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 On meurt tous de stupeur et de bonheur tragique au cœur de nos centrales de rêves analgésiques.

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MessageSujet: On meurt tous de stupeur et de bonheur tragique au cœur de nos centrales de rêves analgésiques.   Mar 27 Nov - 6:11

Phillipe était un bon gars, mais Philippe avait parfois un peu trop tendance à prendre les pires décisions possibles. Oh, bien sûr qu'il voulait bien faire : tout le monde voulait toujours bien faire. L'enfer était pavé de bonnes intentions, après tout.
En l'occurrence, l'enfer déboulait à neuf heures du matin et quarante-trois minutes dans son bureau, l'air de déjà savoir être porteur de mauvaises nouvelles mais qui vient quand même vaillamment au devant de la probable soufflante.
Remarquez, c'était facile d'être courageux quand on était con : on redoutait la punition personnelle mais on ne souffrait jamais des conséquences suivantes.
Les pires, selon l'avis de Jacob.

Philippe, imbécile heureux susnommé, n'a pas besoin de l'interpeller en rentrant dans ce qui lui sert de bureau ; la pièce insonorisée se retrouve soudainement empli du bordel ambiant de la gare et Jacob n'a pas besoin de relever le nez de son bureau pour savoir que c'était pour un contretemps.
C'était toujours pour un contretemps.
« Sergent. On a un type qui s'est jeté sous les roues d'un train de Denstadt, sur la voie numéro deux. C'est un peu le bordel, y'a des marchands commencent déjà à gueuler, mais ! J'ai fait appeler un toubib avant de venir vous voir et le docteur Grüber était libre et il arrive, là. »
« Ils s'appellent tous Grüber, Philippe. » fit remarquer le dit sergent en relevant enfin les yeux, l'air profondément blasé que son homme soit fier d'avoir suivi les règles de sécurité habituelles. Enfin, au moins il les avait suivi. « J'attrape les papiers, dis-lui que j'arrive. »
« Reçu, Sergent. » Philippe recule d'un pas, hésite un instant ; d'un regard pesant, Jacob lui exprime le "quoi ?" le plus impatient qui soit. « C'est Neil, je crois. Neil Grüber. »

Putain, pas lui.
Bien sûr Jacob ne l'exprima pas à voix haute, se contentant de remercier le messager d'un mouvement de poignet, mais putain pas lui. Ça prenait toujours des plombes pour rien et Jacob n'avait pas envie d'aller patauger dans les viscères pour les lubies du légiste le moins stable de la ville.
Ça allait être une longue matinée. Une fois n'est pas coutume, Jacob s'allume un cigare avant d'aller se saisir de la paperasse correspondante - il devait toujours couvrir son cul, celui de ses hommes et globalement gérer tout ce qui pouvait légalement les emmerder auprès des autres villes. La mort d'un pauvre type, c'était malheureux, mais c'était secondaire : Jacob était bien plus emmerdé par le regard qu'allait prendre le train et les soucis que ça allait soulever.
Un instant plus tard, il quittait le silence relatif de la pièce pour le brouhaha étourdissant de la gare, ses nombreuses fourmis hyperactives et sa chaleur étouffante. Il y était habitué, depuis le temps ; par contre, les cadavres avaient tendance à très vite embaumer les lieux.

« Bon. On va faire ça vite. » Jacob rentrait bien vite dans le vif du sujet et il ne manqua pas de mettre les pieds dans le plat en allant à la rencontre du médecin qu'il repéra bien vite une fois sur les quais. « J'ai pas le temps d'y passer deux heures, j'ai un trafic à faire tourner et le macchabée doit dégager fissa. Vous ne répondez qu'à moi et non, je ne vous aiderais pas à le tirer de là. Vous me faites une autopsie rapide, une signature et essayez de dissimuler votre plaisir dans la manœuvre. » Ce n'était pas la première fois qu'ils travaillaient ensemble, mais Jacob préférait toujours avoir affaire à moins... expansif. En attendant, il faisait avec ce qu'il avait et d'un signe de tête il l'invita à le suivre jusqu'à la scène de l'accident.
Ce n'était pas beau à voir et le type était difficilement reconnaissable. Ça devait être une mort douloureuse, songea le quadragénaire en suivant des yeux un morceau d'intestin qui s'était enroulé dans la roue.
« 'va être dur de nettoyer tout ça. » glissa Philippe et Jacob acquiesça d'un signe de tête un peu las. Ce qui était stupide, parce que c'était pas à eux de s'en occuper, mais il fallait croire que la présence de Neil lui faisait prendre de l'avance sur son quota de fatigue.
MessageSujet: Re: On meurt tous de stupeur et de bonheur tragique au cœur de nos centrales de rêves analgésiques.   Lun 3 Déc - 12:15

֍.֍

En cette grise journée d'Automne, Neil avait le cœur léger et le pas sautillant, alors même que la plupart des autres marcheurs avançaient la tête basse et le regard fatigué. A ses côtés, son antique Môman trottinait avec son gros panier dans les mains, direction les halles pour y faire quelques courses.

Quand Neil lui avait annoncé qu'il devait se rendre à la gare – pour une banale histoire de suicide – elle avait aussitôt décrété qu'il ne pouvait pas s'y rendre seul, lui qui n'avait aucun sens de l'orientation. C'était parfaitement vraie d'ailleurs, et la raison pour laquelle sa génitrice l'accompagnait partout, même à l'hôpital, avant de le laisser sur place pour aller s'occuper des petits détails de son ménage. Son petit chéri ne pouvait pas vivre tout seul, il n'était pas apte, et tant mieux ! Ce défaut faisait d'elle la maman la plus heureuse du monde.

Alors qu'il s'amusait à sauter sur les bordures en levant les bras vers le ciel, il repensa à tous ces merveilleux cadavres qu'il avait vu ces derniers temps. Que de joie dans sa petite vie : il ne comprenait pas pourquoi tous les autres semblaient si tristes et si plombés. Rien n'était plus beau que la vie – et la mort. La pluie ne pouvait rien changer à ça.

Lorsqu'ils arrivèrent à l'entrée de la gare, madame Kahn plaça la mallette de travail dans les mains abîmées de son fiston, lui essuya la joue d'un pouce baveux et offrit quelques dernière recommandations :
« Tu es gentil avec tes autres camarades et tu n'embêtes pas ce gentil monsieur de la police qui ne fait que son travail. Tu penses à suivre les règles – je les ai étiquetées dans ta sacoche – et tu ne ramènes pas des bouts de cadavre à la maison... »
Neil hocha la tête à toute vitesse, confirmant qu'il avait bien compris les consignes. Il se pencha pour prendre sa mère dans ses bras et la serrer fort, juste pour la sentir avec lui. Il n'aimait pas beaucoup être tout seul. Heureusement il y aurait la macchabée, ça rendait les choses plus simples.

Sage et obéissant, Neil alla se placer sur les quais en attendant qu'on vienne le chercher. Il n'appréciait guère de ne pas savoir quoi faire et où aller, et semblait perdu au milieu de la foule des travailleurs qui, eux, essayaient de s'occuper du train ou des marchands en colère.

La voix d'un policier lui fit vivement tourner la tête et il lui offrit un sourire qu'il voulait aimable, mais qui s'apparentait plutôt à une mimique du genre : « je vais ouvrir tes burnes en deux, t'extraire les noisettes et les utiliser pour ma peinture néo-impressionniste ».

Il suivit le policier qui le mena sur les lieux, oubliant déjà ce qu'on lui avait dit. D'un pas leste et peu précis il sauta sur les rails, avec une légèreté qui contrasta avec sa chute à atterrissage, lorsque son pied dérapa sur le fer glissant des voies. Il se rattrapa tant bien que mal, se redressa et enfila aussitôt ses gants et les faisant claquer contre ses poignets, se mordant la lèvre pour ne pas exulter devant ce magnifique spectacle.
Une véritable œuvre d'art... c'était pour ça qu'il adorait les trains.

Toujours de manière parfaitement théâtrale, il ouvrit sa sacoche, prit son bloc note d'intervention et commença les relevés d'usage. Aussi fou et aussi étrange fut-il, Neil était un bon travail. Et puis il avait promis à sa maman d'être sage, alors il l'était.
Du moins jusqu'à ce qu'il voit les traces...

Alors qu'il était penché sur la bouilli, cherchant les différentes indications de blessures et l'heure de la mort – déjà plus ou moins connue – il remarqua soudain des ecchymoses sur les poignets et le long du reste de bras.

Il se releva soudain, posant les mains sur ses hanches et balançant la tête vers l'arrière pour éclatant d'un grand rire dramatique, avant de pointer l'index vers l'inspecteur de la market.
« Ceci n'est pas un suicide mon cher monsieur, c'est un meurtre ! »

Bwaaaaaaaaah !

֍.֍
 
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