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 La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.

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MessageSujet: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Mar 27 Nov - 12:35










L’autorisation repose sur son bureau.

Depuis 3 jours, elle attend, paisiblement ouverte. Depuis 3 jours, à chacun de ses passages, il l’attrape entre ses doigts usés, couverts de corne, laisse ses yeux las suivre rêveusement les lignes si joliment tracées. La plume employée a dû glisser comme le pinceau d’un artiste sur le grain du papier à lettre. La calligraphie est si parfaite qu’elle en vient à perdre son humanité, chaque lettre semblant avoir été précisément mesurée, pour être parfaitement alignée à sa suivante. Il n’y a pas besoin de lignes pour diriger ce troupeau, elles s’enchaînent les unes aux autres, avec la régularité lui rappelant un pas militaire. Jonathan peine encore à y croire et la parcourt du regard, pour la énième fois. Et si son espoir l’avait trompé ? Et si, dans ces mots soigneusement pesés, c’eut été en réalité un refus si joliment emballé qu’il ne l’avait pas même deviné ? Non. Du peu qu’il connaisse le Ministre, il n’aurait pas perdu son temps à temps d’hypocrisie, pas avec lui tout du moins. Pas s’il refusait sa venue tout du moins.

Alors Jonathan se prépare. Il enfile une chemise sombre, opte pour un pantalon propre, d’un brun sombre. Le boutonner est de plus en plus difficile avec les années et il doit rentrer le ventre pour y parvenir, avant de soupirer en glissant autour de sa taille une ceinture, dont il compte instinctivement les crans. Peut-être devrait-il se mettre au sport ? A son âge, est-ce vraiment raisonnable ? De toute façon, il n’en a guère le temps. Une petite moue appuie sa pensée et il enfile une grande veste brune, des mitaines usées. Se coiffer ? Il n’y a pas pensé, trop occupé à vérifier que sa tenue soit suffisamment correcte pour se présenter au Ministre. Il fouille dans ses poches, récupère une feuille de menthe, non, deux, qu’il glisse entre ses lèvres. Une gourde d’eau, une autre d’un alcool fait maison, une dans chaque poche pour ne pas les confondre. A-t-il besoin d’autres choses ? Par prudence, il récupère un carnet dont la couverture est dans un état déplorable et sa petite mallette, puis il sort et s’empresse de remonter les rues.

_ Hâte toi, Jonathan. Le temps presse.

Il s’encourage, tournant les yeux vers une montre dont l’écran est fissuré et qu’il a oublié de changer. Et à l’instant où ses yeux se posent sur la montre, son esprit s’emballe. Les pensées se succèdent, à la vitesse d’une trotteuse, alors que ses yeux clairs s’écarquillent, qu’il manque de se faire renverser par une charrette. Il a reçu l’autorisation… il y a de cela 3 jours. Est-elle toujours valable ? Le Ministre l’attendait-il la veille ou plus tôt encore ? La panique le saisit aux entrailles et il s’excuse, avec énormément de retard, pour avoir traversé la rue sans même regarder. Ses mots s’envolent vainement, sans recevoir une oreille dans laquelle se poser, tout du moins, pas les oreilles souhaitées car quelques passants suivent du regard le roux qui « parle tout seul ».

_ Oh, Jonathan, pourquoi faut-il que tu sois si lent à la détente ?

Le gémissement franchit ses lèvres, alors qu’il accélère la cadence de ses pas. Marcher est encore dans ses possibilités, courir, il a abandonné depuis 2 mètres déjà en percevant une douleur soudaine traverser son diaphragme. Atteindre la Haute-Ville n’est pas si compliquée, quand on en connaît le chemin. Sauf que Jonathan, dans sa précipitation, a emprunté une rue qui rallonge inutilement son trajet et lui fait perdre quelques précieuses minutes. Ces quelques minutes, il les occupe en bougonnant des insultes variées à son adresse, avant d’enfin, retrouver son chemin. Suite à cela, rejoindre le domaine de Clèves s’avère moins compliqué que prévu.

Une fois son autorisation vérifiée par les gardes, ses pas finissent par le porter jusqu’au Domaine… Si majestueux qu’il ralentit le pas pour le contempler. Le médecin, dans sa tenue souillée par la boue de la rue, fait si tâche dans le paysage qu’il resserre nerveusement ses épaules et qu’il baisse nerveusement la tête, s’excusant presque d’imposer sa présence dans ces lieux de toute beauté. La puissance dégagée par les bâtiments n’est qu’un écho du charisme des personnes qui y vivent. On entend, portée par le vent, une lointaine mélodie qui accompagne à merveilles les quelques lumières visibles, offrant à l’endroit un aspect presque féérique. Il s’immobilise pour savourer le calme – tant pis pour son retard, quelques minutes n’y changeront rien. Plongé dans cet émerveillement, il ne sent que trop tard une fleur sournoise ouvrir ses pétales. Celles de l’aigreur.

_ Ne te fie pas aux apparences, Jonathan.

Se dit-il dans un soupir fataliste. Et la beauté de l’endroit se fane. Pas sous ses yeux, mais en lui, il sent cette corruption qui monte et dévore l’émerveillement ressenti. Car il sait que derrière ces murs, au –delà de cette musique, se terrent des vices que sa propre imagination refuse de concevoir. Que son esprit refuse d’admettre. Jonathan se reprend et s’approche du Domaine pour se signaler. Il attend qu’on le conduise jusqu’au Ministre – s’il veut toujours le recevoir. Face à la mine déconfite du serviteur, Jonathan se permet un timide sourire du coin des lèvres et on finit par le faire entrer dans le hall. On ne lui permet pas d’aller plus loin et le médecin attend, paisiblement, les mains serrées sur sa mallette.

Ca ne fait pas si longtemps qu’il n’a pas vu Lüwen… Pour autant, il se sent nerveux comme si c’eut été leur première rencontre. Il passe une main dans ses cheveux emmêlés, soupire en voyant qu’il n’a pas même pensé à les discipliner un minimum. L’erreur est quotidienne, de sa part, comme les maladresses. Heureusement qu’au niveau de son travail en lui-même, on n’a rien à lui reprocher. Parfois, il se demande s’il avait croisé Lüwen quand il n’était qu’un enfant… le Ministre n’est pas si vieux, après tout. Il était même bien plus jeune que lui. Il est sûr qu’il l’a connu quand il n’était qu’un adolescent… Il l’a probablement même vacciné contre le tétanos. Un mal redoutable, face auquel certains rechignent encore. Jonathan ne laisse pas tellement le choix à ses patients, d’ailleurs. Peut-être est-ce une erreur éthique de sa part ? Mais il a vu trop de petits mourir, le corps crispé… Non, il remue la tête pour chasser ce souvenir et se retient de boire une gorgée de son alcool maison. Au lieu de cela, il reprend une feuille de menthe, qu’il glisse sur ses papilles, la mâchonne et l’avale dans un soupir.

On entendait tant de choses sur le Ministre. Tant de choses…négatives. Un homme tyrannique ? Exigeant ? Cruel ? Intransigeant ? Tant de termes plus inquiétants les uns que les autres. Mais Jonathan aimait à croire que Lüwen était plus que tout cela. Il admirait son ambition, sa force, sa détermination. Son charisme était indéniable, comme sa capacité à rallier l’attention ou les Hommes derrière lui si cela s’avérait nécessaire. Un vrai leader et pour être capable d’endurer un poste si important, il fallait avoir la tête et les épaules pour porter d’énormes responsabilités. Un esprit si vaillant dont le vaisseau était encore un corps en pleine force de l’âge. Et il devait bien y avoir un cœur, sous cette carapace.

Sinon, il n’aurait pas eu la condescendance de le recevoir dans son domaine…


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Ven 7 Déc - 15:09, édité 3 fois
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Mar 27 Nov - 20:37

Il y a quelques jours, Lüwen avait reçu une lettre plutôt curieuse à son domicile. Il recevait souvent diverses demandes, invitations à des soirées mondaines, mais celle-ci s'était plutôt distinguée et dans la forme et dans le contenu. Bien que le papier de l'enveloppe soit de qualité correcte, il ne respirait pas la richesse comme les autres. C'est ce qui l'avait motivé à l'ouvrir en vérité. Le message à l'intérieur avait été surprenant. Son médecin traitant, du moins, celui qu'il était le plus souvent allé voir quand il n'était pas au domaine lui envoyait un courrier pour lui proposer une visite de contrôle. C'est vrai que cela faisait un moment qu'il n'avait pas vu de médecin. Et puis il aimait choisir qui il voyait. Il lui avait donc répondu positivement, joignant même une autorisation écrite pour qu'il puisse venir. Qu'il passe quand il le pouvait, car il était obligé de venir ici.

En cette soirée, après être rentré d'une réunion le ministre gérait à présent les affaires de son domaine et de ses gens. Il était presque vingt et une heure et il n'avait encore rien mangé, trop concentré dans les divers papiers, à lire des CV et lettres de motivation, à préparer certains entretien, à revoir certains de ses critères si spécifiques.

«  Ex… Excusez-moi… ?  » Fit un serviteur en toquant à la porte, avant d'entrer avec l'autorisation. «  Votre médecin est là. Je… Je l'ai fais entrer dans le hall…  » à en juger par sa tête il n'avait pas l'air d'être sûr d'avoir fait ce qu'il fallait.

«  Deux petites secondes.  » Dans un silence presque pesant (enfin pas pour notre ministre) il signa les enveloppes avec un beau cachet avant de se lever et de transmettre. «  Je vais le chercher, faites envoyez cela dès demain. Apportez-nous une boisson chaude dans ma chambre. Vous pourrez y aller ensuite.  »

Il commençait à se faire tard et le serviteur avait certainement envie de retrouver son lit alors il n'allait pas le faire rester plus que cela. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, il payait justement et en conséquence.

Lüwen remis son veston blanc correctement avant de descendre les marches qui séparaient les deux étages et d'apercevoir le médecin. Son style n'avait pas changé. Il lui tendit la main, comme à son habitude.

«  Bonsoir Docteur Grüber. Venez, nous allons aller dans mes appartements.  »

Les couloirs étaient richement décorés mais sans vraiment d'excès, c'était après tout sa partie et même s'il aimait les belles choses en une certaine mesure il n'était pas spécialement fan. Il vérifiait qu'il le suivait bien et montait les escaliers avant de prendre à gauche dans un couloir et de lui ouvrir la porte.

«  Venez, entrez, installez vous.  » Le thé avait été servi entre temps. «  Vous souhaitez quelque chose de chaud ?  »

La voix de Lüwen n'était pas extrêmement chaleureuse mais elle ne l'avait jamais vraiment été. Il posait ses questions de façon naturelle, et n'avait pas spécialement besoin de se montrer comme en public. C'était son médecin après tout et il avait confiance. Le ministre avait des légers problèmes de santé, comme tout un chacun certainement. Premièrement, il était sujet à des tendinites, et oui, quand on écrit aussi souvent et vite que lui, cela a parfois des conséquences. Son poignet lui fait de temps en temps mal. Deuxièmement, quelques légers sucis de dos à être assis toute la journée, en partie courbé. Il a rapidement résolu ces problèmes avec une position plus adaptée et à renforcer le reste de ses exercices de sport qu'il peut de plus en plus rarement pratiquer. Enfin, comme une majorité des personnes à son poste, une hypertension légère lui donnant de temps en temps des mots de têtes, bourdonnement ou encore saignement de nez. Rien de bien grave en soi. Enfin, il ne prenait pas forcément extrêmement soin de sa santé. Une chose qu'il remerciait en revanche était son métabolisme qui lui permettait de manger autant de sucre qu'il en avait envie…

Se levant pour servir le thé, il en profita aussi pour enlever ses lentilles (peut-être allait-il observer ses yeux?), recouvrant ainsi ses yeux verts, se faire craquer la nuque, s'étirer avant de se rasseoir.
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Mar 27 Nov - 22:01









Un pas perce le silence de l’immense maisonnée.

Il descend, à sa rencontre. Il est impressionnant de réaliser qu’une simple allure peut tant en révéler sur la personnalité. Les pas ne sont pas empressés, ils se succèdent, paisiblement, l’un après l’autre, assurés. Aucune difficulté de marche – pas de douleurs nettes articulatoires qui pourraient gêner la démarche. Le talon puis le reste du pied, à un même rythme, qu’il compte par secondes, qu’il tape sur sa cuisse, du bout de l’index et du majeur. Tap – 1, 2 – Tap – 1, 2 – Tap – 1, 2. Le pas est léger, mais se fait percevoir, ce qui laisse deviner une musculature suffisante pour tracter le corps sans gêne apparente.

Jonathan analyse, avant même de l’avoir vu. Son esprit est sans cesse en mouvements, dans l’étude de ce qu’il perçoit. Dans la haute société, l’Aristocratie est habituée à dissimulée le moindre malaise, et les plus misérables en ont tant enduré que ce n’est pas une blessure de plus qui les fera reculer. Alors un médecin doit être attentif à tout, surtout à ce que l’on ne montre pas, pas consciemment tout du moins. Lüwen apparaît, en haut des marches. Ses cheveux sombres sont parfaitement coiffés. Ses yeux rouges se plantent dans ses douces prunelles bleues. Son corps est toujours parfaitement entretenu. On devine des épaules joliment dessinées, un torse assez plat, de longues jambes élancées. Un peu de fatigue, visible par le coin de ses yeux légèrement tirés, la petite tension au niveau de la mâchoire. En quelques secondes, le voilà déjà présent, sa main se tend. Jonathan s’en saisit.

Sa propre main rugueuse, large et brûlante malgré l’air glacé de l’extérieur, s’empare de celle plus délicate du ministre. Il la serre, avec fermeté mais une délicate tendresse ; son autre main rejoint sa jumelle et emprisonne précieusement, l’espace de quelques millisecondes, la main de son patient qu’il salue d’un sourire. Un sourire sur son propre visage négligé, dont l’allure tranche avec le faciès de son interlocuteur, ce visage fin, austère, aux pupilles acérées, aux sourcils et aux mèches sévèrement disciplinés. L’étreinte est brève, déjà, le Ministre s’écarte et l’invite à le suivre. Docteur Grüber. En presque 30 ans de service, il a encore des difficultés à assimiler ce nom à son identité, mais il ne discute pas. Ce nom, au final, n’est qu’un rallongement de son titre. Jonathan ne s’intéresse pas tellement à la décoration, son regard se porte naturellement sur l’homme alors qu’il grimpe les escaliers devant lui. Il vérifie l’angle d’inclinaison de ses articulations, puis remonte ses prunelles pour s’assurer de la posture de son dos lors de la montée des marches.

Lui-même grimpe avec bien plus d’aisance qu’on aurait pu le croire. Habitué à dégringoler les marches de l’Université ou à grimper les rues pentues menant à la haute ville, toute la force de Jonathan se résume en ses cuisses épaisses. Rejoignant le ministre dans ses appartements, enfin, Jonathan sort de ses pensées analytiques et retrouve un sourire.

_ Oh, oui, je prendrais volontiers un thé chaud ! Oh, Monsieur le Ministre, rasseyez-vous, je vais m’en charger, ne vous dérangez pas pour moi.

Jonathan ne semble pas avoir de manières – disons plutôt qu’il a remarqué qu’il n’y avait pas de serviteurs à l’horizon et qu’il serait bien trop gêné que le ministre se penche pour lui servir une tasse de thé. Selon la réponse de Lüwen, d’ailleurs, soit il parvient à leur servir les tasses, soit le Ministre impose sa volonté. Quoi qu’il en soit, Jonathan finit par retirer sa veste qu’il abandonne sur le dossier de son fauteuil. D’une main experte, il a reposé sa mallette sur ses genoux, l’ouvre d’une pression du pouce. Il y a de nombreux appareils de mesure dont les formes ont tout l’air d’être des engins de torture, des fioles emplies de contenus parfois étranges ou encore, de feuilles volantes que Jonathan rassemble et range dans une pochette glissée dans la mallette.

_ Votre dernière visite remonte à trois ans. A l’époque, je n’avais rien noté de particulier, si ce n’eut été une très discrète fragilité du dos mais que quelques exercices quotidiens devraient raffermir et écarter le risque d’un tassement de vertèbres. Vous avez toujours été d’une santé assez solide, bien que le froid humide soit l’un de plus vos redoutables ennemis. D’habitude, je tâche de voir mes patients une fois par an, mais j’ai compris que vous étiez très occupé et j’osais espérer qu’en cas de mal-être quelconque, vous feriez appel à mes services. Mais du peu que je sais de vous, j’ai senti que vous étiez assez… exigeant envers vous-même et que vous attendriez peut-être d’être à l’agonie avant de me contacter. Par mesure de prudence, je préférais vous proposer un rendez-vous. D’ailleurs, j’ai emmené avec moi de quoi vous vacciner contre le tétanos… La prochaine injection n’aura lieu que d’ici 20 ans ! Enfin n’allez pas pour autant vous blesser avec des fils barbelés rouillés.

Jonathan et sa logorrhée. Il est connu pour être un médecin bavard… Tout en parlant, il sort de sa mallette une seringue soigneusement désinfectée, protégée dans un petit sac soigneusement fermé, comme le vaccin renfermé dans une ampoule de verre, glissée dans un pot de verre renfermant des blocs de glace. Il pose le tout sur la table, mais récupère ensuite son carnet qu’il ouvre à une page soigneusement pliée.

_ Vous avez 27 ans, si mes calculs sont bons. Vous êtes vous pesé, récemment ? Avez-vous remarqué des changements de poids important ? Qu’en est-il de votre sommeil ? Avez-vous des cycles réguliers ou bien vous réveillez-vous plusieurs fois par nuit ? Et le matin, vous sentez-vous reposé ?

Attentif, il le suit du regard et quand l’homme retire ses lentilles, le médecin lève un doigt pour lui faire signe de patienter. Il récupère dans sa mallette des lingettes désinfectantes, dont l’odeur poivrée est plus que remarquable. Il s’en nettoie les mains, avant de récupérer deux petites boîtes rondes métalliques qu’il ouvre. Il récupère dans sa poche une petite bouteille de lotion désinfectante, en remplit les deux boîtes, puis les pousse vers lui dans un sourire chaleureux.

_ Voilà, pour les garder au propre et éviter tous risques d’infection. Les yeux, ça ne plaisante pas, ce sont des organes dont les muqueuses sont terriblement vulnérables.

Jonathan reprend ensuite son stylo, attendant les réponses à ses questions, bien qu’il soit incapable de s’empêcher de reprendre, pour lui ou pour Lüwen.

_ Avec un tel métier, il faut être attentif aux risques de tensions physiques comme morales. Le sommeil est souvent réflecteur d’un stress interne, de même que l’alimentation. Les changements d’humeur, la sensation de lassitude, de fatigue, d’usure, d’agacement… Je perçois une raideur dans votre nuque, peut-être vous proposerais-je des aménagements, notamment un pupitre légèrement incliné pour que vous n’ayez pas à courber l’échine, à moins que ce ne soit l’oreiller ? Hm… Enfin parlez, je vous écoute. N'hésitez pas à me faire taire.


Un sourire gêné, pour se faire pardonner.

_ Ah et euh bonsoir. Avec du retard. Toutes mes excuses, j'étais plongé dans l'examen de votre démarche.

Ca, il n'y avait pas besoin de l'ajouter. Il retient une grimace. Ce n'est qu'une première maladresse parmi tant d'autres.

_ Elle est correcte, d'ailleurs, rien à dire à ce sujet enfin passons.


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Jeu 29 Nov - 9:38, édité 1 fois
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Mer 28 Nov - 12:41

Lüwen avait apprécié la salutation du médecin, il avait l’air chaleureux malgré le fait qu’il soit un peu débraillé. Il se demandait s’il était assez payé ou si c’était parfois juste son genre de s’habiller comme ça, ou qu’il était si maladroit que même en étant bien habillé, il se retrouvait plein de boue. Enfin, pour le coup, il n’émit pas de jugement, ce n’était pas ses affaires. Il se demandait juste si financièrement il allait bien, mais, c’était peut-être déjà déplacé ? Il avait du mal à le saisir lui-même.  Ouvrant la porte, il le laissa s’installer confortablement sur le fauteuil avant de proposer de lui servir du thé. Contre toute attente il se proposa de servir, l’appelant bien par son titre.

«  Il est inutile d’être aussi protocolaire. Je suis votre patient, pas le ministre. Lüwen suffira.  »

Il décidait donc de servir le thé, cela ne lui posait absolument aucun problème d’estime. Il avait bien l’habitude qu’on le serve mais n’était pas aussi assisté que cela, au contraire, il appréciait grandement faire des choses par lui-même. Il déposa donc la tasse de thé chaud en face de lui avant d’en prendre pour lui.

Il ouvrait aussi sa valise et commençait à faire un résumer des dernières consultations. Ha. Trois ans déjà qu’il ne l’avait pas vu. Il avait peut-être bien exagéré. Heureusement, il n’avait pas vraiment été malade.  Comme il l’annonçait il était vrai qu’il était occupé mais il aurait du trouver un temps. Néanmoins, il ne l’avait qu’à moitié cerné, en effet, il était possible que parfois il n’appelle personne par simple exigence envers lui-même, mais de l’autre côté, il savait être réaliste et surtout voulait être bien.

Il l’avait observé sortir sa seringue, et non, il n’avait aucune peur de ce genre de choses.

«  Pas tant que ça. Si je suis malade, je vous appellerai. Pour pouvoir être au plus rapidement en forme et pour pouvoir faire mon travail.  »

Il enchaîna par la suite les questions sur un peu tous les sujets : nourriture, sommeil, stress, fatigue… Ha il n’avait pas oublié le fait qu’il avait tendance à beaucoup trop parler... et contre tout attente il aimait bien.. Son médecin était un peu... original... 
Pendant qu’il posait ses questions Luwen s’était levé pour enlever ses lentilles. Le docteur sortait une lotion de sa mallette pour la lui donner. Le pensait-il aussi peu méticuleux ou c’était juste une habitude médicale ? Vu le sourire, il opta pour la deuxième option. Il les mis donc dedans et le laissa continuer. Bien qu’il avait son stylo en main il parlait parfois tellement que son patient ne pouvait répondre. Il semblait néanmoins s’en rendre compte. Ce qu’il fini par faire, lui demandant de ne pas hésiter à le faire taire et d’ailleurs en lui disant enfin bonsoir tout en commentant sa façon de marcher.

Bon, le ministre pouvait enfin parler.

«  Ne vous en faites pas. Vous restez efficace. Pour répondre à vos questions : je fais de mon mieux pour avoir un rythme de sommeil stable. Je me réveille de temps en temps mais cela ne me pose pas de problème. Je me sens bien le matin, en général.  »

Lüwen s’était rassis entre temps et défaisait sa cravate en la déposant sur le dossier avant d’ouvrir les boutons de son veston et de l’enlever aussi, ne restant qu’en chemise qu’il commença aussi à déboutonner.

«  Je ne me suis pas pesé, j’ai peut-être perdu un peu de poids depuis 6 mois, et encore, pour le moment, c’est raisonnable. Je mange bien. A peu près.  » Malgré tous les gâteaux qu’il s’enfilait, oui.  «  J’ai parfois mal à la nuque et au dos. En la craquant, ça passe. J’ai de temps en temps mal à la tête aussi. Quelques vertiges. Cela ne reste pas bien longtemps. Le plus important serait éventuellement mon poignet qui est parfois bien douloureux. J'ai eu plusieurs tendinites déjà.  »
Le ministre déboutonna entièrement sa chemise et l’enleva.

«  Vous n’avez qu’à faire le vaccin si vous voulez.  »

Histoire de ne pas oublier, et que cela soit fait.
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Jeu 29 Nov - 9:41









_ Stable ? Combien d’heures de sommeil dormez-vous par nuit ? A quelle heure allez-vous vous coucher ? Vous savez, il est primordial de dormir entre minuit et deux heures du matin, ce sont à ces heures où le corps et l’esprit récupèrent de façon optimale de la fatigue. Ce sont aussi à ces heures où l’on relève le plus d’erreurs professionnelles… L’Homme est un animal diurne, et malgré toutes les substances que l’on peut ingérer, elles ne permettent pas encore de tenir une nuit sans sommeil, pas sans dommages sur notre santé. D’ailleurs, je suis absolument contre le travail de nuit mais je crains d’être l’un des seuls.

Le voyant se déshabiller, Jonathan se redresse, récupérant tout son matériel avec lui. Il pose un genou à terre, entoure son bras d’une bande qu’il serre fermement, tournant les prunelles vers le petit cadran qui y est rattachée. La tension un peu élevée malgré l’heure avancée de la journée lui fait froncer les sourcils et il la note dans son carnet laissé ouvert sur la page de Lüwen. Sur cette page, on peut lire de nombreux détails, ne serait-ce que son groupe sanguin… D’ailleurs, il écoute les explications de Lüwen avec attention, ses sourcils légèrement froncés, puis le fait s’avancer sur son siège pour glisser son stéthoscope dans son dos.

_ Inspirez, expirez. Encore une fois. Toussez.

Ses yeux reviennent parcourir le dos fin de l’homme. Ses prunelles remontent jusqu’à sa nuque. Il retire finalement le stéthoscope de ses oreilles et le repose dans la mallette. Le médecin repose ses deux mains chaudes, couvertes d’une corne rugueuse, sur la nuque du ministre. Il glisse ses index de sorte à emprisonner en douceur la mâchoire de l’homme, lui fait lever la tête, tourner la tête d’un côté puis de l’autre pour surveiller le jeu des articulations. Ses mains reviennent sur sa nuque, ses pouces longent ses vertèbres cervicales, pressent les muscles qui les encadrent, les tirent et les frictionnent un peu. Peut-être que Lüwen ressent comme une vive douleur, puis une certaine chaleur remonter le long de sa nuque… Comme un nerf pincé. D’ailleurs, Jonathan reprend ses massages avec attention, exerçant des pressions expertes, pas forcément agréables au premier abord. Néanmoins, quand il écarte ses mains, la nuque du ministre est probablement totalement relâchée.

_ Vos craquements de nuque et vos migraines peuvent indiquer une mauvaise position de nuque quand vous dormez. Je vous conseille un oreiller plus rigide, qui reposera votre nuque. Je vais vous conseiller des étirements simples, à faire régulièrement si vous passez la journée assis à écrire… Ne laissons pas votre nuque rouiller et s’ankyloser. Les migraines peuvent aussi indiquer une certaine fatigue, avez-vous fait vérifier votre vision ? La luminosité semble suffisante pour travailler en de bonnes conditions.

Jonathan désigne la source de lumière d’un regard, avant de récupérer le contenant du vaccin. De son autre main, dans un geste habitué, il déballe la seringue, débouche le pot pour en récupérer le contenu. Ambidextre, Jonathan se sert de ses deux mains avec aisance et une coordination parfaite – oh il a pris son verre quotidien, mais pas de quoi le faire trembler. Il nettoie l’arrière de l’épaule du ministre avec un coton imbibé de liquide désinfectant, puis plante la seringue dans son derme immaculé.

_ J’ai remarqué un peu de tension. C’est relativement minime, mais cela reste à surveiller. Avec un métier comme le vôtre, malheureusement, cela est de coutume. Conseillez à votre cuisinier de lâcher un peu la main sur le sel et évitez de manger trop sucré en fin de soirée. Je vous conseille de manger du brocoli, de l’ail, au moins 4 gousses par jour. Vu votre appétence pour le sucré, privilégiez l’ail, il évite le risque de cholestérol. Vous êtes encore jeune et peu concerné mais avec les années, votre corps aura de plus en plus de difficultés à lutter contre l’apport en sucre. Bref, les amandes et l’artichaut  sont aussi très bons. Fruits, légumes, laitages et céréales sont un remède redoutables, parce que le médecin ne peut pas vous les vendre !


Jonathan rit à cette remarque, avant de reprendre avec sérieux.

_ Essayez de pratiquer une activité sportive, ne serait-ce qu’un peu d’endurance…  Une marche régulière peut suffire, à condition de marcher plusieurs fois dans la journée. Si cela n’est pas votre genre, je peux aussi vous conseiller des exercices de méditation, très simples et très rapides à faire, qui vous permettront de détendre votre organisme… Je vous conseille de les pratiquer le soir, pour faciliter votre endormissement.

Si ses collègues l’entendaient… La méditation est vue comme un mythe pour beaucoup d’entre eux, qui ne comprennent pas le lien entre l’état mental et l’état physique. Au contraire de Jonathan. Le médecin repose sa seringue et presse un coton pour empêcher le sang de couler. Son autre main fouille dans sa mallette, récupère une petite bande adhésive avec laquelle il attache le coton, avant de prendre sa poche en glace. Avec douceur, il tamponne autour de l’endroit où il a injecté le précieux sérum.

_ Ce vaccin est, disons, très réactif à la chaleur. Le frais évitera tout gonflement mais aussi, toute douleur se rapprochant… des courbatures, des effets secondaires comme la fièvre. La sensibilité aux vaccins dépend grandement d’un individu  à un autre, ainsi que de son état physique actuel. Je ne puis que vous conseiller de garder cette zone au frais au moins quelques heures, au plus tard jusqu’à demain.

Jonathan le relâche, saisit son bras droit qu’il soulève entre ses doigts. Portant la main au niveau de son avant-bras, il étudie les contractions de ses muscles, alors qu’il fait bouger sa main, son poignet, avant de froncer les sourcils.

_ Il faut réagir avant l’apparition de la tendinite… Si vous en avez déjà eu plusieurs, cela indique que vos tendons sont fragilisés et risquent plus rapidement de s’enflammer. Avez-vous pensé à une machine à écrire ? Dans votre cas, j’aimerai prescrire un repos de 3 semaines. Je ne conseille pas un immobilisme complet, continuez à user de votre main mais il faut la soulager et lui permettre de récupérer. Une machine à écrire soulagerait grandement votre poignet, quitte à employer un serviteur pour écrire à votre place si vous préférez l’écriture manuscrite. Pour prévenir l’apparition d’une nouvelle tendinite, je passerai régulièrement masser votre main, pour améliorer l’afflux sanguin au niveau de vos tendons. Nous allons réaliser des exercices de travail musculaire que l’on dit excentriques, c’est-à-dire basés sur l’étirement des muscles…

Jonathan soupire.

_ Il ne faut absolument pas négliger une tendinite. Dans le pire des cas, la douleur peut être insupportable et me contraindre de vous injecter des toxines pour dénouer les tensions et vous permettre de réemployer correctement votre main. Bien sûr, nous n’en sommes pas à là, mais il est important de surveiller votre état. Je vous conseille d’acheter des baumes faits de gommes de pin et d’écorce de saule blanc pour limiter l’apparition des inflammations.

Le médecin cherche dans sa mallette, jusqu’à sortir d’une petite poche une boîte ronde, métallique. Il la repose près du ministre.

_ Commençons par les entraînements… Vous devriez le faire tous les jours. Il me faut un truc lourd. Jonathan, cherche, qu’est ce que tu pourrais prendre ? Hm, ça fera l’affaire.

Jonathan referme sa mallette et glisse la poignée dans la main du ministre. Elle n’est pas si lourde, au final, ne renfermant que quelques objets de soins divers.

_ Tenez la bien. Votre main doit former un poing. Vous allez devoir pencher la main très lentement vers le sol, comme pour accompagner la mallette vers le sol… Mais vous devez y aller très doucement, vous devez aller contre la gravité sans pour autant la relever, vous la descendez petit à petit, comme un objet très fragile, comme un chaton que vous reposez dans son panier. Quand vous arrivez au bout de vos capacités, que votre main ne peut pas descendre plus bas, utilisez votre autre main pour la redresser, puis vous la descendez de nouveau. L’étirement s’appuie vraiment sur cette descente que vous réalisez, non pas la montée qui pourrait plus vous faire de mal qu’autre chose, voilà pourquoi l’autre main vient assister ! N’importe quel objet fera l’affaire, tant que vous pouvez le tenir dans votre poing fermé et sentir son poids faire descendre votre main. Faîtes le 10 fois, essayez… à ce que la descente dure 5 secondes. Prenez une pause d’une minute, et refaites une série. L’optimal serait d’en réaliser 3 séries de 10.


Le rouquin récupère ensuite la petite boîte métallique, qu’il ouvre. Il trempe ses doigts dans l’étrange baume à la consistance presque solide, puis vient l’étaler sur la base du poignet de l’homme, remontant ensuite ses doigts pour masser réellement l’articulation et la base de ses doigts.

_ Le risque d’une tendinite est qu’elle évolue de mal en pis… Surveillez par exemple le canal carpien ou encore, votre coude, pour s’assurer à ce que l’inflammation ne monte pas. Ah et euh, vous pourrez vous rhabiller après cela.

Seulement en cet instant, il fait attention à son corps particulier. Solide, malgré son allure élancée. Un corps plutôt bien entretenu, bien que le ministre doive passer beaucoup de temps derrière son bureau. Pas comme le sien. Son torse est joliment dessiné, sans qu’il n’y ait de signes particuliers de maladies de peau, de mal tout court à dire vrai. Il détourne pudiquement les yeux vers sa main qu’il termine de masser, avant de la relâcher.

_ Heureusement que je suis venu vous voir, j’avais du travail en fin de compte !

Jonathan pousse un profond soupir de soulagement et s’assoit en reposant ses mains sur ses genoux. Un sourire chaleureux, habituel, éclaire son visage las.

_ Avez-vous actuellement d’autres soucis de santé ? Comment… va votre moral ? Sur une note de 1 à 10, quelle note vous me donneriez sur votre état ?



Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Ven 30 Nov - 9:36, édité 1 fois
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Jeu 29 Nov - 18:18

«  Je sais, Docteur, ne vous en faites pas. Je fais en sorte de dormir à minuit au maximum. Je me lève à 6 heures. Je sais que de toute façon je ne suis pas efficace si je n’ai pas assez dormi ou pas bien.  »

Il le laissait mesurer sa tension. Il n’avait pas vraiment regardé le chiffre, et de toute façon à l’envers c’était compliqué de voir l’aiguille et continuait ses explications. Le ministre inspira et expira doucement puis toussa, comme le docteur le lui demandait. Contre toute attente d’ailleurs il se laissait manipuler sans problème. Après tout il était un expert, et bien qu'il n'était pas habitué au contact physique, il se laissait faire. Il leva donc doucement la tête, puis la tourna. Cela lui fait plutôt du bien.

Il soupira un peu d’aise puis un peu plus de douleur, parce que ses muscles étaient tendus. Ha. Un massage. Il ressentait le besoin d’un massage là de suite, maintenant. Et non il n’allait pas le demander à Jonathan. Quoi que c’est ce qui est en train de se passer, au final.

«  Hn….  »

Clairement, détendu. Le docteur arrêta ensuite et tenta de trouver la raison de ses craquements de nuque. Un oreiller plus rigide pouvait lui faire du bien ? Lüwen hocha la tête. Il allait certainement essayer, il n’aurait aucun problème à s’en procurer.

«  Je le ferai. Et je ne pense pas avoir de problème de vision. Néanmoins si vous me dites que je dois la faire vérifier ou si vous voulez le faire, j'accepterai, juste au cas ou.  »

Bon. C’était parti pour le vaccin. Il l’observait dans ses gestes et le laissait planter la seringue dans sa peau. En même temps, il écoutait le docteur. De la tension hein ? Il s’en doutait, en effet. De toute façon vu son métier c’était obligatoire d’avoir de la tension, il n’était pas parfait et oui parfois il était stressé et n’arrivait pas toujours à faire avec bien qu’il faisait de son mieux. Eviter de manger trop sucré ?

«  La tension peut causer des vertiges non ? Ça doit être pour ça… Et pour le sucré ça va être problématique… mais je ferai passer le message pour le sel et l’ail.  »

Il ne fallait pas lui demander d’abandonner le sucré, surtout pas le soir, vu que c’était le moment où il pouvait le plus en manger. Combien de fois l’avait-on dérangé pendant sa pâtisserie ? A la place de rire, il eut simplement un rictus à la dernière phrase du docteur.

«  Je vais reprendre l’escrime. Maintenant que j’arrive à trouver un équilibre je vais pouvoir m'y remettre. Et je veux bien essayer des exercices de méditation, même si j’ai mes propres exercices, notamment de visualisation, pour les moments stressant en journée.  »

Bien qu’il soit plutôt sûr de lui il avait des moments de stress qu’il avait comblé grâce à un peu de lecture et de conseils. Son médecin était certainement la personne à qui Lüwen se dévoilait le plus et le mieux. Il l'aida d’ailleurs au passage en tenant le petit bout de coton. Il retint un léger bruit à cause du froid et à quelques frissons, mais rien de bien méchant.

«  D’accord. Je vais tenter de l’accrocher un peu dans ce cas.  »

La question de la tendinite allait maintenant être abordée. Ha, le médecin n’était pas très content, quoi de plus normal… ? Il avait fait des bêtises, médicalement parlant. Il le laissait étudier son bras et son poignet. C’est un peu douloureux alors il grinçait un peu des dents.

«  En effet je ne pourrais respecter un repos de trois semaines. J’ai déjà une machine à écrire pour me soulager. N’hésitez pas à me noter les noms des baumes que vous conseillerez.  »

Moment pratique donc ? Il pouvait dire que le doc était efficace. Il fit donc les exercices mentionnés, s’exercant donc à pencher sa main, tout doucement. Il y arrivait sans grand mal bien qu’il avait un peu de douleur dans son poignet. Rien de méchant. Il se laisse aussi par la suite masser, doucement

«  En effet vous avez bien choisi votre moment.  »

Il remis donc simplement sa chemise, sans pour autant la fermer en entier, parce que de toute façon il allait se changer juste après.

«  Non, je ne pense pas. Je vais plutôt bien. Je ne mettrais pas 10 mais, 7 ou 8 sur 10 me paraît bien.  »

Doucement il prit sa tasse de thé chaude et commença à boire quelques gorgées encore.

«  Je ne sais pas si vous avez terminé, d’ailleurs mais... Est-ce que je vous offre quelque chose à manger ? Une pâtisserie ?  »

Ha gourmandise, quand tu nous tiens….
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Ven 30 Nov - 9:39









Le soupir de plaisir du jeune homme lors du massage improvisé lui a arraché un sourire attendri, malgré lui. De nouveau assis face à lui, il laisse son regard le détailler, comme pour vérifier qu’il n’a rien oublié. Voir ses yeux verts devient presque inhabituel… Le ministre est connu pour ses yeux rubiconds, et les moins instruits s’imaginent même qu’il s’agit de la véritable couleur de ses prunelles. Le vert de ses yeux est déjà, en soit, une couleur suffisamment originale pour être admiré par ses comparses. Est-ce un choix purement esthétique ? Le rouge a-t-il une valeur particulière pour le Ministre ? Lui, il lui fait penser aux rares coquelicots retrouvés dans la boutique de l’herboriste, ces fleurs dont il se sert pour la décoction de certains de ses baumes. Le rouge ne lui rappelle que trop le sang des blessés, dont la vision continue toujours à l’horrifier. Bien qu’il réagisse après coup, une fois la plaie refermée. Les tremblements nerveux, les vertiges, la nausée. L’angoisse qui monte, monte comme un serpent visqueux et glacé.

_ Une pâtisserie ?

Jonathan reprend ses termes avec surprise. Il le fixe, avec de grands yeux. Le ministre a-t-il entendu ce qu’il vient de lui conseiller ? Il a envie de lui faire la leçon en fronçant les sourcils d’un air autoritaire, mais ce n’est pas dans les habitudes du bon docteur dont le visage s’adoucit dans une moue trahissant toute son hésitation.

_ Soyons d’accord, ce n’est raisonnable ni pour vous, ni pour moi.

Il le précise d’un air entendu, une main tapotant son petit embonpoint, dans une légère inclinaison de la tête. Il se veut sérieux et responsable, mais son ton finit par doucement se changer et il se mord la lèvre avec un certain malaise.

_ Mais une petite, nous devrions pouvoir nous la permettre.


C’est avec ce genre de laxisme qu’il s’étonne de prendre du poids. La constatation lui arrache un petit soupir blasé. Il gratte songeusement sa barbe et s’appuie un peu plus sur son fauteuil, faisant lui-même craquer légèrement son dos. Ses doux yeux bleus observent naturellement le ministre, qu’il a eu le temps de voir grandir, depuis toutes ces années. Il avait toujours crû en ses capacités – Lüwen était un garçon vif et déterminé, à l’esprit solide et au corps endurant. Malgré tout, son parcours restait impressionnant. Il se demande si on le lui a déjà dit. Oui, probablement. Pourtant, il a envie de le lui exprimer. Car dans cette réalité, il semble toujours plus difficile de dire à quelqu’un ses qualités que ce qu’il a pu faire de mal.

_ Surveillez votre tendinite, c’est le seul point qui m’inquiète réellement. Tenez-moi au courant de son évolution, vous savez où m’écrire. Pouvez-vous me parler de cette technique de visualisation dont vous m’avez parlé tout à l’heure ? Comment est-ce que cela fonctionne ? Pour ma part, je ne connais essentiellement que des exercices de respiration abdominale, qui contraignent le corps à se calmer, notamment en imposant au rythme cardiaque de ralentir, ainsi que la sécrétion des hormones combattives, d'où une réduction des émotions ressenties et un relâchement des muscles.

Jonathan récupère son carnet, note la date et un court résumé de sa visite. – Récidive tendinite, poignet droit ; repos de 3 semaines non envisagé, baume et exercices d’étirements conseillés, acceptés par le patient ; à SURVEILLER. Vertiges, migraines en fin de journée, tension élevée ; revoir alimentation, pratiquer plus d’exercices (s’accorder du temps pour soi), méditation (visualisation ?). Nuque enraidie, mauvaise position de travail ; surélever légèrement le bureau ? Opter pour un nouvel oreiller, exercices d’étirements, possiblement massages ? Bon état thymique, sommeil régulier et reposant, alimentation RAS. Il n’est pas sûr que l’on parvienne à comprendre ce nouveau charabia, mais lui sait se traduire. Il repose sur le côté sa plume artificielle, faite de métal, renfermant une réserve d’encre dans une petite fiole qu’il lui suffit de remplir de temps en temps.

_ Pour la raideur de votre nuque, je conseille d’incliner légèrement votre plan de travail, ne serait-ce que pour surélever vos feuilles et soulager l’inclinaison de votre tête. Je vais vous conseiller des exercices très simples pour étirer toutes vos vertèbres, la position assise peut entraîner des maux de dos terribles. Comme tourner la tête à gauche, au maximum, à droite, puis faire un cercle de la tête. Une autre posture serait d’être allongé au sol, pliez vos jambes en équerre, orientez les vers la gauche, votre tête vers la droite et inversement… Vous allez probablement entendre vos vertèbres faire des claquettes mais ne vous inquiétez pas, c’est normal et sans danger. Votre physionomie peut vous permettre une certaine souplesse et je pense qu’il vous serait plaisant de la travailler. Il existe des étirements très agréables à faire, qui ne durent que 5 minutes le matin… Comme la chandelle, enfin, je l’appelle ainsi. Vous mettrez debout, levez les mains vers le ciel et les descendre lentement le long de votre corps jusqu’à toucher le sol, tout en expirant… En inspirant, redressez vous lentement et relevez les mains. Faîtes le au moins 3 fois. Rien que ça soulagera votre dos de certaines tensions.

Jonathan, comme à son habitude, parle bien trop. Peut-être pour couvrir la plainte affamée de son estomac, qu’il essaye d’étouffer en y apposant sa main. Alléché par la pâtisserie, il ressent une impatience comparable à de la gourmandise. A son âge, il est ridicule de réagir avec cette envie viscérale et il retient un soupir.

_ Enfin je vais cesser de vous ennuyer avec tout cela… Dîtes moi plutôt, comment se passe votre vie actuellement ? Avez-vous beaucoup de travail, plus que d’habitude j’entends ? N’est-il pas difficile pour un jeune homme de votre âge d’avoir déjà tant de responsabilités ? Je ne puis cacher que votre parcours fut impressionnant et qu’il pourrait donner espoir à nombre de mes petits patients… Vous êtes un homme déterminé et il est réconfortant pour moi de voir que vous avez réussi à atteindre l'un de vos objectifs, pas un des moindres !

Un sourire chaleureux éclaire le visage du médecin à cette allusion. Il a soigné tant d’enfants de mineurs. Dont certains qu’il a dû amputer. C’est comme un couperet, son sourire s’efface et ses yeux se baissent, un instant. Le souvenir est si atrocement présent. Planté dans sa tête comme un couteau enfoncé jusqu’à la garde. S’il était seul, il aurait instinctivement récupéré la gourde dans sa poche pour en boire une gorgée. Mais il ne va pas se laisser à boire devant le Ministre. Il garde un peu de dignité, malgré tout ce qu’il affiche.


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Dim 2 Déc - 10:59, édité 1 fois
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Sam 1 Déc - 15:19

Ha, allait-il se faire engueuler ? Cela aurait été mérité parce qu'il le voit déjà froncer les sourcils comme il a l'habitude de le faire quand il lui dit qu'il n'a pas soigné quelque chose et gentiment le gronder en lui faisant savoir qu'il ne devrait… Oh et bien non, contre toute attente le bon docteur, bien que cela ne soit en effet pas raisonnable décide quand même qu'une petite devrait pouvoir faire l'affaire. Un léger rire, que l'on entend si rarement sortir de la bouche du ministre résonne pourtant. En voilà un qui a tout aussi du mal avec le sucre n'est-ce pas ? Bien sur qu'il le savait déjà. Il ne lui a pas proposé à manger pour rien.

Il hocha ensuite la tête. Oui il devait surveiller sa tendinite pour que cela ne se chronicise pas. Cela serait bien embêtant autrement. Il lui demandait aussi ce qu'étaient ses techniques de visualisation. Il ne pouvait en effet pas tout connaître et Lüwen était bizarrement content de pouvoir lui apprendre quelque chose.

«  Ce n'est pas quelque chose de très compliqué, c'est juste une technique qui consiste à s'imaginer les événements comme on veut qu'ils se passent, mais aussi à s'entraîner mentalement, pour les prises de parole en public notamment. Je respire aussi tranquillement pendant, ça m'aide.  »

Après tout le ministre, lorsqu'il prend la parole, il doit être calme et assuré, rassurant il doit savoir ce qu'il dit, et le faire avec toute la clarté possible. Et pour cela il ne doit ni être sous tension ni stressé de cette prise de parole.

Il écoutait les derniers exercices que lui proposaient le docteur et fini simplement par prendre un petit cahier et pris des notes, de ce qu'il lui avait déjà dis précédemment et maintenant pour ne rien oublier. Heureusement il avait toujours des feuilles à portée. Et voilà. Il sentait la consultation aller sur sa fin. Il avait l'air enthousiasmé par le parcours de Lüwen.

«  J'espère pouvoir donner de l'espoir à ceux qui sont encore aux mines. Et, j'ai beaucoup de travail oui, mais ma vie se passe bien. On apprend à vivre avec les responsabilités mais aussi à lâcher prise. Je savais comment cela allait se passer.  »

Hm. Son  médecin n'avait pas l'air bien d'un coup. Une pâtisserie pour le remettre de bonne humeur ? Le ministre se leva et au passage lui posa simplement sa main sur l'épaule, une sorte de petit geste rassurant avant d'aller au frigo, de découper une petite part de crumble aux pommes pour chacun et de revenir avec une cuillère et les deux petites assiettes.

«  Tenez.  » Il se rassied sur son siège et ajouta. «  Et vous docteur ? Comment cela se passe pour vous ?  »
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Dim 2 Déc - 11:01









Le rire du ministre lui arrache un petit sourire gêné. Rares sont ceux qui ignorent les faiblesses du docteur, bien que Jonathan veille à ce que son alcoolisme reste discret. Un alcoolique est une personne habituée à boire quotidiennement de l’alcool et on se fourvoie bien souvent de l’image d’un ivrogne incapable de tenir debout… Jonathan ne boit jamais outre mesure, mais a besoin de ses quelques gorgées quotidiennes sous peine d’en ressentir le manque. Il dilue parfois avec de l’eau, en un mélange écœurant, même pour lui, mais qui suffit à lui apporter la dose dont il a besoin. Manger ? S’il avait le temps, il prendrait de véritables repas mais ses journées sont constituées de casse-croûtes rapidement avalés, entre deux consultations. Le soir, la faim et la fatigue l’invitent à se repaître de plats copieux qui expliquent amplement son léger embonpoint.

Heureusement, le ministre l’aide à sortir de ses pensées en lui expliquant les techniques de visualisation. Il prend note, à son tour. Une technique plutôt utile, à développer. Elle repose grandement sur de l’imagerie mentale… Il travaille actuellement auprès d’enfants pour leur faire travailler cette capacité à imaginer, par exemple, leurs leçons pour améliorer leurs performances de rappel. Plus la mémoire empiète sur des sens, plus il est aisé de se souvenir d’un évènement… On a tendance à privilégier d’ailleurs l’apprentissage via plusieurs modalités, comme l’écriture et la lecture à voix haute d’un cours à retenir.

_ Qui vous a enseigné cette technique ? L’avez-vous créée par vous-même ? Je n’en avais encore jamais entendu parler et elle pourrait être utile à de nombreuses personnes. La capacité de création de nos pensées, qu’on appelle habituellement l’imagination, est une force incroyable de notre cerveau pour réussir à nous permettre d’interpréter la réalité comme nous espérions la voir. Ou comme nos pensées peuvent nous pousser à la considérer, comme avec certains anxieux qui croient que le monde est ligué contre eux. Ce type de raisonnement peut aller très loin, notamment un jeune noble qui s’était persuadé que plusieurs membres de sa famille avaient décidé de s’unir contre lui et il leur attribuait chaque malheur de son existence, allant considérer son rhume comme une tentative d’empoisonnement. Il fut difficile de le convaincre que je n’étais pas moi-même un danger pour lui.

S’il a le nom d’un Erudit à lui conseiller, Jonathan aimerait le contacter. Il apprécie échanger avec ses collègues, bien que d’habitude, ces derniers aient tendance à ne plus l’écouter quand il partait dans ses monologues interminables… Ou alors, c’était lui qui prenait ses jambes à son cou. Il a une pensée pour Neil, un médecin, tout comme lui, mais dont le sourire a toujours suffi à lui donner la chair de poule. Le sourire ? Non, il n’y a pas que ça, mais à titre déontologique, Jonathan rechigne à faire une liste de tout ce qui suscite son angoisse chez l’homme. Disons  qu’il ne serait pas surpris de s’éveiller, un jour, attaché à sa table d’examen pour permettre de répondre à Neil à une question dont l’intérêt ne vaut pas toujours le sacrifice d’une vie à ses yeux.

_ Dernièrement, quelles sont les décisions importantes que vous avez eues à prendre ? Je dois admettre que j’ai pu faire preuve d’un certain détachement de notre fonctionnement politique depuis quelques mois, peut-être pourriez-vous me remettre à niveau ? Il m’est impossible de me tenir à jour dans de nombreux domaines, mon métier m’impose de ne pas quitter les progrès en médecin ni ceux des chercheurs… Notamment l’avancée de certaines sciences, comme la possible mise en place de traitements par légères secousses… Enfin passons, ce qui fait que le monde autour avance et que je ne réalise parfois que trop tard que je l’ai laissé me devancer.

Si le ministre est très occupé, lui, en tant que simple médecin, passe son temps dehors, à aller aux domiciles de ses malades ou à aller s’acheter tout le nécessaire pour créer des médicaments. Combien d’heures peut-il passer dans son laboratoire, à rassembler des molécules, écraser et piller quelques plantes aux vertus médicinales avérées, quand il n’observe pas, penché sur son microscope, les derniers prélèvements qu’il a pu faire. Il ne s’est pas accordé une seule journée de repos depuis qu’il a commencé son travail. Ses moments de pause sont les marches qu’il s’offre pour aller d’un bout à l’autre de la ville ou encore, comme ce soir où il laisse durer une consultation pour discuter, de tout et de rien. Néanmoins, ces échanges sont importants pour le médecin : ils lui permettent de mieux connaître son interlocuteur et sa vie. Lüwen semble en bonne santé, tant mentale que physique malgré quelques petits éléments, mais peut-être quelque chose lui a échappé ? Par soucis de bien faire, Jonathan reste toujours alerte à tout ce que l’homme pourrait consciemment ou non lui révéler.

La main sur son épaule est comme un électrochoc. Un sursaut, presque craintif, échappe au médecin qui lève ses yeux topaze vers l’homme, ses mèches rousses dévoilant son visage surpris, avant qu’il ne préfère offrir un petit sourire. Il se veut rassurant. Il n’est guère habitué à la chaleur humaine, peut-être car après des années de solitude à seulement côtoyer les chevets des malades, il ne pense pas qu’on puisse ressentir… un peu d’affection. Depuis des années, il a l’impression de n’être qu’un oiseau de malheur, un corbeau qui, malgré lui, annonce la souffrance ou pis, le décès. Sans réels amis, sans compagnes ou compagnons, l’esprit de Jonathan s’est lancé dans une boucle sempiternelle faite de culpabilité, de dégoût et de rejet pour sa propre personne, quoi qu’il puisse en montrer. Il ne pardonne aucune de ses erreurs, car elles ont toujours eu de graves conséquences. Et l’impuissance fait partie de ces fautes qu’il se sent incapable de s’excuser. Parce qu’il devrait toujours y avoir une solution, à tous les problèmes, car c’est son combat. Le geste du ministre se veut réconfortant, et il s’inquiète d’avoir attiré son attention. A-t-il trahi sa fatigue, son anxiété ? Ce n’est pas au patient de porter son fardeau, alors il se redresse, il veut paraître fort, en bonne santé. Que Lüwen n’ait pas à s’occuper de lui. Ce n’est pas son travail et il en a bien assez à faire, tous les jours.

Le crumble apparaît devant lui et il se retient de se jeter avidement dessus. Il n’a rien avalé depuis quelques heures et son estomac hurle famine… Il prend l’assiette, la cuillère, entend la réponse du médecin, mais il craque. La cuillère fend le croustillant du crumble, plonge dans les pommes légèrement caramélisées, dont la couleur dorée suffit à ravir les papilles. Il porte la cuillère entre ses lèvres et savoure avec délice la pâte sèche, qui fond sur sa langue, libérant un arôme beurré caramélisé qui le fait soupirer de plaisir. La compote renferme encore quelques morceaux de véritables pommes, caramélisées, à peine sucrées, dont il prend le temps de détailler chaque arôme. Une pincée de cannelle, peut-être une pointe de muscade, des pommes bien mûres et longuement cuites dans leur jus… peut-être un peu de citron ? Juste assez, de quoi relever la pétillante acidité, équilibrée par une pincée de sucre roux. La première bouchée avalée, il a pris le temps de réfléchir à la réponse à lui donner.

_ Tout se passe assez bien. J’ai de nombreux patients vivant dans les quartiers les plus pauvres, avec l’humidité de l’air, les miasmes se développent à une vitesse folle. Ils contaminent l’eau et je pense, malheureusement, que ce n’est qu’une question de temps avant que le Haut de la Société ne soit aussi touché. Ce n’est pas une grave épidémie, tout du moins, la maladie n’est pas mortelle et les métabolismes les plus endurants ne vont ressentir qu’une faiblesse passagère. Cependant, pour les plus fragiles, il faut agir assez rapidement. On note l’habituelle inflammation de la gorge, mais qui peut descendre aux bronches si l’on ne s’en occupe pas, le nez est aussi touché avec d’importants fluides sécrétés, les yeux qui larmoient, la fièvre, des douleurs au ventre…  Enfin, cette maladie accompagne bien souvent cette saison. Disons que je vois beaucoup de monde en peu de temps et que je prescris souvent la même médicamentation. Si vous vous intéressez à mes travaux, actuellement, j’ai en charge deux patients qualifiés d’hystériques, une femme et un homme. Pour l’instant, ils sont sous surveillance dans mes quartiers mais leurs symptômes se sont déjà grandement réduits une fois hors de leur milieu habituel…

Ses « quartiers » renferment quelques chambres où il recueille des malades « mentaux » pour travailler sur leurs troubles, leur origine et tâcher de trouver une solution à leur problématique. Un asile improvisé, dans ce monde où il est encore difficile de croire que l’esprit peut-être malade alors que le corps est bien portant. La réponse de Jonathan, certes informative, reste purement professionnelle. Encore une fois, on retrouve son incapacité à croire que l’on puisse réellement s’intéresser à lui en tant que personne et non pas seulement en tant que médecin. Pour autant, le rouquin est ravi de répondre à sa question. Et plus encore à l’idée que l’on daigne écouter sa réponse. On a tendance à vite se lasser face à son ton empressé, où les informations se succèdent à toute vitesse, pour ne pas perdre l’intérêt de son interlocuteur, pour réussir à partager avec lui un peu de temps avant que l’ennui ne le gagne et que son regard ne devienne vide de toute curiosité…


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Lun 3 Déc - 11:16, édité 1 fois
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Dim 2 Déc - 21:16

Le médecin avait l'air très intrigué par la technique dite de visualisation dont il parlait. En effet, si celle-ci pouvait être utile alors il ne voyait aucun inconvénient à la partager. De toute façon il ne pourrait pas se dire l'inventeur, il n'était certainement pas le seul ni le premier à user de cette technique, consciemment ou non. A vrai dire il était persuadé que plusieurs personnes l'emploient mais qu'elles ne s'en rendent pas forcément compte. Le médecin lui conta même une histoire, aussi banale qu'originale par le fait que la cause de la persécution n'était pas la noblesse mais le profond caractère de la personne.

«  Je pense qu'il y a la bonne et la mauvaise persuasion. Il est vrai que si l'on se persuade que nous sommes nuls, l'on ne va certainement pas avoir de l'ambition ou vouloir s'en sortir. Je pense que c'est de là que je la tiens, depuis que je suis petit, aux mines, j'ai croisé des personnes comme ça, alors, j'ai fini par la retourner. Cela est devenu un exercice que je pratique au quotidien pour être serein et sûr de moi. Après tout pour convaincre les gens de quelque chose il faut en être convaincu soi-même.  »

Du moins en partie. Il n'était pas du tout convaincu de l'utilité de donner l'enquête à la milice, et pourtant il l'avait expliqué. Cela dit il n'avait jamais dis avoir été d'accord avec la décision qui avait été prise et certains enquêteurs ne l'avaient pas compris de cette oreille.

Le médecin profita d'une discussion plus excentrée pour lui demander des renseignements sur ce qu'il se passait en ce moment, notamment dans les décisions politiques. En effet, le médecin devait se tenir à jour comme lui devait le faire, mais dans un champ différent.

«  Il n'y a pas eu grand-chose excepté gérer les rumeurs qui circulent.  »

Bien que rien n'était officiel, il y avait forcément des rumeurs sur les corps, encore plus en tant que médecin. Et puis les Autorités parlaient aussi.

«  La politique est plutôt lente et cloîtrée dans ses traditions, vous n'avez pas loupé grand-chose et surtout pas une révolution.  »

Alors qu'il avait accepté de prendre une petite pâtisserie à ses côtés, Lüwen l'avait senti triste alors il s'était permis de poser sa main sur son épaule. Il le faisait rarement mais il restait une personne sensible à la détresse d'autrui, quoi qu'on en dise. Le médecin en semblait surpris et sursauta un instant, il ne pouvait lui en vouloir, l'on avait pas l'habitude de le côtoyer ainsi. Il déposa par la suite le petit crumble et Jonathan semblait apprécier.

Il répondait ensuite à ses interrogations et lui mentionnait son inquiétude pour les plus pauvres, notamment pour les épidémies. Lüwen fronça les sourcils. Pourquoi n'y avait-il pas un ministre qui s'occuperait de diriger les affaires de santé ? Parce que les riches avaient leurs médecins personnels et l'on s'en fichait des pauvres. Il savait aussi que le médecin devant lui ne reculait devant rien pour soigner les gens qu'il ne faisait pas vraiment attention à l'argent qu'on lui versait ou non. Ce n'était pas les miniers qui allaient pouvoir payer les remèdes.

«  Je m'en doute bien.  » Il soupira. «  Je prépare actuellement quelque chose pour essayer à minima d'endiguer cela, bien que je ne puisse vous en parler, sachez que je vous ai entendu. Ha et, au fait, je parlais surtout de vous. Votre personne, comment allez-vous ?  »
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Lun 3 Déc - 11:17









_ Des rumeurs ? Pouvez-vous m’en dire plus ?

Jonathan paraît peut-être naïf. Mais il est préférable de se faire passer pour stupide que prétendre savoir et manquer une information. L’esprit du médecin apprécie disposer de connaissances variées, vérifiées ou qui demandent à l’être. Tout est soigneusement rangé : savoirs avérés, appuyés par des faits ou des travaux scientifiques, questions en suspens, informations banales… Son esprit est habitué à un fonctionnement très pragmatique, analysant soigneusement les informations qui lui parviennent jusqu’à en faire un tri, ne conservant que les plus pertinentes et n’appuyant son fonctionnement que sur ces éléments qui lui paraissent justes. Il lui est déjà arrivé de se tromper, plus d’une fois, et de devoir reprendre à zéro certains de ses travaux. Recommencer ne l’effraie pas, il vaut mieux qu’il réalise une erreur avant qu’elle ne mette en danger la vie de quelqu’un.

_ Qu’essayez-vous de préparer ? Vous savez, il serait peut-être préférable de m’en toucher mot, si mon expérience du terrain peut vous éclairer d’une quelconque façon.

Intéressé, Jonathan a redressé la tête. Entre ses mèches rousses, défaites et emmêlées, une lueur d’espoir naît prudemment au creux de ses yeux topaze. Dans son regard délavé, inquiétant par sa fixité, c’est même une prudente étincelle de joie qui s’enflamme, attisée par la lueur d’espoir. Est-ce que le ministre va mettre en place des solutions pour, ne serait-ce, qu’aider à la purification de l’eau donnée aux plus pauvres ? Va-t-il mettre en place des mesures d’hygiène ou bien ouvrir quelques fonds pour aider à la création de postes, ne serait-ce que momentanés, de médecins dans les quartiers pauvres, non plus financés par les malades mais par le gouvernement ? Voilà que l’esprit humaniste et utopiste de Jonathan s’invente mille mesures que le ministre pourrait mettre en place pour soulager les plus pauvres d’entre eux. Malheureusement, c’est avec ce genre de raisonnement que Jonathan a commencé à descendre les marches de la déception, jusqu’à s’enfoncer de plus en plus profondément dans une déprime d’où il lui est difficile de sortir. Ses yeux ne lâchent plus Lüwen, ils espèrent lui arracher une vérité, un appui de sa part, quelque chose de plus concret que quelques mots que l’on glisse par politesse… Son semblant de naïveté dissimule en réalité son incapacité à croire en la politique, sa confiance ne s’obtient que par les actes et il a besoin de voir pour le croire, de savoir pour Le croire.

Le sujet revient vers lui, un sujet qui l’intéresse bien moins. Il reprend une cuillère de son dessert. Qu’est ce qu’il voudrait savoir ? S’il est en bonne santé ? Cette réflexion finit par lui faire hausser les épaules et un sourire éclaire tendrement son visage.

_ Merci de vous inquiéter pour moi. Mais ne vous en faîtes pas, tout va pour le mieux pour moi. Je suis seulement quelque peu fatigué de courir partout, mais cela passera avec un peu de repos. Psychologiquement, je vais plutôt bien, même si je dois admettre que le temps actuel n’aide pas tellement à une amélioration de mon humeur. Heureusement, la saison des pluies prendra bientôt fin, j’en suis sûr.


Il a fait d’énormes efforts pour développer sa réponse. Quand il s’agit de lui, Jonathan ne trouve rien de pertinent à répondre. Doit-il lui parler de ce soir où il s’est rendu dans un bar après la perte tragique d’une patiente ? D’avoir bu, tant et si bien, qu’il s’est réveillé le lendemain, abandonné dans une rue, sans argent dans la poche ? De ses énormes difficultés financières actuelles, qu’il espère combler, notamment par cette visite médicale ? Oh, s’il savait qu’il l’avait contacté pour avoir le peu d’argent qui lui manque pour au moins payer son loyer. Il n’a pas mangé depuis quelques jours, car il n’a pas les moyens de se payer un repas réellement conséquent, il « emprunte » dans les cuisines, la nuit, ce qu’il lui faut pour subsister. Il s’est ruiné pour ces médicaments, qu’il a donnés sans rien demander. Sauf qu’actuellement, sa générosité le met dans une position délicate. Est-ce qu’il devrait lui confier son sentiment de solitude, si pesant qu’il n’arrive pas même à le formuler, ce poids énorme qui gonfle dans sa cage thoracique, qui gêne sa respiration ? Ce poids qu’il ressent le soir, seul dans sa chambre, entouré de silence, au point où il s’en enfuit de plus en plus souvent, pour ne plus sentir les murs se resserrer autour de lui ? Pour ne plus se retrouver avec sa seule compagnie ?

Ses yeux se baissent et il soupire. Sa main cherche, dans la poche de son manteau, la gourde d’aluminium qu’il dévisse, pour en boire une rapide gorgée. L’alcool bon marché inonde sa bouche, ravit ses papilles, mais il s’empresse de le ranger, de reprendre une cuillère de son crumble. Il est fatigué, ce soir et l’idée de marcher jusqu’à sa demeure glacée ne lui donne pas tellement envie de se dépêcher. Il a aussi dû couper le chauffage, pour économiser. Préoccupé, son visage s’est de nouveau fermé, révélant sans le vouloir sa fatigue et ses inquiétudes.

_ Je pense que je suis simplement fatigué.

Il l’a répété, dans un murmure, comme pour lui-même. Par habitude de se parler, pour combler un peu le vide, l’absence, le silence.  


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Mar 4 Déc - 10:27, édité 1 fois
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Lun 3 Déc - 18:42

Venait-il de dire une bêtise et d'informer le docteur sur quelque chose dont il n'était pas au courant ? Merde ? Peut être pas. Après tout si la rumeur pouvait ne pas s'amoindrir pour que personne n'oublie ce qui était en train de se passer ce serait une bonne chose… Il pourrait peut-être profiter en partie de cela bien qu'il se doute que le docteur n'allait pas en parler à tout le monde.

« Ce qui court sur les meurtres. Je ne peux pas vraiment vous révéler quoi que soit de plus bien que je vous fasse confiance c'est mieux pour vous.  »

Et c'était clairement sincère. Lüwen n'avait pas envie qu'il lui en veuille de cacher des informations mais il avait du travail à faire. Travail qui sous entendait ne pas dévoiler ce genre de chose et il ne voulait pas mettre le bon docteur dans une situation tendue. Comme il s'y attendait il lui demandait ce qu'il comptait faire. À vrai dire s'il le disait au docteur c'était bien parce qu'il savait qu'il était du côté des habitants. Autrement il ne l'aurait dis à personne.

«  Si je fais quelque chose cela ne pourra pas forcément être officiel. Néanmoins les médecins seront les premiers positivement touchés, parce que la santé des personnes qui sont en bas n'est pas quelque chose qu'ils peuvent perdre. Mon action dépendra de ce que j'arrive à faire. Vous vous en doutez, même si je le veux, je ne peux ouvrir ou débloquer des fonds pour des soins, des médecins, ou pour améliorer les conditions de vie. Du moins de façon officielle. Alors je ferai en sorte que cela arrive autrement et que la noblesse ne puisse le contrôler ou l'arrêter. Je pensais notamment à engager moi même plus de médecins et à améliorer les conditions de sécurité. Ces personnes, excepté vous ne pourront savoir que cela vient de moi, sinon, soyez certain que je serai congédié. Et on ne sait pas qui me remplacera.  »

Au final il avait parlé un peu pour pouvoir lui donner des éléments de réponses. Sans en dire trop. De toute façon sa stratégie était loin d'être prête et il lui faudrait même quelques donateurs... Cela allait être compliqué pour les trouver. D'autant qu'il fallait faire confiance et ça…. C'était compliqué dans les hautes sphères. Ha, comploter pour aider des gens. N'était-ce pas là une société misérable ?

Le plus important pour le moment aux yeux de Luwen était la santé du médecin, autant mentale que physique. Il était certain qu'il payait les médicaments. Pouvait-il se le permettre ? Non certainement pas vu son état.

«  Dans ce cas je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Vous avez besoin de repos. N'en faites pas trop et profiter de votre soirée. En espérant que vous n'avez pas encore de patient à voir ? Je suis d'ailleurs désolé de vous avoir dérangé si tard.  »

Bien évidemment, le ministre le payerait en conséquence. C'était déjà prévu de toute façon. Qu'il utilise cet argent pour lui ou pour les habitants. Le ministre se leva donc. Il cherchait dans son bureau où se trouvait une enveloppe avec de l'argent. Il y avait la dedans bien plus du quadruple qu'une consultation de nuit.

«  J'en profite d'ailleurs vous vous dire que si vous avez besoin d'un bienfaiteur inconnu pour quelqu'un en situation de réel danger médical, n'hésitez pas à faire appel à moi. Contactez moi directement. Au cabinet ou ici.  »

Luwen ne pouvait pas aider tout le monde c'était utopiste de penser cela. Néanmoins, avec la fortune amassée avec les années, son travail actuel... Il pouvait aider quelques personnes qui avaient besoin de personne dites " trop qualifiées pour eux. ".

Il ne chassait d'ailleurs pas le médecin et faisait en sorte qu'il se sente à l'aise. Parler argent c'était pas forcément un sujet facile. Voilà pourquoi l'enveloppe était fermée. L'on sentait de toute façon qu'il y avait plus. Et puis il espérait qu'il avait au moins confiance en lui.

MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Mar 4 Déc - 10:29









Jonathan reste surpris de la volonté de protection du Ministre… Intérieurement, le médecin se retrouve confronté à un terrible dilemme interne. Sa curiosité, avide, a sorti ses griffes, prête à bondir sur cette piste d’informations pour ne pas la laisser filer… Avec de l’insistance, il pourrait bien finir par arracher de quoi la satisfaire, ne serait-ce qu’un fragment de vérité. Mais sa conscience emporte le combat : si Lüwen le garde dans le secret, il l’a dit, c’eut été pour sa propre sécurité. Si seulement d’autres personnes partageaient sa prudence, peut-être que Jonathan ne serait pas devenu ce qu’il est à présent. Un homme rongé par les secrets des autres, par le fardeau d’une réalité qu’il ne peut pas toujours partager mais qu’il est difficile de porter sur ses seules épaules. Il ne compte pas le nombre de tentatives d’assassinats qu’il a fait échouer, simplement en soignant la personne concernée. Il essaye de ne pas y penser, mais l’idée de s’être fait bien inconsciemment des ennemis commence à germer dans son esprit. Comme quoi, même en faisant simplement son travail, on peut se retrouver plonger dans de graves ennuis.

Il décide de respecter son silence, pour cette fois. De toute façon, le sujet devient rapidement bien plus intéressant alors que le ministre commence à expliciter sa pensée. Des aides ? Oui… Il parle d’embaucher plus de médecins. Enfin. Un véritable soulagement déride le médecin. Ses prunelles topaze semblent allégées d’un véritable poids, comme ses épaules. Les rides d’inquiétude barrant son front lâchent prise et il s’appuie un peu plus contre le dossier de sa chaise. Le ministre est un homme intelligent et prévoyant. Il se sent curieusement rassuré de savoir que la sécurité dépend d’un homme à l’écoute d’un simple médecin « des rues », et qu’il veille à sa manière au bien-être des habitants. Un sourire amusé éclaire même son visage et il hoche la tête.

_ Croyez moi, je ne divulguerai aucune information. Merci, Lüwen, pour tout ce que vous êtes prêt à faire. Il est toujours rassurant et satisfaisant de voir une âme au pouvoir agir pour le bien de tous et pas seulement pour son intérêt personnel. Je comprends tout à fait votre prudence et si je puis vous aider d’une quelconque manière, n’hésitez pas à faire appel à mes maigres connaissances. J’aurais bien quelques noms de médecins à vous conseiller, des hommes compétents qui n’agissent qu’avec la promesse d’une paye, je dois l’admettre, mais qui restent de très bons médecins. Si je puis me permettre de vous le dire, gardez… votre cœur à l’écoute du peuple comme vous le faîtes. Le pouvoir monte à la tête et barricade le cœur des puissants, plus encore car il semble issu du mérite. Malheureusement, je peine à croire que les efforts de certains valent mieux que ceux d’autres. Ouh, Jonathan, ne dis pas de telles choses ou on va te prendre pour un rebelle !

Il se rattrape immédiatement, s’empêche de continuer dans un rire amusé, avant de reprendre dans un sourire chaleureux en haussant les épaules.

_ Je suis heureux de voir que votre âme ne s’est pas fermée au monde d’en bas.


Il fallait qu’il surveille ses paroles. Il ne pense pas que Lüwen pourrait le soupçonner de quoi que ce soit, pacifiste comme il est, Jonathan reste un homme comptant sur la diplomatie et l’échange plutôt que la violence. Néanmoins, son fonctionnement utopiste pourrait le faire devenir cible de méfiances, comme les membres de la Milice qu’il évite comme la peste, par crainte qu’on ne l’accuse d’actes auxquels il n’aurait pas même pensés.  

_ Si vous avez besoin de financement, je pourrais réfléchir pour voir s’il m’est possible de vous faire une donation. Je ne suis pas totalement coupé du monde, j’imagine bien que pour débloquer des fonds, ce sera compliqué. Si vous le souhaitez, je pourrais peut-être essayer de défendre vos idées, notamment d’un point de vue médical. Je m’habillerai bien pour l’occasion.

Il l’a glissé avec malice, dans un sourire, en le suivant du regard.

_ Ne vous excusez pas, je ne sais que trop bien que vos journées sont longues. Je n’ai pas d’autres patients après vous, mais il me reste du travail à faire, notamment préparer les traitements de certains et terminer un sujet d’études… Mais je suis heureux de vous voir. Et je dois admettre que le crumble est délicieux !

La suite des mots du ministre le laisse béat. Touché, il baisse humblement les yeux, jusqu’à voir l’enveloppe qu’il lui offre. Il hésite mais s’en saisit, d’un geste gêné. Il n’apprécie pas tellement se faire payer. A ses yeux, cela n’est qu’une preuve d’un intérêt égoïste, d’une passion justifiée par l’argent et la rémunération. Il lui est difficile d’admettre que malheureusement, l’argent est nécessaire pour vivre et qu’il en a nécessité, comme tout un chacun. Malgré lui, il ouvre l’enveloppe pour vérifier la somme, étonné par le poids qu’elle pèse. Il recompte la petite liasse, avant de cligner des yeux avec surprise. Ses yeux topaze se relèvent pour fixer le ministre, stupéfait.

_ … Merci, monsieur le Ministre. Merci pour votre bonté. Je n’y manquerai pas et qui sait, peut-être pourrais-je sauver des vies grâce à vous ? Ce qui est le plus coûteux, ce sont certaines opérations très délicates, notamment pour les mineurs… Ils n’ont souvent pas l’argent pour me rejoindre à l’Université dans une pièce désinfectée et encore moins pour payer l’entièreté des soins… Je… Mais nous en rediscuterons si cette occasion se présente.

Jonathan est naïf. Un peu trop d’ailleurs. Car après avoir recompté une fois de plus l’argent, il tend prudemment l’enveloppe.

_ Monsieur le ministre, je crois que vous avez commis une erreur de compte je… Une telle séance, aussi tardive soit-elle, ne coûte pas aussi chère…


Car oui, il pensait à le taxer, mais pas à ce point… La quantité lui paraît énorme et il se sent coupable de l’accepter, comme si l’on investissait le même argent pour une pépite d’or alors qu’il s’agit d’une simple boule de cuivre. Quoi que, le cuivre a des vertus déjà plus utiles que l’or, quand on y réfléchit mais là n’est pas la question…


Dernière édition par Jonathan R. Grüber le Jeu 6 Déc - 10:56, édité 1 fois
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Mar 4 Déc - 20:31

Luwen était content de savoir qu'il pouvait faire confiance au docteur même s'il en doutait déjà. Faire confiance à quelqu'un était bien difficile, surtout pour lui qui avait certainement plein d'ennemis partout, de personnes qui voulaient sa place, voulaient le dénigrer et le faire virer ou encore qui voulaient profiter de son statut. Il pensait bien que le docteur n'était pas une de ces personnes. Bien évidemment il y avait la question de l'argent entre les deux mais... Il n'en avait cure.

«  Vous pouvez vous permettre de me dire ce que vous pensez ne vous en faites pas. Je ferai de mon mieux pour tenir les dire que je tiens devant vous. Je ne veux pas qu'ils restent sous forme de projet inachevé.

Bien sur qu'il pensait aux gens du bas. Pas seulement parce qu'il en venait, cela n'avait que peu de sens, mais juste parce qu'il souhaitait que les gens puissent être à peu près égaux et surtout avec une vie décente. C'était ça le plus important. Personne ne pourra être égaux en moyen mais au moins que tout le monde puisse accéder à un toit décent, à de la nourriture, de l'hygiène et quelques loisirs.

«  Ne vous en faites pas concernant le financement. Ne vous occupez pas de cela. C'est mon travail de discuter avec la noblesse. Je ne vais pas vous prendre votre argent. Mais votre contribution pourra être autre.  »

Il était hors de question de demander du financement à ceux qui peinaient à avoir de l'argent. Cela serait injuste. Après ils pouvaient aider autrement, il en était certain. L'aide n'allait pas qu'être financière.

La proposition d'aide semblait le toucher directement et Lüwen en fut content. Cet homme s'inquiétait pour ses patients, il le savait depuis toujours. Il nota qu'il l'avait appelé par son titre cette fois ci et qu'il réitéra l'appellation en lui tendant l'enveloppe. Il y avait trop hein ? Il se doutait qu'il allait être gêné...

«  C'est Lüwen, docteur. Et non, gardez-le. Prenez ce dont vous avez besoin et pour le reste, vous n'aurez qu'à l'utiliser pour pouvoir payer les soins de ceux qui ne peuvent pas. Considérez ceci comme une première contribution, s'il vous plaît.  »

Quand on s'éloignait un peu du rôle de ministre, Lüwen avait être humble, vraiment poli et plus hypocrite. Il s'en sentait presque étrange. Demain matin des l'aube il recouvrirait vite son masque.

MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Jeu 6 Déc - 10:58









Il est vrai qu’une contribution autre que financière va probablement correspondre davantage au profil de Jonathan. Disons que ses rentrées d’argent auraient pu être bien plus conséquentes mais à sa générosité s’ajoute des troubles attentionnels évidents : combien de fois est-il parti sans même penser à demander une rétribution ? Son plaisir n’est pas dans l’argent. Il n’en a jamais réellement manqué enfant et une fois adulte, il a pris conscience que ce n’était pas l’argent qui expliquait son bonheur. L’Erudit a l’incroyable chance de se satisfaire de choses que l’on ne peut pas acheter ; il n’aime pas le voyage, préfère compter sur ses jambes pour s’évader dans la ville, son seul plaisir coupable est peut-être la nourriture ou l’alcool… Il a un faible, d’ailleurs, pour tout ce qui coûte le moins cher, la gnôle que personne ne veut boire, la bière de piètre qualité, les pommes de terre, le fromage, les salades de fruits… Au final, ses goûts sont bien différents de ceux qu’il avait autrefois. Peut-être car tout au long de son enfance et de son adolescence, ses parents ont veillé à ce qu’il ne se nourrisse que de plats de « qualité » mais qui le laissaient toujours insatisfait. Il conservera à jamais le souvenir de son premier ragoût fait de pommes de terre et de tranches de lard qu’il avait englouti dans une auberge miteuse à proximité des Mines. Il s’était régalé ce jour là.

_ Je suis heureux de vous voir agir, Lüwen. On a tendance parfois à croire que les Personnes de la Noblesse rechignent à l’action une fois qu’elles disposent d’une certaine aisance, sur tous les points de vue, par peur de troubler l’ordre et de perdre leur rôle. A votre place, je pense que je ne serais pas capable d’endurer la pression !

Il faut dire que Jonathan est un homme très sensible, déjà stressé rien qu’à l’idée de s’adresser à un patient qu’il connaît pourtant très bien. Il l’a rencontré bien avant son ascension et pour autant, son nouveau rang impose naturellement le respect. Jonathan laisse la bouteille de produit de désinfectant près des lentilles du ministre. Il l’a plus ou moins volontairement oubliée, un cadeau bien maigre face à l’enveloppe… Et voilà que Lüwen insiste pour qu’il s’en saisisse. Jonathan soupire, mais referme docilement ses doigts pour récupérer la petite fortune qu’il range soigneusement dans la poche profonde de sa longue veste.

_ Merci beaucoup. A dire vrai, je sais déjà à quoi va servir cet argent. Je dois voir demain une petite famille, une femme seule avec 3 enfants, je dois vacciner les plus jeunes. Le mari… N’est plus de ce monde, emporté par le dernier éboulement qui a eu lieu dans les mines. Une histoire tragique. J’aimerai avoir les pouvoirs ou la capacité de récompenser votre générosité correctement, pas simplement avec quelques mots comme je me retrouve à le faire.

Un soupir s’arrache des lèvres du médecin, qui finit par se relever et incliner légèrement le haut de son torse. Il observe une dernière fois la beauté du salon dans lequel ils se trouvent, vérifie qu’il a récupéré toutes ses affaires. Sa main tâtonne ses poches, il reprend une longue écharpe d’un bleu intense qu’il entoure autour de son cou, remet correctement ses mitaines pour frotter ses mains l’une contre l’autre.

_ Je ne vais pas vous déranger davantage… Prenez soin de vous, Lüwen. A bientôt, je l’espère. Peut-être pourrons-nous nous revoir pour discuter… de la contribution que je pourrais vous apporter. Je connais même un jeune ingénieur avec qui je pourrais voir un système pour… purifier l’eau de la ville, bien que ce ne soit encore qu’une ébauche d’idées, pas même représentée sur papier…

Lui aussi a quelques projets et il les confie dans un sourire malicieux. Les grands esprits se rencontrent et s’inspirent… Il est agréable de faire affaire à un homme intelligent, qui l’écoute et l’entend. Bien qu’avec sa question, il se soit senti comme contraint de s’écarter. Pudique, gêné de parler de lui, ou peut-être car il a simplement pris conscience de son épuisement…
MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    Jeu 6 Déc - 13:19

Notre ministre ne voulait pas passer pour un politique inutile. C’était parfois ce qu’il voyait dans ses collègues, des gens qui n’étaient là que pour les nobles et rien d’autres, des personnes qui avaient juste envie de s’enrichir encore plus, sur le dos des miniers qui travaille si durement… Ha il ne préférait même pas penser à cela et préférait se concentrer sur le plus important : la discussion actuelle. Il était vrai qu’il se mettait en danger ainsi mais il faisait aussi de son mieux pour éviter le dit danger, pour conserver sa place mais parce qu’il ne savait pas qui deviendrait ministre à sa suite s’il venait à échouer.

«  Ne vous en faites pas pour ça.  »

Il ne voulait pas que le médecin vienne à s’inquiéter pour lui.

Lüwen savait être têtu, bien évidemment son métier le lui avait appris mais il l’était aussi de nature, sinon il ne se serait sans doute jamais retrouvé aussi haut dans la hiérarchie. Et là il voulait que le médecin accepte ce qu’il voulait bien lui donner. Ses paroles fonctionnèrent et il avait l’air de garder, tout en lui expliquant pour quoi il allait utiliser le surplus d’argent.

«  Dans ce cas utilisez le à cet escient, faites ce que vous trouvez juste avec. Vos mots me suffisent.  »

Aussi bête que ce soit, c’était plutôt rare qu’on le remercie, de façon aussi chaleureuse, cordiale mais surtout sincère… Justement parce qu’il était celui qu’il faisait semblait d’être. Alors un remerciement de ce genre, il le prenait volontiers en échange.

A présent le médecin rangeait ses affaires, la discussion et la consultation était terminée et il n’allait pas lui non plus, le faire rester plus longtemps que nécessaire.

«  Oui, nous nous retrouverons bien certainement.  » Et peut-être même plus rapidement que prévu ? «  Je vais vous raccompagner.  »

Lüwen attendait qu’il soit prêt pour le raccompagner à la porte.

«  Passez une bonnes soirée.  »
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MessageSujet: Re: La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.    

 
La vraie noblesse est celle du cœur et de l'esprit.
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