si distinguées. C’est le portait qu’il s’est dressé de la Lady, de cette dame qui le regarde, l’observe sans qu’une hésitation ne fasse même frémir sa paupière. Assurée, pleine de maîtrise, combien même a-t-elle pu faire preuve d’anxiété, voilà qu’elle la balaie d’un simple sourire. Elle est impressionnante, et ce n’est pas seulement sa beauté qui l’intimide. Il en a vu, des êtres sublimes, drapés dans des tenues si riches que même une année de son salaire ne suffirait pas à s’en payer une manche. Mais elle a cette prestance, cette force que dégage le tendre crocus qui s’arrache de la neige. C’est une femme jeune, capable de changer le monde et pas seulement le sien, à la force de sa volonté. Certains cracheront qu’elle s’est servie probablement de ses charmes, et alors ? La nature offre à tous les individus des compétences différentes, dont il faut se servir pour survivre. Il admire le chemin qu’elle a tracé, cette route qu’elle a creusée à la seule force de son esprit déterminé, cette chaumière qu’elle a construite, pour d’autres filles, pas si vieilles qu’elle au final mais pour lesquelles elle représente… un espoir. L’espoir d’un sexe féminin, malheureusement bien souvent méprisé par rapport à un genre masculin, comme si l’homme l’emportait ! D’ailleurs, qu’est-ce réellement, le sexe ? Cela fait partie des nombreuses questions que se pose Jonathan, pour qui le monde n’est pas qu’un extrême et un autre, mais un spectre, comme les couleurs, les odeurs, les saveurs. Il existe des choses que l’on ne peut définir, simplement car l’on manque de mot.

Voilà que son esprit s’égare, alors qu’elle le remercie d’une voix douce. Il incline la tête, ses yeux se baissent, humblement. Il n’a fait que son travail. Rien de plus. Certains jugeraient qu’il en fait trop, d’autres, pas assez. Mais lui fait ce qui lui semble juste. La main délicatement déposée sur son épaule, puis qui s’écarte en une caresse, lui rappelle un instant le contact très léger que sa mère daignait lui offrir. Quand il travaillait et qu’elle effleurait sa nuque, ses mèches, du bout de ses longs doigts froids et qu’il s’en sentait frissonner. Jonathan n’a jamais connu la tendresse ou l’affection. Il n’a pas été maltraité, non, au contraire, mais sa mère préférait garder une distance qu’il n’a jamais su franchir avec personne d’autres. Au point de penser, très rapidement, que l’amour était une qualité que l’on pouvait posséder de naissance et qu’il n’en avait pas hérité. Que son cœur était privé de tendresse et que personne n’en ressentirait à son adresse. La surprise du geste offert par Elena laisse rapidement place à une discrète tristesse qu’il ne peut définir, comme une aigreur du cœur, une solitude qui pèse. Face à cette femme dotée d’une bonté si chaleureuse, assez pour effleurer son bras tout du moins, il ne ressent que mieux encore ce froid glacé qui l’habite.
 
Le seul de son espèce ? La Dame l’a soufflé avec malice, il l’a perçu dans sa voix légère. S’il s’entendait, il aurait répondu avec un sourire plus triste. Oui, il l’est probablement et il ne sait pas si c’est réellement positif. Mais il ne veut pas faire porter à cette femme le poids d’une mélancolie dont il n’arrive pas à se débarrasser. Elle est sa patiente, elle était inquiète, elle n’a pas besoin d’un fardeau supplémentaire.

_ Oh disons que nous sommes tous uniques par notre patrimoine génétique, bien que j’appartienne à l’espèce humaine comme vous l’êtes et je. Enfin pardonnez moi, ce n’est probablement pas la réponse que vous escomptiez, je reste un scientifique dont l’esprit est parfois bien trop fermé, bien que j’apprécie les figures de style que l’on puisse trouver dans la littérature comme les métaphores, les sous-entendus… Enfin, nous ne sommes pas ici pour discuter non plus de cela, n’est-ce pas Jonathan ? Reprends donc toi un peu, la Dame n’a pas à attendre que tu aies terminé de déblatérer au sujet de tes passions. Revenons-en à nos moutons, enfin, à Zoey. Je ne dis pas que Zoey est un mouton, soyons clairs à ce sujet. Donc je vous ai parlé du traitement que je lui conseille… Je… Il se peut que sa maladie ait des réactions au niveau purement… oral si elle a… Enfin si elle a eu… vous voyez, un rapport euh… eh bien oral. Dans ce cas, elle souffrira d’un mal de gorge comparable à une angine, ses yeux pourront être enflés quelques jours, mais avec la mise en place du traitement, tout cela disparaîtra assez rapidement. Souhaitez-vous que je vois une autre de vos dames ? Avez-vous besoin d’un examen médical ?

La nervosité rend son bavardage habituel complètement chaotique et il retient une grimace. Il est rare qu’il perde son calme, plus encore lorsqu’il parle de médecine mais cette femme l’a effleuré, l’a regardé droit dans les yeux et l’a… déstabilisé par son assurance. Il n’est pas accoutumé à de telles interactions. Se sentant ridicule, il soupire discrètement puis récupère sa malle pour ranger tout ce qu’il a pu sortir.

_ J’ignore si mon prédecesseur vous a informé au sujet des maladies sexuellement transmissibles ou si vous-même êtes formée à ce sujet… Je dispose de quelques moyens de protection que j’ai confectionnés, je pourrais aussi vous… enseigner au sujet de moyens de contraception peu invasif et surtout peu nuisibles ou qui ne sont pas irréversibles. Beaucoup de dames de votre profession pensent que la technique de… séparer l’union avant l’éjaculation suffit en moyen de protection ou s’appuient sur leur menstruation pour savoir quand l’union risque ou non d’être fécondes mais ces stratégies ne sont clairement pas les plus efficaces. Enfin bien entendu, je ne vous force en rien et ce n’est pas vous pousser à m’acheter quelque chose, je peux simplement vous renseigner et vous laisser réfléchir, je repasserai dans 3 jours et vous… vous pourrez m’en parler si vous en ressentez le besoin ou l’intérêt.

Il se reprend, enfin ! Son ton professionnel est de nouveau revenu, poli, chaleureux et respectueux, bien qu’il garde un rythme de parole assez rapide. Ses deux mains rangent efficacement sa mallette, qu’il referme avant de se relever pour lui faire face dans un sourire prudent. Ses mains protégées de leur mitaine se resserrent presque tendrement sur la poignée de cuir usée de sa valisette et il s’en sent rassuré.


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Jeu 29 Nov - 18:46, édité 1 fois
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Jeu 29 Nov - 12:07



Ce qui était certain, c'est que le type devant elle était un drôle d'oiseau.
Il déblatérait des paroles à une vitesse folle, ne laissant pas du tout le temps à la Lady d'imposer sa voix. Mais peu importe, car cet énergumène amusait fortement Elena - bien entendu, elle n'en laissa rien paraitre. Sa question était pourtant simple, et n'attendait d'ailleurs pas forcément de réponse. Elle avait demandé s'il était le seul de son espèce pour lui offrir une petite flatterie ou taquinerie bien pensée. Elle ne s'attendait définitivement pas à une étude au cas par cas de toutes les possibilités de réponses. Il parlait, et il parlait... se parlant même à lui-même ! Décidément, c'était une personne assez étrange.
Et pourtant, la Lady semblait apprécier ça.

Il était rare qu'elle rencontre des gens aussi naturels que lui. D'habitude, les personnes de son entourage portaient toutes un masque, une façade - elle la première d'ailleurs. Mais là, en face d'elle, se tenait un homme qui semblait être à cent pour cent lui-même, et c'était très rafraîchissant pour Elena. Elle voyait un lui comme une petite brebis, se retrouvant au milieu d'une meute de loups dans cette ville. La simplicité de ce grand dadais et sa maladresse quant au choix de ses mots étaient étrangement une chose qui plaisait à Elena - et elle en fût la première surprise.

« Vous parlez beaucoup, Monsieur. Est-ce la un malaise de votre part dû à ma présence, ou êtes vous naturellement une vraie pipelette ? »

Le petit sourire de la Lady ne l'a quitté pas un instant. Elle trouvait cette homme drôle - malgré lui. Ça lui changé beaucoup des personnes qu'elle côtoyait habituellement.
Elle plaça le bouquet de fleurs sauvages contre elle sa poitrine, d'un geste anodin, tout en regardant le Docteur, qu'elle n'avait encore pas lâché du regard une seule seconde.

« Vous me prenez de court, Docteur. Mais il est vrai qu'un examen de contrôle pour mes filles seraient très apprécié. Pas maintenant, elles ont du travail. Mais j'y penserais, pour bientôt. Et pour ma part... Je n'ai pas des rapports aussi courant qu'elles, mais il est vrai que je serais plus rassurée si je passais entre vos mains expertes. »

Choisir ses mots était un don inné chez elle. Elle savait créer le tension, l'envie. Le double-sens de sa phrase était totalement voulu, juste pour avoir le plaisir de faire de nouveau perdre ses moyens à ce cher rouquin surement naïf des vrais choses de la vie - les plaisirs charnels, naturellement. Pour sa dernière phrase, son regard s'était un peu intensifié, remplit maintenant d'une petite lueur de malice. Elena était une experte dans les jeux de regards, sachant captiver l'attention de son interlocuteur. D'un simple coup d’œil, elle pouvait dévorer une personne.

« Si vos moyens de contraceptions et de protections sont efficaces, il va de soi que j'en serais grandement intéressée. Mes filles et moi même avons besoin de nous sentir en sécurité, pendant nos amusements. Comme n'importe qu'elle femme, non ? »

En un petit sourire taquin, elle remonta le bouquet de fleurs sous son petit nez, pour le sentir une nouvelle fois, alors que son regard transperçait celui de son invité.

« Des Chardons et des Achillée-millefeuilles... Très belle association. »

Elle l'avait presque dit dans un murmure. Les fleurs sauvages étaient très jolis. Le violet des Chardons venait trancher avec la blancheurs des autres fleurs, rendant un bouquet très agréable au regard.


Dernière édition par Elena De PontMercy le Sam 1 Déc - 12:09, édité 1 fois
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Jeu 29 Nov - 18:49









La question de la Lady l’interpelle et met fin, quelques secondes, à son débit de paroles incessant. D’ailleurs, la remarque arrache un rire bref mais franc de la part du docteur. L’homme a une voix qui porte, lorsqu’il rit. Une voix plus grave, réellement joyeuse, pas ces onomatopées que certains se contentent d’émettre d’un soupir presqu’ennuyé. Loin d’être vexé, c’est avec la malice d’un enfant qu’il répond en toute franchise.

_ Je dirai un peu des deux, Lady. Je ne suis pas connu pour mon silence ni pour mon assurance face aux personnes de haute importance. Disons que je ne suis qu’un simple Erudit qui souhaite faire son travail… Et que fréquenter la haute société disons… hors de l’intimité d’une consultation n’est pas ce à quoi je suis le plus accoutumé. J’imagine qu’un soldat est moins effrayant sans ses armes, il en est de même pour les personnes de haut rang que je préfère voir sans leurs vêtements. Enfin je veux dire dans le cadre d’une consultation, hein, je préfère re-préciser.

Des rougeurs montent aux jours du rouquin, qui se maudit intérieurement, bien qu’il lève la main pour masser ses paupières dans un geste las. Depuis toutes ces années, il devrait être habitué à sa maladresse sociale… Et sa fâcheuse manie de dire bien plus qu’il ne pense, ou tout du moins, d’employer des tournures de phrases qui peuvent laisser planer une certaine ambiguïté sur ses pensées. Il n’a plus l’énergie de s’en affoler. Plus jeune, il aurait rougi jusqu’aux oreilles et se serait réfugié dans son manteau. A présent, il ne ressent qu’une triste pitié face à sa propre stupidité. D’ailleurs, il rabaisse la main avec une certaine lassitude, préférant se réconforter à l’idée que la Dame semble assez intelligente pour saisir le sens réel de son discours si mal élaboré. La Lady a l’air… Si jeune. Avec son visage de porcelaine, cet air coquin, discrètement dissimulé sous ses longs cils, se trahissant par un petit sourire du coin de ses lèvres, offrant une charmante moue à son joli minois. Face à elle, il se sent comme une roche ingrate, mise aux côtés d’une pierre précieuse soigneusement taillée et enchâssée, blotti dans une robe faite de tissus sombres mettant en valeurs l’immaculé de sa peau parfaite.
De nouveau, son jeu de charme arrache un rire à l’homme. Oh, il ne se moque pas d’elle, non. Mais c’est une réaction face à son propre inconfort, face à ses doutes et ses maladresses. De quoi se donner un semblant d’assurance – alors qu’il rit en réalité de sa médiocrité. Intimidé de nouveau, il courbe docilement l’échine et hausse les épaules, baissant les yeux vers ses mains gantées, avant de redresser les prunelles vers elle.

_ Oh, je dois dire que j’ai eu l’incroyable chance de naître ambidextre, je suis assez doué de mes mains. Je. Dans le domaine des soins. Je n’ai pas tellement… Enfin je ne connais… pas tellement votre métier, heureusement, je sais quels en sont les risques, notamment les maladies ou les risques autres que vous pouvez encourir. Beaucoup d’Erudits profitent de leur statut pour se permettre de… de toucher les patientes sans leur consentement et je… je ne suis pas ce genre d’hommes. Disons que je livre le même examen aux bras d’un bûcheron qu’aux organes génitaux d’une personne travaillant comme vous le faîtes… Je… je ne sais même pas pourquoi je vous dis ça…


Ses remarques le désarçonnent, son regard aussi, bien plus que son physique. Dans sa vie quotidienne, on fuit sa compagnie, et plus encore sa discussion ! Il n’a pas l’habitude d’échanger comme il le fait, si ce n’eut été dans le domaine médical mais la jeune femme prend plaisir à l’égarer de son chemin bien tracé. Comme un pauvre erre, il tâtonne, au hasard, essaye de retrouver ce qu’il connaît, mais elle vient toujours l’écarter, tel un feu follet joueur. Dans quel marais va-t-elle donc le faire s’embourber ? Non, il n’arrive pas à croire qu’elle puisse lui vouloir du mal. Le problème de Jonathan, c’est que même face au Diable en personne, il offrirait son âme s’il assurait la lui rendre prochainement.

_ Je… je crois que c’est pour vous dire que vous avez… raison de vous sentir en confiance avec moi. Je respecte le secret médical et tout ce que nous échangerons restera entre nous. Je ne divulguerai aucune information dont vous pourrez me faire part et je… ne vous jugerai pas. Vous êtes libre de parler avec moi. J’imagine qu’une femme telle que vous n’hésitera pas mais… il est important pour moi de vous le dire et de savoir que vous l’avez entendue. Si mes méthodes ou ma façon de faire ne vous conviennent pas, n’hésitez pas à m’en faire part. Si mes bavardages vous gênent, je vais tâcher de me taire un peu plus. Ce n’est pas facile, mais j’en suis capable ! L’important c’est que vous vous sentiez… bien et…

Il hésite, longuement, avant de glisser timidement.

_ Et on peut être bien sans passer par des contacts charnels, bien que je ne nie pas que cela soit une des meilleures thérapies que l’on puisse prescrire contre la triste humeur, comme on l’appelle.


Sa remarque s’est faite plus complice, bien que très discrète. L’humour et la répartie de la Dame lui plaisent… Il préfère contempler une femme épanouie que ces pauvres épouses renfermées, emprisonnées d’un mariage qu’elles ne veulent pas, étouffées dans l’œuf, le malheur plein le cœur. Ces femmes brisées, perdues, au fond d’elles, si loin que les retrouver est un combat sur plusieurs séances, jusqu’à réussir à ouvrir leur cercueil, jusqu’à les encourager à ouvrir leur porte. Et elles livrent alors leurs pleurs, accumulés depuis des années de viols, de frustration, d’abandon. Jonathan n’a vu que trop de vies sacrifiées. Et la vue de cette jeune femme… redonne, curieusement, un peu d’espoir à son vieux cœur fatigué.

_ Parfaitement. Je suis pour permettre au sexe féminin de disposer de la même liberté et de la même jouissance que le sexe masculin. J’ai dû pratiquer… Des avortements par le passé ou encore, assister à des accouchements d’enfants qui n’étaient pas même aimés et qui ont fini abandonné. Vous permettre de vivre comme vous l’entendez et de travailler sans vous inquiéter fait partie de mes priorités.

Jonathan repose sur la table basse sa mallette, qu’il ouvre avant de lever les yeux avec surprise quand elle reconnut les fleurs. Il hésite avant de baisser doucement les yeux.

_ Je ne regarde pas les prix des fleurs, ni leur origine. Je les choisis selon leurs couleurs et leur parfum. Selon ce qu’elles sont, sans me préoccuper… de leur valeur purement matérielle ou de l’endroit d’où elles proviennent. Il en est de même pour les patients. Je les.. accepte comme ils sont. Mes soins sont adaptés à ce qu’ils font, ce qu’ils sont, ce qu’ils… Souhaitent, tout du moins, au maximum que me permettent mon éthique et mes capacités.


Jonathan est un homme tolérant, dont la tenue vestimentaire, au final, ne le sert qu’à se rapprocher des plus misérables. Car ce sont eux qu’on a tendance à oublier et à laisser dépérir, ce sont eux qui n’ont pas les moyens de se soigner, qui se méfient de la médecine. Il n’est pas si différent d’eux. Et lui ne se préoccupe pas tellement de son apparence. Dans son travail, ce qui compte, c’est sauver le plus de patients possibles. Enfin, il essaye de s’en convaincre. Et quitte à salir une tenue lorsqu’il se perd dans les mines, les souterrains, autant gâcher une tenue qui ne lui a rien coûté.

_ Je suis heureux qu’elles vous plaisent et qu’elles prennent de la valeur à vos yeux.

Peut-être, qu’à dire vrai, il avait choisi ces fleurs car elles lui ressemblent, en fin de compte. Naturelles. Spontanées. Sans décorations inutiles, sans que leurs épines n’aient été taillées, sans qu’il n’y ait eu cette sélection si sévère réglant leur société. Non, lui, il a sa barbe de quelques jours, ses mèches emmêlées, sa longue veste rapiécée, comme le chardon offre ses piques hirsutes et sa tige tordue. Peut-être était-ce une autre manière de se présenter à la Lady. De se faire accepter. D’ailleurs, elle garde le bouquet entre ses mains, elle ne l’a pas abandonné avec négligence sur une table pour l’y oublier. Cette Dame a un grand cœur, et le constater lui fait ressentir une tendre chaleur. Parfois, certaines rencontres parviennent à lui redonner espoir en un avenir meilleur. Un avenir qu’il ne connaîtra sûrement pas, il sera mort de vieillesse bien avant… Pour autant, il souhaite apporter sa pierre à l’édifice. Façonner quelques bases de ce monde en devenir. Perdu dans ses pensées, il murmure dans sa barbe.

_ Tant de fleurs s’éteignent sans même qu’une main ne les ait effleurées. Des bourgeons disparaissent sans avoir été même aimés. On les use, les use jusqu’à la racine, puis l’on s’étonne de voir ce monde s’effondrer alors que les plus faibles sont oubliés.

Il se parle, à lui-même, tout en cherchant dans sa mallette. Puis il se redresse et retrouve son sourire, comme s’il sortait simplement de ses pensées.

_ J’ai remarqué que de nombreux hommes rechignaient à porter des protections… J’ai créé cet… objet, je ne sais comment le nommer, spermi… sac ? Bref… Il est constitué de la sève d’un arbre que j’ai fait chauffer, jusqu’à lui donner cet aspect transparent et élastique. J’ai ajouté dans la composition quelques produits non nuisibles, comme la sèvre d’autres arbres, de l’anticoagulant, un fluidifiant, jusqu’à obtenir cette texture très douce. Vous pouvez, disons, le glisser comme un gant sur le membre du partenaire en prétextant eh bien… que cela puisse accentuer le désir, l’avantage de ce sac est qu’il chauffe rapidement et peut accentuer les sensations de chaleur, frottement, donc de plaisir. D’ailleurs…


Il pose un savon à l’odeur assez forte, rappelant celle du gingembre, mais adoucie avec un peu de jasmin.

_ Pour les partenaires dont l’hygiène est douteuse, vous pouvez les nettoyer avec ce savon aphrodisiaque. Légèrement effervescent, avec de nombreux produits désinfectant, j’ai dissimulé l’odeur très forte mentholée avec le gingembre… J’imagine qu’il est aisé de convaincre un ou une partenaire d’un massage érotique, je suis persuadé que vous parviendrez à convaincre la clientèle bien plus aisément que moi ! Et pour terminer, un hm. Suppositoire vaginal, pour éviter… eh bien une grossesse non voulue, il suffit de l’arrêter le temps d’un cycle pour redevenir fertile, néanmoins, il est préférable que… qu’il y ait un suppositoire quotidien, si je peux dire cela ainsi… Evitez les lavements, ne vous fiez pas à ce que l’on dit, cela ne provoque que des assèchements particulièrement désagréables et rend votre flore interne bien plus vulnérable à toutes les attaques externes variées. Je vous en ai pris plusieurs, si vous souhaitez essayer ou… enfin voilà, je vous les laisse ici, vous me donnerez votre avis plus tard et s’il y a le moindre effet secondaire, vous pourrez me contacter.

Ouf ! C’est moins difficile que prévu… Il ne pensait pas réussir à proposer ses produits sans bégayer ou s’emmêler les pinceaux. Assez soulagé de sa réussite, il offre de nouveau un sourire à la Lady et incline humblement les yeux devant elle.

_ J’ai été touché par votre confiance et je souhaite m’en montrer digne.

S’il savait qu’elle ne l’avait pris que parce qu’elle n’avait pas eu le choix… Mais Jonathan a appris à se satisfaire de ses espoirs et sa vision encore innocente du monde, malgré ses années, l’aide à voir la réalité bien plus belle qu’elle ne l’est. Ses médicaments aident beaucoup. Et ces quelques fragments de bonheur, volés ici et là. Comme voir le bouquet dans ses bras. Et son sourire, entendre sa voix, taquine. Il se sent plus à son aise, attendri face à sa propre lourdeur, se sentant comme un vieux chien aux côtés d’une chèvre agile et joueuse, dont les jolies gambettes la font sautiller autour de lui. Ses mots sont comme ces petits bonds bien placés, précis, le chahutent un peu, lui dont l’esprit traîne la patte et s’avachit parfois dans sa mélancolie…


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Ven 30 Nov - 10:36, édité 1 fois
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Jeu 29 Nov - 20:23



Elle lui avait pourtant posé une question simple - encore - et voilà qu'il s'était de nouveau empressé de lui répliquer un monologue. Certaines personnes lui auraient certainement demandé assez brutalement de fermer son clapet. Mais pas Elena, qui trouvait son débit de parole absolument fascinant. Elle en était sure : elle pourrait aborder n'importe quel sujet qu'il arriverait à tenir la conversation pendant plus d'une demi-heure - et tout seul en plus.
Du coup, la Lady restait planté là, à attendre qu'il termine de parler. Il manquerait bien de salive à un moment, non ? En tout cas, elle gardait son petit sourire amusé, trouvant cette situation vraiment marrante. Qui aurait pu dire qu'Elena De PontMercy apprécierait la compagnie d'un homme aussi négligé et bêta - sur certaines choses - que lui. Comme quoi, parfois le destin nous met sur des chemins étranges.

« Me comparez-vous à un bûcheron, Monsieur ? »

Elle avait arqué un sourcils, comme interloquée. Bien-sûr, elle n'était pas bête et elle comprenait très bien ou il voulait en venir... Mais l'occasion de le faire s’emmêler de nouveau les pinceaux et d'être gêné à l'idée d'avoir offensé la Lady était une trop belle opportunité. Oui, elle s'amusait clairement avec lui. De lui. Ce n'était pas vraiment méchant, plutôt amusant.
Elle le laissa quelques instants chercher ses mots, avant de s'approcher onctueusement de lui, posant délicatement le bout de ses doigts sur le torse du docteur, tout en le regardant dans les yeux.

« Pardonnez-moi, je vous taquine juste. »

Elle s'était doucement mordu la lèvre inférieure dans un petit sourire qui l'a rendait désirable. Elle faisait ça, lorsque l'envie de rire lui prenait et qu'elle souhaitait se retenir.
Elle s'éloigna alors d'un pas de lui, retirant de ce fait ses doigts et rompant le contact physique - ne jamais trop en offrir. Elle prenait soin de garder les fleurs contre elle, et lorsqu'il commença à parler - à se parler à lui même, elle avait l'impression - de ces fleurs, elle quitta alors pour la première fois son regard de l'homme, pour venir les poser sur le bouquet. Elle en sentit une nouvelle fois les odeurs, dans un sourire un peu rêveur, avant de s'éloigner et de les déposer dans un vase remplit d'eau. Par la suite, elle écouta alors le Docteur lui présenter et expliquer toutes ses... choses, inventions ? En tout cas, elle était vraiment très attentive, s'approchant même et se penchant par dessus son épaule pour mieux voir ce qu'il proposait. C'était fascinant, et surtout très instructif. Elena était la gérante d'une maison close oui, mais elle n'était pas une Érudit, alors certaines choses lui étaient inconnus.
Jonathan semblait vraiment passionné par ce qu'il faisait. Il connaissait des tonnes de choses, et il était vraiment impliqué dans son travail. Il n'était pas difficile pour Elena de vraiment voir quel homme il était. Certainement doux, gentil, altruiste et généreux. Elle se recula de quelques pas, le regardant de haut en bas. Dommage que le médecin ait une dégaine aussi... épouvantable. Avec une bonne toilette, un rasage soigné, des beaux habits - ou au moins des habits sentant le propre - il passerait facilement pour un homme distingué, voir véritablement charmant.

« Monsieur, je ne peux que vous remercier une nouvelle fois pour votre investissement. Et toutes ces choses que vous me présentez là... J'en suis friande. Si ça peu faciliter le quotidien de mes filles, alors je prends. Normalement, c'est l'un de vos confrères qui s'occupe du Chabanais... »

Elle avait laissé sa phrase en suspens, juste quelques secondes, le temps nécessaire pour s'approcher une nouvelle fois de lui, dans un sourire des plus charmeur et séduisant, mais sans le toucher cette fois ci. Non, elle se contentait juste de rester à quelques centimètres de lui, de son visage, tout en plantant ses yeux bleu saphir dans les siens.

« Mais si vous le voulez bien, j'aimerai que vous deveniez le médecin officiel des filles, et de moi-même. »


Sa voix était remplit d'assurance. Elle s'exposait peut-être à des critiques ou à une baisse de qualité niveau image... Car troquer une médecin élégant contre cet homme mal fagoté serait peut-être un coup pour les apparences. Mais vu sa simplicité et son investissement pour ses filles, pour une fois, les apparences étaient secondaires. La santé et le bien-être de ses danseuses comptaient d'avantage.


Dernière édition par Elena De PontMercy le Sam 1 Déc - 12:12, édité 1 fois
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Ven 30 Nov - 10:39









Un bûcheron ? Quand avait-il parlé d’un bûcheron, déjà ? Le visage du médecin trahit un instant sa confusion, appuyée de quelques clignements d’yeux affolés, comme un lapin sous les phares d’un train. Puis il réalise, écarquille davantage ses yeux bleus, bafouille précipitamment un « Ce n’est pas ce que je voulais dire, ma Lady », qu’il appuie par ses mains nerveusement serrées dans ses mitaines usées. Il n’est pas à nier que pour Dame De PontMercy, un homme comme Jonathan représente probablement un charmant passe-temps. Sa naïveté et sa confiance font de lui un esprit parfois bien trop vulnérable, qu’il est aisé de traîner comme on l’entend et ce, même dans la boue la plus visqueuse… En effet, Jonathan a déjà été victime de manigances ou d’humiliations, qu’il n’a réalisées qu’après avoir été lapidé de répliques cinglantes, repoussé avec froideur ou ignoré avec majesté. La terrible femme est tel un océan, dont les vagues le ballottent. Il retrouve la crainte de l’adolescent qu’il a pu être, en présence d’un Maître Erudit qui prenait grand plaisir à se jouer de sa « stupidité », « stupidité », un terme que ses collègues soupirent et se murmurent quand leurs yeux l’effleurent. Stupide, parce qu’il peut avaler des couleuvres, parce qu’il ne comprend pas toutes les règles du Noble Jeu pratiqué par l’Aristocratie, parce qu’il suffit de lui parler pour qu’il se laisse fourvoyer.

Mais l’âge reprend ses droits. La quarantaine se rappelle à lui et l’invite à s’apaiser. Les rougeurs quittent ses joues et il pense deviner la malice dans le ton de la jeune femme, dans son regard saphir qu’elle plante indécemment dans le sien, dans ses propres topazes usées par le temps et la fatigue. Et la crainte s’efface, remplacée par un tendre amusement, par un sourire simplement contrit qui s’arrache de ses lèvres. Sa tête s’incline un peu, pour reconnaître qu’une fois de plus, elle a mené la danse avec expertise. Ses pensées, ses mots si bien choisis, ont été comme les doigts légers d’une fée ayant parcouru les cordes de son âme, elles l’ont fait vibrer et chanter comme elle l’entendait. Heureusement, sans méchancetés et il ressent même une certaine tendresse à l’idée qu’elle ait eu la décence de l’épargner. Une femme comme elle aurait pu, cruelle, l’éviscérer par quelques phrases bien placés ou des regards assassins plantés dans les siens. Non, elle se contente de jouer, sans pour autant le blesser. Sa bonté lui donne l’envie de s’agenouiller et d’offrir un baiser, du bout de ses lèvres usées, le long de sa peau nacrée. Mais il se retient, pour ne pas la déranger. Car malgré ses gestes, son allure bien trop distinguée lui fait comprendre qu’elle reste au moins un peu gênée par son allure négligée.

Il sait, que cela déplaît. Combien de nobles font la grimace ou s’inquiètent ? Et peut-être est-ce par provocation qu’il refuse, au final, de se changer. Parce qu’il est ainsi et qu’il n’a pas envie de se déguiser, tout ça pour qu’ils daignent se laisser soigner. Parce qu’il n’a pas envie de changer d’identité, alors que son cœur est déjà prêt à tout leur donner pour avoir un peu de leur confiance, au moins assez pour savoir comment les aider. Jonathan est un homme franc, qui ne sait pas mentir, qui s’assume tel qu’il est, avec ses défauts, sa mocheté, son cœur débordant d’attentions pour tous ces êtres qu’il peut se contenter de croiser. Son métier ne requière absolument pas une apparence satisfaisante, mais un esprit habile et inventif, consciencieux et appliqué, sérieux et concentré.
C’est à cet instant qu’elle dépose ses doigts sur son torse. Proche de lui, elle lève ses doux yeux vers lui, pince sa lèvre inférieure, à peine, de quoi laisser deviner toute son onctuosité. Oh, cette demoiselle, si jeune et pourtant, déjà si sensuelle. Elle excelle dans le maniement de ses propres armes et Jonathan pourrait presque s’abandonner à son charme… Mais il y a quelque chose qui le retient. L’expérience d’un homme bien trop longtemps célibataire. D’un pauvre type qu’on s’est amusé à charmer pour ensuite lamentablement l’abandonner. Autrefois, il était un cœur fragile et plein d’espoir, en quête d’amour, et le moindre sourire d’une femme ou d’un homme lui faisaient croire à une ouverture qu’on s’empressait de lui refermer sur le nez.

Il hésite, mais sa main abîmée effleure timidement les doigts fins, soigneusement manucurés, de la jeune femme. Ses propres doigts sont hâlés, portent des traces de cicatrice dont une impressionnante qui tranche deux de ses phalanges, qu’il a bien failli perdre ce jour là. Il goûte simplement à la douceur de son derme sous ses doigts. Et cela lui suffit. Sa main se détache quand elle écarte la sienne et ses yeux bleus la suivent quand elle se dégage, s’éloigne, farouche.

_ Je vous pardonne. Encore faut-il que je sois capable d’en vouloir à quelqu’un… Ce n’est pas tellement dans ma nature et puis vous n’avez rien fait de mal. N'ayez aucune inquiétude.

Il cherche à la rassurer, même s’il se doute bien qu’elle ne se sent pas mal pour ce qu’elle a pu faire. Il se sent plus silencieux, car à présent, ce n’est plus son domaine dans lequel ils se glissent… Elena De PontMercy est sur son territoire. Elle reprend ses droits en tant que maîtresse de ces lieux, et sa main de velours sous un gant de fer se referme soigneusement sur leur échange, dont elle reprend les pouvoirs. Son charisme et son aisance verbale ne laissent aucune chance à son caractère plus réservé, plus encore alors qu’elle l’attire dans ce milieu qu’il connaît à peine. L’amour, sous toutes ses formes, la tentation, la douceur, la complicité naissante alors qu’elle l’aborde, le jauge, le juge, le manipule. Il était venu pour réaliser un bilan, et voilà qu’au final, c’est lui qui se sent étudié.

Et voilà qu’elle s’approche de nouveau. Un sourire alléché aux lèvres. Cette prédatrice a peut-être senti sa vieille blessure. Elle y pose ses mots, ses regards et il espère que sa cicatrice ne pas s’ouvrir, qu’elle ne va pas déverser ce sang qu’il a mis tant de temps à empêcher de couler. Un homme sensible comme Jonathan ne s’est marié à son travail qu’après avoir été déjà repoussé. C’est déjà arrivé, plusieurs fois, et face aux avances de la jeune femme, il n’arrive qu’à baisser les yeux, lui demandant sans le dire à ce qu’elle l’épargne. Il n’a pas le cœur de se laisser tromper et blesser une fois encore. Mais ce n’est qu’un jeu, elle ne prend pas cela au sérieux. Il devrait considérer la situation avec sa même légèreté et peut-être, profiter ?  Mais il a la désagréable sensation de grignoter un gâteau qu’il n’a pas le droit de manger, de récolter, frileusement, quelques miettes du bout des doigts, de quoi l’allécher, rien de plus… De quoi le rappeler à sa faim viscérale, ce vide creusé au fond de son cœur, cette place qu’il a laissée libre dans l’espoir que quelqu’un l’habite.

Jonathan est fleur bleue et bien qu’il ait baissé les bras, bien qu’il ait complètement abandonné l’espoir d’aimer ou d’être aimé un jour, voilà que la douce Dame vient rallumer la flamme, l’envie de partager quelque chose avec quelqu’un. Même si ce n’est qu’un instant éphémère.

Mais si vous le voulez bien, j’aimerai que vous deveniez le médecin officiel des filles, et de moi-même.

La phrase le réveille. Elle le sort de sa mélancolie, de ses pensées dans lesquelles il s’englue. Le soir s’avance et il doit être fatigué. Il n’a pas l’habitude d’être intimidé de la sorte, et encore moins de devoir participer à une danse dont il ne connaît pas même les pas de base. Le rappel à son métier l’aide à oublier son histoire personnelle, ses petits déboires, non, il se concentre de nouveau sur son rôle rassurant, celui où il a tout pouvoir. Médecin, oui, il est médecin, il sait ce qu’il doit faire et comment faut-il le faire. Il hésite mais, maladroitement, pose un genou à terre, avec politesse. Sa main vient délicatement saisir celle de la jeune femme, mais il ne l’apporte pas à ses lèvres ; son autre main se repose doucement sur les doigts de la demoiselle, en une étreinte chaude et précautionneuse, comme si c’eut un oisillon qu’il gardait entre ses mains abîmées.

_ J’accepte votre proposition, Lady. Votre offre me touche et j’ai bien conscience de l’immense honneur que vous me faîtes. Je tiens à vous promettre que tout ce que je verrai, j’entendrai, tout ce que vous ou vos filles me confieront, resteront secrets. Je serais aussi silencieux qu’une tombe et je veillerai sur chacune de vous. Si vous me le permettez, je passerai peut-être régulièrement en un premier temps pour faire un point sur la santé de chacune, j’en profiterai pour voir quelles sont vos conditions de travail et si je puis vous proposer quoi que ce soit pour le faciliter et surtout, amoindrir tous les risques de transmissions quelconque… Avec cette saison des pluies, les maladies sont très nombreuses, le froid et l’humidité sont porteurs de germes terriblement nuisibles et beaucoup de personnes négligent leur santé, notamment tout ce qui concerne le domaine… Sexuel. J’imagine qu’il est toujours délicat d’accepter de confier son intimité à un inconnu, je peux les comprendre, mais cela fait que de nombreuses maladies nous sont encore inconnues ou il n’existe pas encore de traitements. Je ne peux qu’appuyer votre courage, votre bon sens, votre bonté et votre sens de la responsabilité envers vous-même et les demoiselles qui collaborent avec vous.

Il la relâche, puis se redresse, mais un craquement osseux le fait grimacer. Il porte une main à son dos et a un rire gêné.

_ Ouh, pas bon, pas bon… mon lumbago… qui refait des siennes… tout va bien, c’est normal…  Seulement… l’âge qui... aïe… Je ne me mets pas souvent en position de chevalier servant à dire vrai… Mon corps me le fait bien sentir...

La douleur lui a coupé le souffle et il reste, les deux mains posées dans le bas de son dos au mieux de ses capacités. Il reprend sa respiration et a un rire un peu haché, secouant légèrement la tête de droite à gauche, un vrai éclat de rire avant qu’il ne se reprenne dans un grand sourire amusé.

_ Pardonnez moi, Lady. Ma tête fonctionne encore bien mieux que mon corps ! Je pensais y échapper mais avec l’âge, le corps prend plaisir à se créer des douleurs de plus en plus insupportables pour se contraindre au repos. Et ma légère surcharge pondérale n’aide pas tellement à ce qu’il fonctionne correctement. Ni les grimpées d’escaliers et les rues trop pentues. Ni me mettre à genoux. Je… je suis désolé de vous le demander, est-ce que vous auriez une bouillote ?


Il a besoin de chaleurs pour décontracter ses muscles lombaires… Il n’ose pas s’asseoir, préférant marcher un peu sur place en frictionnant au mieux son dos pour calmer l’élan de souffrance qui commence déjà à s’atténuer. Il est ridicule. Ridicule. Il se retient de rire de nouveau et préfère masser ses paupières pour ne pas croiser le regard de la jeune femme par peur de rire de nouveau…


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Dim 2 Déc - 9:53, édité 1 fois
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Ven 30 Nov - 16:01



Elena n'a pas l'habitude de se sentir à l'aise de la sorte, avec quelqu'un qu'elle ne connait pas. Cet homme est un parfait inconnu, elle ne le connaissait absolument pas et n'avait jamais entendu parler de lui. Elle l'avait choisit comme médecin par dépit, et jamais elle n'aurait eu l'idée de poser yeux bleus sur lui, si son docteur habituel n'avait pas été absent. Et pourtant, le voici ici, au Chabanais, dans cette chambre avec elle. En face d'elle. Elle le trouve si différent des gens qu'elle côtoie d'ordinaire. Mais cette différence n'a rien de péjoratif, au contraire. Pour une fois, elle est face à un homme qui lui offre des compliments sincères, sans faux semblants. Elle a l'impression de se retrouver avec un être totalement pure du monde dans lequel ils se trouvent. Un être doux, calme et fragile. Beaucoup trop fragile pour ce vaste monde. Et pourtant, elle apprécie, sans le montrer bien-sûr. Mais avec lui, elle baisse sa garde, ne se montrant pas méfiante. Pourtant, elle ne le connait pas, elle ne devrait pas. Mais il lui semble si maladroit qu'il lui fait penser à un petit enfant, malgré son âge.

Lorsqu'il pose un genoux à terre, elle est surprise, elle ne s'y attendait pas. Pendant une petite seconde, elle oublie sa façade, devenant devant lui une femme fragile, prise au dépourvu, perdant de sa grandeur... Mais ça ne dure qu'une petite seconde. Une seconde qu'il a réussit à lui voler, à lui prendre. Une seconde ou elle n'était plus Lady De PontMercy, mais Elena. Pendant ce petit temps, ses joues sont devenues légèrement rosées, à peine remarquable. Et pourtant, ça c'est passé. Mais ses années d'expérience à jouer son rôle de Lady lui sont bénéfiques, et Elena reprend vite sa contenance, sa hauteur. Elle lui sourit poliment, se refusant de lui offrir un vrai sourire tendre... Il a déjà réussi à lui faire baisser sa garde et à la surprendre le temps d'une seconde, elle ne peut plus se permettre de se montrer faible et attendrie.

« Je suis touchée par vos mots, Monsieur. Et je ne remettrai pas en cause votre professionnalisme. J'ai confiance en votre jugement, et votre discrétion. Et je vous en remercie. »


Elle retira sa main en même temps qu'il lui la rend, tout en reculant d'un pas, instaurant un peu de distance entre eux. Elle qui plus tôt s'amusait à le décontenancer, voilà que les rôles avaient étés inversés un court instant, mais elle en restait troublée.
Heureusement, il coupa court à ses songes et tourments, en venant se plaindre de douleur au dos. Elle ne put retenir un petit rire, discret mais naturel, juste avant de venir se mordre une nouvelle fois la lèvre, comme pour annuler ce qu'elle venait à son tour de lui offrir : un vrai rire, sans contrôle. Elle le regardait, souriant alors et se retenant de rire une nouvelle fois. Était-il si âgé que ça ?

« Bien-sur, je vous fait porter ça de suite. »

Elle ne l'avait pas regardé en disant, étant déjà en train de marcher vers la porte, qu'elle ouvrit de moitié pour demander à ce qu'on lui apporte une bouillotte, qui ne tarda pas à arriver. Très vite elle eut dans les mains l'objet, chaud. Elle le tenait avec précaution, ne souhaitant pas se brûler. Elle s'approcha de lui, d'un pas sensuelle comme d'habitude... Mais ne lui donna pas la bouillotte. Elle le contourna alors, s'approche de son dos, et y posa délicatement l'objet qu'elle maintenait avec ses mains. Son visage était prêt de l'arrière de la tête du Docteur.

« J'espère que ça vous soulage un peu... Même si j'aime grandement lorsqu'un gentleman pose le genoux à terre pour moi, comme vous l'avez fait.. S'il vous plait, évitez de vous blessez. Surtout si j'en suis la cause, je m'en voudrais. »


Elle souhaitait reprendre le contrôle. Il l'avait déstabilisé, c'était à son tour de reprendre le jeu en main. Et puis... Elle avait toujours eu se côté maternelle, qu'elle pouvait exprimer librement avec ses filles dont elle prenait soin. Sa voix était douce, presque muette même. Elle ne parlait pas fort, continuant de maintenir la bouillotte sur le dos.
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Dim 2 Déc - 9:55









Le cordonnier est souvent le plus mal chaussé. Jonathan ne fait pas tellement exception. Bien qu’il dispose d’une endurance certaine face aux maladies, les douleurs musculaires ou articulaires font foison, plus encore depuis qu’il a dépassé la quarantaine. La fatigue s’accumule et il fait partie de ces rares Erudits qui gaspillent rarement plus de 24 h dans leurs appartements en une semaine. Il néglige son temps de sommeil, passe son temps à marcher. Ses repas sont, bien souvent, avalés sur le pouce ; en réalité, il grignote régulièrement des aliments gras ou sucrés, plutôt que prendre le temps de se poser, assez pour cuisiner et manger comme il devrait le faire. Il est bien souvent saisi de migraines, de torticolis, ou de ce lumbago qui l’a fait se ridiculiser devant la Dame. Mais son rire, charmant, l’encourage à se détendre et, penaud, il lève tendrement ses yeux topaze dans les siens dans un sourire gêné. Il se sent rougir de gêne quand elle récupère la bouillotte et qu’elle s’approche de lui… Car elle refuse de la lui donner et se glisse même dans son dos. Honteux, maladroit, il relève timidement sa longue veste jusqu’à la retirer dans une grimace douloureuse, pour lui permettre d’apposer la bouillotte au creux de ses reins.

_ Aaah, un peu plus bas, là, c’est parfait !

La chaleur est le meilleur des calmants… Il se tait même quelques minutes, appréciant de sentir ses muscles se dénouer, progressivement. La douleur reste très présente, mais après une bonne dizaine de minutes, elle est redevenue supportable, perd progressivement de son intensité. Il parvient à respirer plus correctement et prend le risque de se redresser légèrement, jusqu’à se tenir en position debout sans plus sentir la douleur le terrasser. Oh, il reste, comme un poinçon, une zone de tension, qu’il situe précisément, mais il le fera disparaître d’un massage plus tard… Il ne va pas demander à la Lady de s’abaisser à presser ses doigts délicats contre son vieux cuir tanné, parcouru de tâches de rousseur. Il ne survivrait pas s’il devait se montrer dénudé face à elle.

_ Vous n’avez pas à en ressentir de la culpabilité, Ma Dame. Vous ne m’avez pas demandé de le faire et j’aurais dû agir avec plus de réflexion avant de m’agenouiller comme un adolescent fringant ! Ce lumbago me fait souffrir depuis des années, j’aurais dû aller voir un compère après ma chute… Je suis tombé assez bêtement dans les égouts alors que j’allais récupérer de la mousse nécessaire pour certaines de mes préparations. Je me suis cogné durement le dos. J’ai dû me fissurer une vertèbre ou me faire un tour de reins…

Le seul collègue disponible ce jour là pour l’examiner était Neil et… à titre déontologique, Jonathan ne s’abaissera jamais à dire le moindre mal d’un Erudit. Cependant, il doit admettre qu’il faut être courageux pour accepter de confier sa vie à ce médecin et Jonathan, pour la première fois de sa vie, s’est senti pris de lâcheté le jour où il s’était approché de son bureau. Dieu seul sait quelles idées pourraient traverser l’esprit fertile de Neil ? Allait-il se prendre de passion pour sa chevelure particulière, pour son extrême résistance aux microbes et aux infections ? Allait-il avoir la « bonne idée » de réaliser des prélèvements sur sa personne ? L’idée manque de le faire grimacer. Finalement, il porte prudemment la main à la bouilloire pour la maintenir. Ses doigts larges effleurent à peine ceux de la Dame alors qu’il se détache d’un petit pas en avant. Si proche de lui, peut-être a-t-elle perçu le surprenant parfum de violette qui embaume sa chevelure rousse… Une odeur sucrée, presque juvénile, rappelant ces bonbons faits de pétales que l’on pouvait acheter une fortune dans certains magasins, ou encore, cette crème à la violette qu’on met dans certains cocktails coûteux. Le parfum en lui-même est d’une noblesse déconcertante pour un homme de sa tempe… Mais d’une telle simplicité qu’au final, elle correspond parfaitement à son tempérament naturellement humble et effacé.

_ Votre âme est pleine de bonté et de générosité, Lady. Merci pour vos soins. J’imagine que pour faire votre travail, il faut disposer d’une certaine sensibilité et d’une… empathie qu’il vous faut plus ou moins museler selon votre partenaire. J’ai apprécié vos attentions à mon adresse, comme votre… réception à ce que j’ai pu dire ou quant à mon état. Vous auriez pu être une très bonne Erudit. On a tendance à penser que seules les qualités intellectuelles l’emportent dans notre corps de métier, mais on oublie que l’intelligence ne se traduit pas seulement par une bonne logique mathématique, un raisonnement efficient ou un esprit pragmatique. La compréhension des sentiments d’autrui et l’adaptation à ce que l’on déduit est une autre forme d’intelligence, dont vous semblez parfaitement dotée ma Lady. Elle vous permet probablement de vous épanouir dans votre profession, après tout, vous et moi souhaitons avant tout le bien-être des autres.


Il hésite mais finit par s’asseoir sur un fauteuil, pour écraser la bouillotte contre son dos. Sentir la pression brûlante lui arrache presque un soupir d’extase soulagé, alors qu’il repose sa tête contre le dossier du fauteuil, réunissant ses mains contre son petit embonpoint. Il noue ses doigts entre eux, ses pouces tournent l’un autour de l’autre, avant qu’il ne rouvre ses yeux bleus pour les tourner vers elle dans un sourire chaleureux.

_ Ne vous oubliez pas. Nous pouvons avoir tendance à laisser tant de place aux autres qu’ils finissent, parfois, par nous envahir et on en vient à se négliger. A ne pas faire attention à des signes de fatigue, à accorder tant d’importance aux autres et ce qu’ils nous renvoient, qu’on ne finit plus par n’être qu’un miroir. Je ne pense pas que ce soit votre cas mais je… souhaite simplement à ce que vous preniez soin de vous et... vous mettre en garde. Je suis votre médecin et en tant que tel, je vous le répète, vous pouvez absolument tout me confier. Cela m’est même nécessaire pour vous soigner… précisément, selon vos difficultés. Et le soin n’est pas forcément et uniquement physique. Je garderai pour moi tout ce que j’apprendrai. C’est le secret médical et je veille à le respecter. Et ce n’est pas comme s’ils étaient nombreux à venir discuter avec moi…

Il songe à voix haute, à tous ces nobles qui le jugent par son allure et grincent des dents. S’il savait d’où il venait. Il est né avec une cuillère d’argent entre les lèvres, mais si bien enfoncée dans son gosier qu’il a fini par la régurgiter. Depuis, il se retrouve incapable d’ingérer de ce précieux métal, pas sans grimacer. Sa propre noblesse n’est qu’un détail qu’il cherche à écarter, mais qui se trahit par ses manières, son vocabulaire, par ce parfum léger de violette.

_ Comment se passe la vie au Chabanais ? Combien d’employés avez-vous, ma Lady ? Et quelles sont vos responsabilités ?

Il commence à la questionner. Il récupère un carnet usé, dans la poche de son manteau, une plume mécanique, dont l’encre est contenue dans une fiole de verre qu’il suffit de remplir de temps en temps. Il repose le carnet sur sa cuisse et écrit déjà quelques notes sur Elena, dans son écriture rapide, faite de lettres frileusement serrées les unes contre les autres, des lettres rapidement succédées dont l’empressement révèle l’enchaînement rapide de ses idées.  


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Lun 3 Déc - 8:55, édité 1 fois
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Dim 2 Déc - 12:03




Elle s'exécute alors, descendant doucement la bouillotte dans le bas du dos du Docteur, tout en faisant une légère pression sur celui-ci pour qu'il en ressente d'avantage les effets relaxant de la chaleur contre sa douleur. Elena trouve la situation comique : voilà que les rôles sont de nouveaux inversés - c'est maintenant elle qui a prit la place du médecin, et lui qui est devenu son patient. Il est certain qu'elle ne fait pas ce genre de choses pour tous le monde, c'est même très rare qu'elle s'occupe ainsi de quelqu'un. Mais elle apprécie la sensibilité de l'homme, son naturel et sa gentillesse, alors elle s'occupe de lui. De toute façon, Elena n'a pas le même comportement selon les personnes. Parfois elle charme, parfois elle est simplement courtoise, ou parfois elle se montre plus douce. Elle s'adapte à son interlocuteur, pour plaire, toujours plaire. Toutes ses facettes font maintenant parties d'elle. Elle est tout à la fois, à différentes doses. 
Le temps passe, et voilà déjà presque une dizaine de minutes qu'ils sont là, silencieux, à attendre que les douleurs du Monsieur daignent diminuer un peu. Le silence n'est pas pesant et ne dérange en rien la Lady, qui apprécie même ce temps de calme, après avoir entendu une multitudes de paroles sortir de la bouche de ce médecin. Oui, après l'avalanche de mots, un peu de calme est agréable.

Puis il se relève, devant se sentir mieux. Elle se redresse alors également, faisant un pas en arrière pour instaurer un petit espace entre eux. S'approcher, se reculer, et on recommence cette danse plusieurs fois : le jeu du contact, attisant le désir, l'envie. Elle sait qu'elle trouble, lorsque ses doigts fins, doux et manucurés frôlent un bout de peau, de tissu de son interlocuteur. Et le Docteur est son meilleur récepteur pour ce jeu là. Elle aime qu'il soit gêné, maladroit, qu'il perde ses moyens. Elle trouve ça exaltant, les hommes de son genre. Dans une autre vie, peut-être que c'est avec un homme comme lui qu'elle se serait marié. Ils se seraient courtisés doucement, il l'aurait faite rire avec sa maladresse, elle aurait était attendrie par sa délicatesse et sa gentillesse, et avec le temps elle serait tombé amoureuse, et lui aussi. Ils auraient sans doute été heureux, installé dans une vie simple, modeste, mais agréable. Mais non, les tournures de sa vie en ont voulus autrement. Maintenant Elena ne peut se résoudre à tomber sous le charme d'un homme doux et gentil : elle fixe le pouvoir, l’excellence. Les nobles haut placés ne sont pas aussi fragile et doux, pour atteindre leur rang ils ont dû montré qu'ils étaient forts, puissants, et avaient beaucoup de volonté et d'ambition. C'est avec ce genre d'hommes maintenant, qu'Elena se voit. L'amour n'est qu'un fantasme de plus parmi ceux qu'elle a déjà.

« Pour un médecin, pour n'êtes pas très prévoyant avec vous-même, Monsieur. A l'avenir, tâchez de vous faire ausculter si vous souffrez de douleurs, je ne voudrais pas que vous soyez incapable d’exercer, maintenant que vous êtes miens.  »

Des mots toujours choisis à la perfection, pour attiser l'appartenance et l'envie. De plus, elle se permet de lui donner un ordre, non pas sous un ton autoritaire certes, mais un ordre quand même. Après tout, s'il venait à se retrouver en incapacité d'exercer, il est certain qu'elle reprendrait son ancien médecin, et que ses filles iront tout de même bien, mais elle en serait assez contrarié. Pour une fois qu'elle rencontre un homme qui tranche totalement avec ceux qu'elle côtoie d'habitude, et surtout un homme qui ne voit pas ses danseuses comme des patientes, mais comme des êtres humains, des femmes... Et bien, elle serait vraiment fâchée et déçue s'il ne prenait pas soin de lui même.
Il s'approche, prenant la bouillotte. Leurs doigts se frôlent, se touchent un peu. Et rien n'est contrôlé, tout est naturel. Et puis voilà qu'il se met à la complimenter, pour sa gentillesse qui plus est. On ne la complimente pas vraiment sur ça, car elle ne se montre pas aussi gentille avec d'autres. Elle apprécie, mais en même temps elle n'aime pas ça. Elle n'aime pas qu'on la trouve gentille et pleine de bonté. Elle à un rôle à tenir, à endosser. Qui serait-elle si on apprenait que la Lady avait un cœur tendre, bienveillant selon ses proches ? Elle ne peut pas se permettre qu'on la voit comme faible. Aussi, elle réponds simplement à un sourire aux propos du médecin. Un sourire un peu gêné, elle détourne doucement la tête, regardant par la petit fenêtre maintenant, se refusant de regarder le docteur dans les yeux alors qu'il vient de lui faire ces nombreux compliments, qui, dans une autre vie, elle aurait écouté comme de douces paroles. Elle marche, doucement, s'approche de cette fenêtre et pose doucement ses doigts sur le rideaux, qu'elle semble caresser et entre-ouvrir, pour regarder l'extérieure. Il pleut, c'est une habitude ici. Elle regarde les gouttes tomber, appréciant ce temps à la fois doux, et froid. 

« Ne vous en faite pas pour moi, hormis quelques mots de tête parfois et des vertiges lorsque je me lève trop vite, je vais bien, dans l'ensemble. »

Ses yeux sont toujours fixés sur l'extérieur, ne voyant pas alors la réaction du Docteur. Elle a volontairement créé une distance entre eux, n'aimant pas se sentir si docile lorsqu'elle se trouve en sa compagnie. Elle ne se pense pas malade, après tout elle a beaucoup de responsabilités et de choses à gérer, et son petit gabarit n'est peut-être pas taillé pour un travail de ce genre. Mais c'est surement aussi à cause de l'hiver qui arrive, ses défenses sont plus faibles. Mais rien de grave, les maux de têtes passent naturellement, et les vertiges n’apparaissent que lorsqu'elle fait des mouvements trop rapide.

« Ma vie ici se passe bien, Docteur. J'aime ce que je fais, et mon établissement me le rend bien. Je m'occupe des mes filles, m'assure qu'elles se portent bien. Elles sont libres de choisir leurs prestations, mais je supervise et m'assure que tout est bon, et correspond à l'image du Chabanais. Il y a aussi les commandes de fournitures, la préparations des plats, des habits... Enfin, c'est un commerce, il y a toujours des choses à gérer. »

Elle laisse alors glisser le rideau de sa main, et tourne sa tête vers le médecin, le regard de ses yeux saphirs, en souriant gentiment de son sourire commercial. Elle ne veut plus se permettre de se montrer fragile devant lui, de lui montrer qui elle est vraiment.
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Lun 3 Déc - 8:56









Le reproche de la Dame lui arrache une légère grimace gênée de nouveau, bien qu’il incline le sommet de la tête dans un geste d’obéissance docile. Elle s’attend probablement à ce qu’il prenne soin de lui, davantage tout du moins. Malheureusement, il n’en a ni le temps ni l’envie. Mais il n’a pas le cœur de le lui dire et les mots fermes de la Lady se plantent quelque part dans sa tête. Assez profondément pour qu’il ne les oublie pas. Et assez proches pour qu’il y pense, la prochaine fois qu’il se sentira mal. Le terme d’appartenance le fait frissonner, par l’impériosité de ses termes et il apprécie quelques secondes l’idée d’être en sa possession, avant de se reprendre avec malaise. Comment peut-il éprouver du plaisir à cela ? Ce n’est qu’un écho d’un désir fantasme et inavoué. Un instant, il pense à cet homme qu’il a pu aimer, cet homme qui a daigné marquer son derme d’une morsure possessive, dans le creux du cou, avant de disparaître dans la nature, le laissant frustré et désespéré. Les mots de la Dame ont été ceux qu’il aurait voulu entendre, de la part de cet amant d’un instant.

Elena devait être une femme redoutable. Elle semblait capable de cerner aisément ses partenaires, maniant ses mots et son corps comme certains manient le fleuret. Chaque coup est précis, aucun geste n’est inutile. Une femme accoutumée à toujours, continuellement, se battre, habituée à remporter ses batailles et qui ne baisse jamais sa garde. Pourquoi une telle méfiance de sa part, alors qu’elle se recule soudainement, qu’elle se referme comme une huître ? Attentif à l’autre, sensible, Jonathan remarque cet éloignement, tant physique que mental.  Qu’a-t-il dit ou fait pour la faire s’écarter de la sorte ? S’est-il montré blessant à son encontre ? A-t-il pu se montrer négligent ? Les graines qu’elle a germés croissent en une inquiétude sincère, dont les branches enserrent son cœur et remontent le long de sa cage thoracique. La Dame ne le regarde plus, elle préfère perdre son regard sur l’extérieur. Le contact est coupé, leur relation est comme interrompue et il lui est difficile de ne pas se lever pour s’approcher. Pour revenir chercher cette proximité à laquelle elle lui a fait goûter, trouver un mot pour la faire sourire, effleurer sa main et lui demander pardon. Pour qu’elle tourne ses yeux saphir dans les siens et que son fin visage s’éclaire d’un sourire.

Mais il n’ose pas. Par respect, pour ce besoin qu’elle ressent de s’isoler. Ses propres yeux se portent sur le rideau qu’elle effleure, rejoignent la fenêtre pour observer l’extérieur. La pluie tombe. Il le sent, dans un courant d’air froid, discret. Dans ses os, ses muscles, dont les courbatures protestent face à l’humidité de l’air. Dans son dos, la bouillotte perd progressivement de sa chaleur, au fur et à mesure que son corps semble s’en emparer. La douleur a presque disparu, pour de bon cette fois. Alors qu’elle énumère toutes ses responsabilités, Jonathan prend note.

_ Êtes vous aidée ? Êtes-vous conseillée ? Ou vous chargez vous de tout, seule ? N’allez pas vous épuiser à la tâche, Demoiselle. Avec ce mauvais temps… Beaucoup de personnes ressentent ce que je nomme être une dépression saisonnière. C’est un affaiblissement de l’élan vital dû à l’absence de lumière et de chaleur. Peut-être pourrais-je vous prescrire, par prudence, de quoi pallier à ce manque d’énergie hivernal ? Ce ne serait pas des médicaments, seulement une légère modification de l’alimentation, comme manger une orange au petit-déjeuner.

Elle se tourne vers lui et lui répond par un sourire que Jonathan est incapable d’interpréter. Un peu décontenancé de nouveau, il laisse pourtant un sourire fleurir sur son visage fatigué. Naïvement, c’est pourtant, avec toute sa chaleur, qu’il laisse son visage exprimer cette joie timide mais sincère. Celle de l’avoir rencontrée, celle d’avoir obtenu sa confiance et cette nouvelle responsabilité. Celle de pouvoir discuter avec une personne si bien placée dans la société. Pour lui, il lui est encore impossible de réellement définir ce qu’est Elena, quelles sont ses défauts ou ses qualités. Ses forces ou ses faiblesses. Ses peurs ou, au contraire, celles qu’elle a déjà vaincues et affrontées. Il n’a perçu que quelques bribes de vérité, durant leur échange auquel il impose une certaine spontanéité. Jonathan n’a pas conscience qu’il peut attiser la pitié, par son comportement franc et son incapacité à dissimuler ses hésitations ou son anxiété. Sa maladresse peut être interprétée comme un manque de maîtrise, voire, dans le pire des cas, comme un manque de respect.

L’homme n’en a absolument pas conscience. Disons que dans son métier, il a découvert tellement de secrets qu’au final, il ne cherche plus tellement à se dissimuler. Il sait que tout finit par émerger à la surface, que le naturel revient au galop. Il suffit de voir les véritables guerres psychologiques que certains mènent au sein même de leur propre famille. Il a vu tant d’enfants menacer leurs parents, tant de maris abusant de leur femme, combien d’épouses coupables d’avoir empoisonné leur cher et tendre ? Le monde est un panier de crabes, où tous cherchent à s’évincer, où se dévoiler, c’est se mettre en danger. Alors ils passent leur vie cachés, sous des masques, des comportements adaptés, des vêtements de toute beauté, comme si cela pouvait totalement les effacer et faire oublier qu’ils ne sont pas seulement une apparence, mais une entité, avec ses blessures, ses faiblesses, ses peurs, mais aussi, sa force, sa résistance, son endurance.

Par son métier, Jonathan n’a guère le choix que connaître ses patients ; par éthique, il a opté pour préserver le secret médical et le non-jugement. Ainsi, il a déjà soigné une femme coupable d’adultère, souffrant d’une maladie que son mari n’aurait pas pu lui transmettre, et refusant d’expliquer à monsieur ce dont elle souffrait. Ainsi, il a dû panser les mains d’un homme ayant frappé sa compagne jusqu’à lui en briser le nez, mais s’est chargé de cette dame qu’il a conduite jusqu’aux autorités pour la mettre en sécurité. Il s’efforce de penser que toutes les vies ont la même valeur, malgré tout ce qu’on s’acharne à leur inculquer.
Jonathan n’a rien à dissimuler. Il assume ce qu’il est. Et parfois, il se laisse même attaquer. Certaines personnes en souffrance agissent comme des chiens enragés, plantant leurs mâchoires, leurs mots acérés, pour le critiquer, pour le blesser, le briser. Les insultes sont variées, pouvant aller de son physique à son travail, aux médicaments prescrits, aux soins qu’il a pu donner. Mais il a appris à les supporter. A les écouter, sans s’énerver, sans pour autant douter de ses capacités. Alors que certains pourraient voir ses agissements comme une preuve de sa stupidité ou de sa naïveté, Jonathan préfère croire qu’il agit par expérience, pour obtenir la confiance de son interlocuteur. Il se montre tel qu’il est. Avec ses défauts et ses qualités. Pas de mauvaise surprise, on sait à quoi on a affaire quand on l’observe. Il ne se sent pas vulnérable, à dire vrai, lui ne cherche absolument pas un rapport de force ou de conflit. Il est là pour guérir et soigner, pas pour affronter son patient. Alors il accepte la méfiance, il comprend la réticence. Et il reste ce qu’il est, il ne change pas son identité, encourageant même… les autres à s’exprimer. Il est peut-être l’une des seules personnes en ce monde avec qui s’ouvrir n’est pas un danger.

_ Je vais vous donner mon adresse, pour que vous puissiez me joindre rapidement en cas de besoin. De même, si j’ai le besoin de vous contacter de toute urgence, est-il préférable que je vous envoie un courrier ici ? Nous pourrons aussi peut-être convenir d’un rendez vous pour que je puisse réaliser le bilan médical de vos demoiselles, ainsi que le vôtre. Mes horaires sont assez libres, ils s’adapteront aux vôtres.

Jonathan essaye toujours d’être arrangeant. D’ailleurs, il sort de sa poche un autre carnet, un semainier, plus grand, qu’il range soigneusement dans sa mallette. Une belle surface de cuir, renfermant des pages blanches sur lesquelles il a écrit, à la main, les dates et les heures. Chaque année, il doit le changer, mais se contente de retirer les liasses de papier pour en glisser d’autres. Ses yeux reviennent se déposer dans les prunelles de la Dame et un autre sourire éclaire ses traits usés.

_ Je suis désolé si j’ai pu vous blesser ou vous gêner. Je n’avais aucune intention de vous déranger et n’hésitez pas à me signaler si… je vais trop loin, si j’en dis trop ou… Bref, si j’ai pu faire quoi que ce soit. Vous… n’avez rien à me prouver et rien à craindre de moi. Je n’ai aucun intérêt à vous mettre dans l’embarras, au contraire, je ne souhaite que votre santé et votre bien-être. Je ne suis pas un politicien, je ne suis pas un escroc, je suis Médecin. J’ai choisi mon métier par vocation. Vous l’emportez sur tout le reste. J’ai besoin de votre coopération pour vous offrir les soins les plus adaptés à votre condition. Je n’ai rien à gagner à vous trahir d’une quelconque façon et j’ai tout à perdre dans le cas contraire. De même pour vous, omettre des informations peut me pousser à avoir un mauvais diagnostic… Ne me considérez pas comme un intrus, ni une menace. Je n’accéderai qu’aux informations que vous accepterez de me confier. Je ne suis qu’un outil pour vous permettre de vous soigner, comme une encyclopédie à pattes que vous pourrez consulter à loisir à la moindre question, au moindre problème. Je me fiche de la richesse, des ragots, de toutes ces choses prédominantes pour notre société mais qui sont futiles pour moi. Je ne fais que mon travail, rien de plus, rien de moins. Ma carrière est déjà faite, je n’ai plus l’âge et encore moins l’envie de me faire une place dans l’aristocratie. Ma réputation est déjà faite, s’appuie sur des éléments concrets, des personnes vous ont parlé de moi, peut-être avez-vous-même lu les sujets que j’ai écrits. Si je suis aujourd’hui, là, devant vous, c’est par mon travail, ma volonté de bien faire et la chance que vous m’avez offerte. Pour être un bon médecin, il faut être à l’écoute de son patient. L’aider, sans jamais le trahir. J’ai déjà subi des violences, des menaces, pour me faire dire les vérités sur un patient que je n’ai jamais divulguées. Je souhaitais simplement éclaircir ce point.

Si elle veut des preuves, il peut lui en donner. Ne serait-ce que la cicatrice qu’il cache sous sa barbe mal rasée, qui part de sa lèvre inférieure, descend vers sa gorge. Le coup de couteau d’un mari jaloux. Il prend de gros risques, en jouant cartes sur table comme il le fait. Parfois, sa franchise n’a poussé qu’au rejet, qu’à une rétractation supplémentaire, violente, où il devenait plus difficile encore de récupérer son patient. Mais il souhaite simplement montrer sa patte blanche. Sa volonté de bien faire. Son cœur vide de mauvaises intentions et de manipulation.



Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Mar 4 Déc - 8:50, édité 1 fois
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Lun 3 Déc - 11:12




Elle apprécie la délicatesse dont il fait preuve, en la laissant seule en retrait pour respecter la distance qu'elle a volontairement imposé entre eux. Il aurait très bien pu s'approcher, continuer d'essayer de percevoir un petit intérêt, ou de récolter une petite miette de douceur de sa part, mais il ne le fait pas. Ce qui permet alors à Elena se reprendre sa contenance, sa grandeur. Son sourire est un peu moins figé, plus chaleureux, elle se sent reprendre la domination de la conversation, du lieu. Ce n'est pas un petit docteur aux allures de ploucs qui va réussir à lui faire perdre ses moyens, même s'il n'était pas loin. Elle ne comprends pas comment il a réussi à lui soutirer une bride de naturelle, de vérité. Elle s'approche doucement de lui, gardant cependant une certaine distance pour ne pas trop lui offrir de sa présence. Et pourtant, maintenant qu'elle a reprit le contrôle, elle a envie de l'attiser, de devenir irrésistible à ses yeux, de l’envoûter.

« Je ne voudrais pas tomber malade, alors si vous pensez qu'il est nécessaire que je change plusieurs choses de mon alimentation, je répondrais à vos désirs, Monsieur. »

Encore des mots, toujours des mots. Choisit à la perfection. Elle veut reprendre le contrôle, elle veut le dominer. Elle se sait belle, sensuelle, attirante, et elle le devine timide, maladroit, perdant ses moyens. Elle en joue, voyant en lui en jouet qu'elle pourrait utiliser à sa convenance. Elle se voit déjà se servir de lui pour récupérer peut-être quelques petites informations sur d'autres patients. Elle ne sait pas encore bien comment, mais c'est certain qu'elle lui trouverait une utilité. Et dire qu'au début de la conversation, elle voyait en lui un homme gentil, doux et attentionné, à qui elle ne pourrait faire de mal... Mais voilà, il lui a volé son naturel. Une seconde ou elle n'a été qu'Elena, sans barrières, sans masque, sans façade. Et elle a peur que sa recommence. Peur de ne plus réussir à être la Lady De PontMercy devant un homme qu'elle trouve si complaisant et prévenant. Elle préfère se protéger, alors elle se fourvoie, trouve un échappatoire : elle fera de lui son pantin, plutôt que lui fasse d'elle une Elena.

« Merci pour votre adresse, Monsieur. Je n'hésiterai pas à m'en servir, si j'ai besoin. Et planifions déjà notre prochaine rencontre, mes filles ont toutes besoin d'un contrôle, mais je pense passer la première dans vos mains. Quand me voulez-vous ? »

C'est presque un jeu pour elle. Et pourtant, plus jeune elle n'avait pas une aussi belle maîtrise des mots. Dans sa dernière phrase, elle s'est rapproché de lui, détruisant toute distance possible entre eux. Elle a reprit confiance, elle ne craint plus de se faire surprendre, alors elle charme comme elle sait faire. D'un geste qui se veut totalement innocent en apparence, elle pose une main délicate sur le bras du médecin. Elle l'effleure juste, tout en le regardant dans les yeux. Un regard charmeur, intense comme elle en a le secret, et qui en même temps, parait être un regard dénoué d'une quelconque planification. Un regard innocent - mais qui ne l'est pas vraiment. Et pourtant, elle qui pense avoir reprit la situation sous son contrôle, retire alors sa main lorsqu'il ré-ouvre la bouche, lui jurant presque fidélité et dévouement, tel un chevalier. Elle le sent si sincère, si vrai, qu'elle ne peut retenir un regard beaucoup plus doux et bienveillant. Un regard sincère, montrant qu'elle apprécie ses mots, et que les entendre lui font du bien. Elle pourrait l'écouter parler pendant des heures, ne pensant une seule seconde à le repousser. C'est si nouveau pour elle, de rencontrer une personne aussi pure du monde, aussi attentive et serviable. Elle se recule alors d'un pas, réimposant un écart entre eux.

« Vous n'avez pas besoin de me dire tout cela, Monsieur. Je vous assure, je ne vois aucune menace en vous, et je sais que vous garderez précieusement dans votre esprit les choses que vous apprendrez ici. Je tâche à ne m'entourer que de personnes fiables, et je pense que vous en faite partie. »


Elle est sincère, vraiment. Elle ne confierait pas la santé de ses danseuses à n'importe qui, et même s'ils ne se connaissent que depuis ce jour, elle sait déjà qu'elle peut lui faire confiance pour assurer des bons soins et un excellent suivit sur le domaine médical. Après, concernant ce qu'il est vraiment, elle le pense comme elle le décrit plus tôt, et tout en long de cette conversation : un homme gentil, très tendre et bienveillant. Elle ne pense pas qu'il se cache sous un masque, ne l'imaginant pas une seule seconde comme une autre personne que celle qu'elle a sous ses yeux saphirs.
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Mar 4 Déc - 8:54









Ses termes lui font doucement baisser les yeux et le rouge remonte à ses joues. Peut-être même qu’elle aperçoit, entre ses mèches mal coiffées, les tâches de rousseur discrètes parcourant ses pommettes et son nez aquilin. L’intérêt de la Dame est inconcevable et ses mots charmeurs sont comme une caresse imposée au chat craintif qu’il est. Indécis, il est d’ailleurs incapable de dire s’il apprécie ou si, au contraire, le malaise qu’il ressent est réel. Est-ce seulement le manque d’accoutumance ? La douce insistance de la Lady lui rappelle l’approche d’un prédateur…  Elle est telle une louve, prête à l’user, à attendre une ouverture pour le saisir. Il le sent, c’est instinctif. Depuis le commencement de leurs échanges, Jonathan essaye tant bien que mal de se défendre, par l’humour, la distance, par ce ton professionnel qu’il ne quitte pas… Pour la première fois de sa vie, il a la sensation que les rôles sont comme échangés. Il se sent… telle une âme vulnérable et naïve, suscitant l’appétit viscéral de la créature en face de lui. Elle s’approche de lui. Elle réduit la distance et lui-même se sent reculer dans son siège. Sa main se pose sur son bras… Cette fois, la sensation qui le traverse est clairement désagréable. Il y a quelque chose d’imposé. Il sent ce combat, fait de charmes, de regards, de gestes, et il refuse d’y participer. Il n’ose se défendre, s’opposer, et elle en profite, prenant progressivement de plus en plus de terrain.

Heureusement, il parvient à la faire reculer. Ses mots calment sa rage, celle qui la pousse à vouloir prendre le dessus sur lui, le dessus sur la situation. Il ne sait pas quoi penser d’elle. Elle ne semble pas réellement une menace, mais la croire inoffensive serait une grave erreur de sa part. La prudence est de mise, et il lui est difficile de le concevoir en présence d’une patiente. D’ailleurs, son bon cœur finira par l’emporter et d’ici quelques minutes, il minimisera de nouveau ce qu’il s’est passé. Pourtant, les approches de la Demoiselle ont franchi à plusieurs reprises la limite de la volonté du médecin ; ses propos l’ont poussé dans une zone d’inconfort et sa main effleurant son bras fut comme une poussée pour le faire basculer dans cette fosse obscure qu’il renfermait. Le désir, le besoin de sexe, s’étaient amoindris avec le temps, jusqu’à complètement s’éteindre. Il n’avait jamais eu une libido particulièrement prononcée, au contraire. Pour lui, il s’agissait d’un sujet non pas tabou, mais difficile à aborder et les douces avances de la Lady finissaient par prendre une allure oppressante pour son cœur fleur bleue. Sans juger la prostitution, Jonathan ne se sentirait jamais capable d’offrir son corps à un inconnu ou d’accepter un moment avec une femme qu’il ne connaît qu’à peine.

_ Bien… Je suis heureux que vous ayez entendu et compris mon message. Si vous le souhaitez, je peux vous examiner dès à présent, ou bien d’ici deux jours en commencement d’après-midi. Avec la saison des pluies, je ne peux nier que j’ai énormément de travail. Particulièrement dans les mines, vous ne pouvez pas imaginer l’enfer des infiltrations d’eau ajoutées à une poussière lourde, on a l’impression que chaque inspiration vous noie un peu plus les poumons. Sans compter l’humidité constante de l’air, qui affaiblit les flammes des bougies, qui imprègne les vêtements… Un enfer. Enfin quelle saison n’est pas un enfer, dans les mines ?

La fin de son monologue ne semble concerner que lui, vu son murmure accompagné d’un baissement de ses prunelles topaze. La Lady ne présente absolument plus ce masque qui a pu l’inquiéter par le passé. Elle est de nouveau douce et prévenante, elle retrouve ce regard bienveillant qui le rassure. Ces prunelles attendries, bien plus réconfortantes que la pression de sa main sur son torse ou son bras. Il la retrouve telle qu’il apprécie la voir et il sent l’inquiétude le quitter alors qu’il sourie de nouveau à la jeune femme. Il s’efforce de faire preuve de compréhension. Elena n’a probablement jamais connu d’autres types de relations que celles qu’elle est contrainte de mener quotidiennement. La maîtrise est, pour elle, nécessaire pour survivre. Une femme usant de son charme pour vivre a probablement des difficultés à concevoir des interactions sans employer son talent – alors qu’il lui permet d’avoir un pas d’avance, de diriger la danse. Le caractère conciliant de Jonathan pourrait le pousser à se laisser mener ; mais ce qu’il sait du Monde de la Haute Société le rappelle à la réalité. Il est primordial qu’il reste professionnel. Prévenant et attentionné, mais ferme sur certains points… L’idée de s’opposer à la Lady le dérange – comme toutes les situations conflictuelles – mais son éthique et son sens de la moralité le lui imposent. Pour sa propre sécurité et celle des autres. Comme refuser les avances de la Dame De PontMercy. Tristement, il n’aurait pas été surpris d’apprendre que son prédécesseur aurait pu profiter de sa position, bien qu’il ne formule aucune hypothèse à ce sujet. Nombreux sont les Erudits « mariés à leur travail », et qui profitent de cette excuse pour goûter à de nombreux plaisirs, sans avoir à s’engager. Après tout, tout leur sérieux est consacré à leurs travaux. Jonathan n’était pas si différent, bien que le seul plaisir auquel il s’adonnait sans regret eut été le péché de gourmandise.

Pourquoi se montrer si craintif ? Car le corps et le désir peuvent parfois donner naissance à des sentiments nuisibles, difficiles à vivre, qui seront peut-être contraints de mourir. Jonathan ne souhaite pas avoir le cœur brisé et encore moins fendre celui d’une autre personne… Peut-être part-il trop loin ? Mais c’est sa manie, son défaut, son esprit s’emballe, construit de nombreux futurs auxquels il croit déjà. D’où sa nervosité, d’où sa crainte de s’engager.

Lors des soins qu’il mène, l’impression est différente. Il a des études chiffrées qui accentuent ou réduisent la probabilité de certains évènements, qui l’encouragent à prendre des décisions, à tenter de nouvelles choses pour soigner l’autre. C’est la base même de son travail, connaître toutes les origines probables des symptômes, être capable de déceler la ou les sources, sélectionner les traitements appropriés. La part de hasard est minime. Pas comme dans le relationnel avec les autres, où Jonathan a parfois l’atroce sensation d’enclencher des discussions au hasard, de bidouiller quelques réponses et en craignant la réaction en face… S’il était ingénieur et que les relations sociales eussent été une machine, il y a bien longtemps qu’il aurait fait exploser la baraque !


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Mer 5 Déc - 11:18, édité 1 fois
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Mar 4 Déc - 13:41



Elle remarque qu'il rougit. Elle aime faire cet effet aux hommes, ce qui étrangement n'arrive pas souvent. La plupart répondent avec tact et relance de nouveau le jeu, et les moins vifs d'esprit ne comprennent pas les allusions. Pas lui. Lui, il est tel une petite brebis qui n'a pas l'habitude de recevoir des compliments ou des petites remarques remplit de double sens. Du coup, elle aime ça, elle profite. Mais elle remarque qu'il n'est pas à l'aise, ce qui est normal : il est comme un petit enfant venant de débarquer dans un monde totalement inconnu. Elle décide donc de lui accorder un peu de répit car de toute manière elle aura l'occasion de jouer de nouveau avec lui, puisqu'il doit revenir pour ses examens et contrôles médicales.

« Aujourd'hui ce n'est pas possible, j'ai beaucoup de choses à faire. Mais revenez dans deux jours oui, ça m'ira très bien. »

Elle s'éloigne alors un peu plus, désireuse de lui laisser du temps pour souffler, marquant une pause dans ce jeu. Elle change beaucoup, avec lui, ne sait sur quel pied danser. Un coup elle veut le dominer et imposer sa grandeur, et la seconde d'après la voilà si attendrie qu'elle se refuse à se jouer de lui. Elle préfère alors couper court à cet échange, pour pouvoir se détendre et ne plus être oppressée par ses divergences d'opinions.

« D'ailleurs je vais devoir vous laisser, Docteur. Je vous remercie encore de votre venue, et il me tarde déjà d'être à notre prochaine rencontre. »

Maintenant elle s'approche, prenant soin de ne pas non plus être trop prêt de lui. Elle est sincère dans ses propos. Cet homme représente un sorte de challenge pour elle, pour son propre contrôle. C'est un défi assez plaisant et en même temps frustrant, mais Elena est joueuse, alors elle se lance dans cette partie à corps perdu. Elle lui tend doucement sa main, espérant que malgré son allure il ait tout de même les manières et les convenances d'un véritable gentleman et qu'il lui offrirait un baise main, comme le veut les politesses. Ses yeux ne quitte pas son regard, elle le toise, l'analyse de nouveau. Souvent, lorsqu'elle prend congé d'une personne - mais plus généralement des clients - elle est toujours présente en apparence, mais son esprit vagabonde déjà ailleurs, vers ses prochains plans, vers les choses qu'elle a à faire. Pas la. Pas avec ce Jonathan R. Grüber, qu'elle continue de regarder. Elle est là, entièrement avec lui, devant lui.
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Mer 5 Déc - 11:20









Les termes soigneusement choisis par la Dame lui font docilement courber l’échine. Elle souhaite à ce qu’ils se séparent… Peut-être est-elle lasse de jouer avec lui ? Peut-être a-t-elle simplement du travail ? Il est vrai que la journée avance et que ses tâches doivent s’amonceler au fur et à mesure des heures, jusqu’à l’ouverture du Chabanais. Jonathan ne souhaite ni déranger ni retarder l’ouverture. Il se redresse et rassemble ses affaires dès l’instant où elle lui a fait comprendre qu’il serait peut-être temps à ce qu’ils se séparent. Il range soigneusement tout ce qu’il a pu sortir, puis il la ferme. Il récupère la bouillotte, avec laquelle il reste quelques minutes, à ne pas savoir quoi en faire, jusqu’à la reposer sur une table, celle sur laquelle il avait déposée sa valise. Ses yeux reviennent, nerveusement, vers Elena pour s’assurer qu’il n’a pas mal agi… Il craint un froncement de sourcils dépréciateurs ou un soupir exaspéré. Jonathan a toujours été d’une nature à douter et s’inquiéter, l’attitude de la Dame le place parfois dans une position de vulnérabilité face à laquelle il ne sait comment réagir, comme lorsque l’on renverse un chat sur le dos ou que l’on saisit un chien par la nuque.

Ils sont deux êtres humains, mais issus de deux mondes si radicalement différents qu’il a comme l’impression qu’ils s’apprivoisent. L’un tente, l’autre réagit, et inversement. C’est par leur analyse réciproque qu’ils comprennent comment leur acte ou leurs mots sont interprétés et reçus par l’autre. Il se sent comme un sourd, devant interagir avec une personne tout à fait capable d’entendre et de parler, alors que lui est comme… limité. Cependant, selon les instants, cette relation semble comme s’inverser. Si certains pourraient s’en effrayer, Jonathan s’en sent soulagé. Il apprécie les efforts que la Dame fait à son adresse et préfère se dire que ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle ne baisse les armes, son masque, qu’elle se montre… telle qu’elle est sans avoir à se soucier des conséquences. Ou bien ne serait-ce qu’accepter sa présence, sans s’en sentir gênée ou hésitante sur le comportement qu’elle devrait adopter. Jonathan est un homme relativement simple mais il se doute qu’elle n’a pas l’habitude… que les échanges puissent être désintéressés, sans qu’un discret rapport de force ne cherche à s’insinuer. Il se montrera patient.

_ Il en est de même pour moi, Lady. Ce fut un grand honneur et je ne puis qu’attendre avec impatience nos retrouvailles. Prenez soin de vous et vérifiez que Zoey ne néglige pas son traitement, c’est primordial.


Elle offre sa main et il va pour reposer un genou à terre, mais son lumbago se rappelle violemment à lui. D’ailleurs, il y porte une main dans une autre grimace et préfère se redresser. Se pencher pour déposer ses lèvres sur sa main… Semble inenvisageable. Alors il referme de nouveau ses mains sur la sienne, et la serre précieusement entre ses doigts usés. Comme l’objet d’une relique, comme un geste de prière dévoué. Il incline bien bas la tête.

_ Je m’excuse, mais le baise-main m’est contredit par mon médecin par peur de relancer mon lumbago. Il vient à peine de libérer mes reins et je dois admettre que je ne souhaite pas le rappeler à moi. Plus encore car j'ai promis à une Dame de faire attention à mon état de santé. Soyez sûre que suite à ma rémission, je veillerai à vous saluer comme votre rang l’exige. Prenez soin de vous, ma Dame.


Il s’écarte d’un pas, récupère sa valise. Il tourne un dernier instant ses yeux bleus, placides, vers elle, avant de lui sourire avec chaleur. Un salut de la tête, puis il sort tranquillement de la pièce. Cette première rencontre sera probablement mémorable pour l’homme. D’ailleurs, il y pensera toute sa soirée. A la beauté de son visage, à son attitude si… fluctuante, prête à le mettre à terre avant de l’épargner, le jaugeant avant de s’attendrir et s’amuser. Elle-même ne semblait pas comment se positionner vis-à-vis de lui, mais le médecin en ressent un certain attachement. Comme la maladresse d’un chaton en pleine exploration.
Bien qu’ils ne soient pas issus du même monde, bien qu’ils n’évoluent pas dans le même milieu, bien que leurs différences soient nombreuses, il y a quelque chose qui les unit, des sentiments… positifs, bien terrés au fond d’eux, qu’il a cru reconnaître dans le son de sa voix, dans ces sourires ou le détour prudent de ces yeux de velours. La même chose qui le fait baisser humblement la tête ou sourire avec chaleur à son encontre. Il existe tant d’émotions, tant de sentiments, que la langue n’est pas capable de tous les retranscrire et ce qu’il ressent fait encore partie de ce champ inconnu… Un sentiment mystérieux et indescriptible. Pas de l’amour, non, mais une forme particulière de respect et d’affection naissante, d’une amitié pataude et maladroite où elle montre parfois ses crocs, sans violence ou agressivité, mais pour le dominer. Comme par peur, peur de quelque chose, mais quoi ? Et lui, que craint-il quand il la voit ? Seul le temps lui répondra.
MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   Jeu 6 Déc - 14:05




La lady le regarde ranger ses affaires avec soin. Elle ne détourne pas ses yeux de lui, le regardant faire méticuleusement avec l'ébauche d'un petit sourire. Si elle pouvait, elle lui demanderait certainement de rester un peu, l'invitant même à partager un thé avec elle, histoire d'en apprendre plus sur cet homme. Mais le travail l'appel, et elle a trop de choses à faire. Dès qu'il sera parti, elle ne penserait déjà plus à lui, trop occupée à organiser les événements de la journée.

« Ne vous en faite pas, je veillerais personnellement à ce que Zoey suive son traitement. »


Elle ne veut pas prendre le risque que Zoey ne se rétablisse pas, alors elle compte bien lui rendre plusieurs visites dans sa chambre au cours de la journée, pour voir si la demoiselle se sent mieux au fil des heures - même si ça pénalise un peu son programme et organisation de la journée, tant pis, la santé de ses filles passe avant le reste. Elena sourit alors tendrement au Docteur lorsqu'il lui prend la main et lui parle. Il apprend vite, et elle se retient d'émettre un petit rire qu'une adolescente pourrait faire. Ses yeux sont amusés, et elle ne le quitte pas du regard.

« Voilà une Dame qui donne de sage conseils, Monsieur. Et je suis persuadée qu'elle est enchantée que vous teniez votre promesse. »

Elle le laisse s'écarter, et le regarde partir, sans ôter le sourire qu'elle a sur le visage. Cette rencontre était vraiment fascinante, et elle se note dans un coin de l'esprit de remercier Nishiki pour lui avoir conseiller de faire appel à ce médecin là. Une fois qu'elle se retrouve seule dans la chambre, elle s'approche de la fenêtre en décalant doucement le rideau. Au bout d'un petit temps, le sourire de la lady s'élargit lorsqu'elle aperçoit du haut de son perchoir le docteur quitter le Chabanais et commencer à arpenter les ruelles pour s'éloigner. Elle gardera une étrange sensation de cet entrevue, de cet homme qui a su lui voler quelques instants de sincérité. Et puis, dans un pas doux, elle quitte à son tour cette chambre, commençant déjà à planifier le reste de sa journée pour s'en aller à ses occupations habituels de tenancière.
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MessageSujet: Re: Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée   

 
Il a exploré son verger et n'en a laissé qu'une morsure brûlante enragée
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