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 Tag Der Toten

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MessageSujet: Tag Der Toten   Mer 31 Oct - 13:29

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Tag Der Toten

(Préparez vos citrouilles !)


Place centrale de Sältzburg.
Fin du mois d'octobre

La saison des pluies va commencer, moment crucial pour la survie de la cité. C'est l'occasion de remplir les réserves d'eau, vitales dans cet univers désertique.
Mais avec les pluies viennent aussi des moments plus sombres, des instants inquiétants qui angoissent toute la population.
C'est le moment de chanter et de se déguiser, l'époque pour crier, hurler, allumer la ville dans le but d'en chasser les fantômes égarés.

Car oui, avec les pluies reviennent les âmes défuntes, c'est du moins ce que pensent les habitants de Draümbell.
Tous les habitants.

Chaque année à la même époque, tout le monde se rassemble à un seul endroit : la place centrale des Mines. Chacun vient déguisé, selon ses moyens, et on oublie un instant sa place pour partager un moment de peur et d'angoisse.
Il faut repousser les revenants, surtout ceux des Mines, et seuls les chants et les danses le peuvent.
La Reine en personne préside l'assemblée, les Miniers ont nettoyé et décoré les Faubourgs, exceptionnellement aidés par ceux du centre.
On est prêt à recevoir les Nobles, les Autorités veillent, et les Érudits présentent leurs nouvelles inventions récréatives.

Pour les Miniers il s'agit d'un des moments les plus heureux de l'année. Pour une fois on ne les juge pas, et ils ont l'impression d'exister aux yeux du monde.
Un bonheur qui fait le jeu de tous, sauf de la rébellion bien sûr.

La fête s'appelle le Tag Der Toten et il se peut que, cette année, elle ne soit pas aussi calme que d'habitude.

Les règles :


Vous pouvez poster autant que vous le voulez, le nombre de ligne que vous désirez, et lancer les interactions de votre choix. Le forum étant encore jeune et peu peuplé, le but de cet event est de permettre des rencontres impossibles en temps normal, ce qui pourrait développer vos timeline !

Pensez simplement à prendre tout le monde en compte et nous vous demandons de ne poster qu'une fois par jour, afin de laisser à tous la possibilité de participer et trouver sa place.

Un PNJ viendra régulièrement foutre le dawa dans le sujet et relancer l'action, à vous de réagir comme vous le désirez !

Les règles sont toujours les mêmes : pas d'insultes, le respect d'autrui, etc (vous connaissez la chanson).

Le sujet de l'event sera ouvert du 1er novembre au 10 décembre (sauf s'il s'avère encore très actif à ce moment).

Amusez-vous bien et n'hésitez pas à poser vos questions dans le topic [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].

L'Event est désormais lancé, vous pouvez poster directement à la suite.
Bon jeu et tâchez de survivre !


MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Jeu 1 Nov - 17:26

Agnes faisait rarement acte de présence au Tag Der Toten ; l'indécence s'y faisait un peu trop nauséabonde et elle avait beau être particulièrement douée pour faire semblant, ce serait faire une entorse à ses propres valeurs que de descendre se pavaner dans les faubourgs sous prétexte d'une célébration multiculturelle malgré les tensions qui opposaient les couches sociales de Draümbell le reste du temps.
Cette année, plus encore que toutes les autres, l'engouement pour la fête était d'un cynisme terrible : la haute-ville était restée obstinément silencieuse quant aux victimes de ces dernières semaines mais elle s'empressait d'aller danser sur leurs tombes à la première occasion ?
Agnes n'allait pas prétendre s'en révolter, parce qu'elle vouait davantage son indifférence que son empathie aux soucis des faubourgs et, dans une moindre mesure, du centre-ville, mais au moins avait-elle la pudeur de ne pas prétendre le contraire. Sa décision de participer cette année aux festivités, de ce fait, découlait davantage d'un principe moral que d'une réelle volonté de s'amuser.

L'on pouvait se déguiser de bien des façons et Agnes, qui faisait toujours dans l'ostentatoire, avait fait le choix de son accoutrement à la seconde même où elle s'était résolue à accompagner sa Mère, et c'était sans doute ce qui avait cimenté sa décision. De la simplicité de sa robe - noire, longue, aux manches tombantes et au col roulé - et de sa coiffure - cheveux tressés, un ruban noir s'entremêlant aux mèches blondes - jusqu'à la sobriété de son maquillage - du crayon noir et du fard à paupière noir - elle aurait davantage sa place à une veillée funèbre qu'à une fête, quand bien même celle-ci célébrait les défunts.
Certes, cette morosité pouvait être une simple erreur de jugement, une mauvaise interprétation de sa part - mais Agnes ne faisait jamais de faux pas et ne laissait jamais rien au hasard. Ceux qui la connaissaient, elle ou sa réputation, relèveraient très certainement la chose et c'était bien la seule raison de sa présence.

Elle n'était pas arrivée depuis très longtemps, une cape - noire, inlassablement - sur ses épaules pour se protéger du froid d'Octobre, silhouette lugubre suivant la Reine comme une ombre, quand elle remarqua du coin de l’œil un groupe d'enfants aux déguisements plus fantasques que le sien. Ils contemplaient, un peu émerveillés, un peu intimidés, une machine et son ingénieur.
Presque malgré elle, Agnes avait ralenti le pas, l'ombre d'un sourire sur les lèvres, incapable de réprimer l'infinie tendresse naturelle qu'elle éprouvait quand elle avait affaire à des enfants. Lorsqu'elle le réalisa, elle n'hésita que quelques secondes avant de bifurquer, se rapprochant du groupe des jeunes gens pour se placer air de rien à côté d'eux, se penchant juste suffisamment pour leur demander sur le ton du secret ce qu'ils pensaient de l'invention. Il n'en fallut pas davantage pour initier une conversation animée dans laquelle elle fut tout naturellement invitée et, au milieu de cette situation improbable, la jeune femme en arriva presque à oublier le cheminement qui l'avait conduite jusqu'ici.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Dim 11 Nov - 11:42

***

Contrairement à son aînée, Lukàs se faisait un devoir de se présenter chaque année à la fête des Morts. Il faut dire que les journaux officiels couvraient l’événement et que, chaque année, ils aimaient à mettre en avant les plus beaux costumes et à jouer aux jeux des devinettes. Il fallait être le plus visible, le plus classe, le plus original, et c'était devenu une sorte de tradition chez les Nobles, de s'affronter pour obtenir le premier prix de la singerie. Vu sa réputation, Lukàs se devait de participer à la mascarade, même s'il aurait largement préféré se glisser dans son lit pour dormir un peu.
Au moins il y aurait des filles.
Et des Erudits. Peut-être croiserait-il des historiens avec lesquels échanger sur les dernières découvertes. Leurs costumes permettait une certaine liberté : on avait le droit de parler avec tout le monde, de sourire, de rire, de sortir de son rôle.

Pour une fois l'héritier avait laissé de côté sa tenue peu moderne et discrète pour quelque chose de plus coloré, qui lui permettrait d'être moins reconnu. Ses yeux noirs étaient maquillés au charbon et il avait posé sur son nez un bec, long et blanc, de corbeau, avant de grimer ses lèvres en un sourire large et couturé, un sourire forcé, qu'on sentait taillé dans la douleur.
Une terrible réalité n'est-ce pas ?

Le reste de sa tenue se paraît de plumes noires, bleu sombre et argentées. Il se demandait si le Maître saisirait la référence et l'affront car oui, c'était à cet oiseau de mauvais augure que la tenue était destinée, comme une provocation discrète mais bien là : le masque ressemblait à celui du maître, la tenue se moquait, insultait, sans se cacher.

Sa mère ne l'avait pas encore vue et c'était mieux ainsi. Il espérait que la vision lui ferait un choc, qu'elle le reconnaîtrait et qu'elle en prendrait ombrage, comprenant le but.

Même si Lukàs aimait cette tradition il n'en comprenait pas l'intérêt, la trouvant archaïque et idiote, basée sur une croyance qui ne tenait pas debout. Les morts étaient morts, ils ne revenaient pas, jamais. Alors il profitait pour être un peu plus libre, juste une fois, et exprimer son opinion autrement que pas ses frasques sexuelles et ses libations débridées.
Son cœur grognait et lui qui, habituellement, se trouvait étouffé dans sa poitrine, pouvait enfin sortir un peu et crier un certain mécontentement.

Une nouvelle fois il se demanda si le Maître se pointerait, et en quoi il se déguiserait.

Il cala les mains dans ses poches, s'approchant de l'endroit où on servait une boisson sans alcool d'assez bonne qualité, gratuite pour tous. On ne buvait pas durant la fête, pour éviter les débordements et aussi parce que l'alcool était réservée aux Morts.

La première activité ne tarderait d'ailleurs pas à être lancée, la Reine allait enfin se montrer.
Comme il aurait aimé pouvoir lui cracher au visage.

***
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Dim 11 Nov - 13:13

Il était prêt. Il avait attendu le Tag Der Toten avec impatience.
Cette fête n’était qu’une mascarade, une exhibition, permettant aux aristocrates de venir « s’amuser » chez eux, les mineurs.
Les nobles étaient tous beaux, dans leurs costumes hauts en couleurs, magnifiques. Ils venaient ici, chez eux, pourquoi ? Se réjouir de s’éloigner un petit instant de leur monde si riche, si beau, si convenable, pour venir se mêler avec le bas peuple, riant de leurs conditions.

Et voir des Aristocrates, dans l’insouciance de ce qu’il se passait vraiment ici, pour les miniers… le mettait hors de lui. Ils étalaient leur joie, leur sens de la fête. Ils se disaient certainement que c’était distrayant de se mêler aux miniers le temps d’une soirée, car après eux, ils retourneraient dans leurs vies luxueuses, loin de la fumée, de la maladie.
Et bien non, cette année, ça ne ce passerait pas comme ça.
Marchant fièrement, déjà plusieurs regards se tournèrent vers lui. Les miniers s’écartaient. Certains baissaient les yeux, d’autres serraient les poings. Et déjà, des murmures circulaient dans la foule, commençant à regrouper les gens : un vent de rébellion se faisait entendre.
Habillé entièrement de noir, avec un long manteau de la même couleur, la seule chose qui venait trancher cet habits entièrement sombre était le masque d’un blanc très pur qu’il portait, pour cacher son visage. Seul son œil gauche était visible, car son masque n’était pas entier. Pourquoi ? Pour montrer qu’il regardait l’injustice en face.
À ses côtés, comme toujours, Morgan. Un soutient, un ami. Et ensemble, ils étaient bien décidés à faire écourter cette mascarade.
Les deux se mêlaient assez bien à la foule, étant donné que tous étaient déguisés. Et puis, ils se faisaient aussi discret. Même si Edouard gonflait un peu le torse, pour montrer qu’il était présent, pour que ses camarades comprennent que la fête allait certainement tournait mal par la suite. Enfin… Mal pour les nobles, pas pour les miniers.
Edouard s’était maintenant placé contre un mur, la ou les gardes n’avaient pas idée d’aller voir.

« Dès que la reine arrivera, elle donnera sûrement un discours, histoire d’ouvrir officiellement la fête. On interviendra juste après. Es-tu prêt à te lancer ? Donne moi ton temps, ton soutien, ta volonté, et je te donnerai une révolution. »

Ses yeux brillaient d’une belle lueur. Il regardait son ami, son frère. Sans lui, aurait-il le courage de faire tout ça ? Morgan ne s’en doutait certainement pas, mais il était pour lui un modèle. Et c’était pour aider les miniers comme lui qu’Edouard était si attaché à sa cause.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Lun 12 Nov - 22:14

La ville changeait de visage pour les festivités de Tag Der Toten. La crasse, la noirceur de la ville basse était chassée l’espace d’un temps pour permettre à la noblesse de descendre d’un perchoir doré, côtoyer les plus démunis au cœur des faubourgs, prétextant une célébration.  Ulric avait pensé les ignorer, rester chez lui à s’occuper de ses affaires ô combien plus intéressantes que ce défilé de veules, de couards, de menteurs, comme il le faisait jusqu’alors. Il était rare que le Maître de la Forge ne daigne se joindre aux grandes célébrations, tout comme il ne se montrait que rarement dans des fêtes tout aussi ostentatoire même si plus privées. Cela ne l’intéressait pas. Au contraire, il s’était toujours profondément ennuyait.

Tag Der Toten tenait une place particulière dans son classement des évènements les moins intéressants de l’année. La noblesse dansant à côté des mineurs, prétendant l’espace d’un instant que les frontières entre eux n’existaient plus. Cette simple idée lui laissait un goût de fiel dans la bouche ; les meurtres des dernières semaines, étouffées avec un tel soin rendaient la chose encore plus atroce, insupportable. Toutefois, cette année, il se joindrait à cette foule frénétique. Il souhaitait observer la ville, éventuellement approcher les érudits qui ne manqueraient pas de chercher ses bonnes grâces. Tous avaient compris qu’il pouvait rendre la vie bien difficile, ou, au contraire, la faciliter. Il prenait toutefois garde à ne jamais aller trop loin, c’était une question d’équilibre.

Ulric ne se décida que tardivement sur la tenue à adopter. Ce n’était pas un déguisement, simplement l’une de ses tenues quotidiennes à laquelle il ajouta une cape de laine bleue nuit, retenue par une broche finement travaillée pour représenter un serpent lové, et dissimula son visage sous sa capuche. Il aurait pu sortir un jour de pluie que cela n’aurait rien changé. La sécurité serait plus importante qu’habituellement, aussi renonça-t-il à dissimuler un poignard sous ses habits. A la place il prit l’une de ses dernières productions : une croix en acier, finement travaillée, qui n’était rien de plus qu’un fourreau pour une courte lame. Elle était affichée si ostensiblement autour de son cou, si innocente qu’il faudrait la tirer pour découvrir la supercherie. Bien sûr, le jeune Maître ne l’avait pas choisi parce qu’il avait pour projet d’assassiner quelqu’un. Ce n’était qu’une précaution, une assurance en cas de troubles. Selon lui il valait mieux violer la loi et pouvoir agir que la suivre et regarder, impassible, un acte plus répréhensible encore se produire. En outre il se méfiait des foules. Elles étaient toujours promptes à s’emporter. Il suffisait d’un rien pour que tout ne parte de travers et avec les révolutionnaires du moment il était prêt à parier que quelqu’un tenterait quelque chose. Or le problème de ces gens-là c’était bien d’agir avant d’avoir quelque chose à proposer pour remplacer l’ordre ancien. Et puis, de toute façon, il considérait avec cynisme que quel que soit le régime, quel que soit les idéaux du début, la corruption finissait par reprendre ses droits. Au final, rien ne changeait jamais. Le monde était pourri jusqu’à la moelle alors il valait mieux faire avec un mal connu qu’un nouveau. Au moins l’on connaissait les joueurs.

L’heure venue, il sortit de sa demeure du centre-ville, fermant la lourde porte de bois noire derrière lui. Ses employés festoyaient sans doute déjà. Il descendit les rues, laissant bientôt le centre pour les faubourgs où tout devait se passer en cette magnifique journée de fin octobre. Les forces de sécurité le regardèrent passé, certains répondaient à ses saluts. Puis ce fut autour des habitants des faubourgs qu’il portait son attention. Il était reconnaissable et reconnu. Il y en avait pour le maudire mais il restait relativement apprécié. Il se montrait assez généreux et attentif avec ses employés pour ne pas avoir une mauvaise presse, même si le sort d’un inconnu l’indifférait. Il finançait certains projets, prodiguait son aide et tendait la main au besoin, entretenant savamment son emprise de fait sur la ville. Parfois il montrait un aspect plus sombre de sa personnalité, pour rappeler qu’il ne faut pas le prendre à la légère, croire que l’on peut se jouer de lui impunément. A un moment, il crut reconnaître un de ses débiteurs. Ces derniers temps ils étaient les seuls à chercher à fuir son regard mais il se contenta d’adresser un sourire. C’était jour de fête, il pouvait bien laisser ses affaires en souffrance jusqu’à ce que l’agitation ne retombe. Il passa son chemin, tel un spectre à l’aura sinistre, souriant à peine, observant chaque visage, chaque coin sombre et bientôt il aperçut une silhouette familière, près d’un groupe d’enfant en extase devant la machine d’un ingénieur. Ulric ne pouvait l’ignorer, qu’elle l’ait vu approcher ou non. Elle était l’héritière, la Von Rosen, mais surtout une vieille connaissance, une amie aurait-il dit autrefois mais il ne savait plus ce qu’il en était aujourd’hui. Le temps les avaient changé, chacun de manières différentes même s’il avait le sentiment de marcher dans la même nuit. Il s’approcha d’elle, silencieux, faisant signe à la sécurité de ne pas s’inquiéter. Il n’était pas un dangereux révolutionnaire, il n’était qu’un fou croyant que l’espoir n’était pas qu’une illusion. Mais à la réflexion était-il moins dangereux ? Il était le Maître de la Forge et il aspirait à devenir un seigneur des ténèbres depuis qu’il avait compris que jamais il ne serait possible de les chasser. Il lui arrivait même ces derniers temps de penser laisser les sommets glorieux à ses frères. Il n’était pas si malheureux, dans sa solitude.

« Y a-t-il plus magnifique qu’une rose noire lors du réveil des trépassés ? »
demanda Ulric, souriant à la conversation sur l’invention à laquelle il ne prêtait qu’un œil distrait. Le métal avait dû être forgé par un bon artisan, assez du moins pour qu’il daigne le reconnaître et il ne put s’empêcher de sourire à l’idée que cet ingénieur, avec sa chose, avait participé à sa bonne fortune. Il y avait sans doute ailleurs des créations sur lesquelles il avait eu à travailler mais il n’était pas pressé de les voir.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Mar 13 Nov - 15:06

Klaas détestait la foule.
Il détestait toute forme de rassemblement merdique qui n’avait pour but que des pitreries sans intérêts. Surtout quand ces dernières l’obligeaient à pointer le bout de sa truffe mal lunée. Et le Tag Der Toten ne faisait pas exception à la règle. C’était peut-être même le pire de tous.

Comme tous les putains de crétins de la Mordkomission, on l’avait affublé d’un espèce de costume ridicule. Le Serken avait du abandonner pour la journée la chemise froissée et endosser le déguisement ridicule qu’on leur avait dégotté pour cette année. Ils avaient donc droit à une espèce de redingote beaucoup cintrée qui laissait tout juste apercevoir les froufrous rouge sang de la chemise au niveau du cou et du bout des manches. Les boutons le long du torse ainsi que la doublure intérieur du vêtement étaient assortis à cette couleur sanguine, le tout allant avec un pantalon moulant tout à fait inconfortable noire et des chaussures à carreaux rouges qui allaient lui refourguer des putains d’ampoules pendant des semaines..

L’ensemble était tout à fait horrible à l’œil - du point de vue de Nickolas bien sûr - et d’un inconfort à mourir. Le tissu frottait presque douloureusement contre la peau du policiers qui n’avait pas l’habitude d’un accoutrement aussi foutrement près du corps et qui l’entravait dans ses mouvements plus qu’autre chose. Se serait-il passé quelqu’un chose qu’il aurait bien été incapable de faire quoi que ce soit : atteindre ne serait-ce que son holster d’épaule lui aurait demandé de défaire un à un tous les boutons de cette putain de veste. Et vu comment il en avait chié pour réussir à l’enfiler avec sa main, il n’osait même pas imaginé la catastrophe au cas où les choses dégénéreraient.

Mais bien sûr, cela n’arriverait pas. N’est-ce pas ?

Bon gré mal gré, Nickolas faisait donc sa ronde dans les rues des faubourgs des mines, patrouillant autour de la grand place - qu’il avait laissé aux jeunes suicidaires voulant faire leur preuve. Le policier, dans tout son pragmatisme, ne comprenait pas pourquoi tout le monde tenait temps à cette représentation ridicule. Repousser les esprits des morts à coup de danse débiles. Et puis quoi d’autres comme conneries ? Pourquoi pas leur lancer des confettis tant qu’on y était ?
Mais surtout, les pauvres aristos de la haute ne se rendaient pas compte dans quelle panades ils se foutaient chaque année. Surtout avec tous les cadavres récents et la décision de la reine de ne pas se bouger le cul, la colère commençait à gronder et Klaas se fiait à son petit doigt quand il lui soufflait qu’une belle merde se préparait.

En pensant à la reine, il se surprit d’ailleurs à chercher des yeux le jeune héritier. Pas qu’il ait envie particulièrement envie de croiser sa gueule - qu’il se ferait une joie d’ignorer à la moindre occasion - mais… Il n’avait pas encore pris sa décision quant à leur petit marché qui ne cessait de lui trotter dans la tête. Mais il était trop honnête avec lui-même pour savoir qu’il avait déjà pris la décision et feintait l’incertitude pour ménager sa propre fierté. S’il n’aimait pas qu’on lui force la main, il détestait encore plus ce qui était en train de se passer dans les rues de la ville. Il finirait pas accepter le marché, quoi que cela lui en coûte.

Il grogna quand un gamin aux habits boueux lui rentra dans les jambes, manquant de le faire trébucher dans ses chaussures étroites avant de s’enfuir au premier carrefour venu, se déplaçant entre les jambes de la foule tel un vers de terre trop pressé. La journée s’annonçait définitivement longue.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Mar 13 Nov - 16:40

La voix, dont elle reconnut le propriétaire avant même de relever les yeux, sembla lui parvenir d'une réalité très lointaine ; presque étouffée par les parois de la bulle enfantine dans laquelle Agnes s'était enfermée, elle lui fit pourtant l'effet d'un électrochoc, dur rappel à la réalité.
Lorsqu'elle releva les yeux vers le visage d'Ulric, son sourire s'était déjà mué. Oh, c'était quelque chose de très subtil, imperceptible pour la quasi-totalité des gens qu'elle côtoyait au jour le jour - mais pour ceux qui savaient y voir, oh, ils ne pouvaient pas manquer la soudaine raideur de l’embrasure de ses lèvres, le subtil changement séparant l'innocence spontanée et la candeur mystifiée.
Et puis, c'était Ulric. Déjà son langage corporel avait des allures de charme interdit alors qu'elle portait une main à son cou, faisant mine de replacer le col de sa cape pour mieux se donner des allures de jeune ingénue. Un jeu qu'ils avaient appris ensemble et auquel elle n'était jamais autant douée qu'en sa compagnie.

« Ulric. » Elle jeta un coup d’œil vers les enfants qui rivaient désormais sur eux un regard curieux en mettant en suspens leurs débats puérils ; elle en fut un instant attendrie avant de reporter son attention sur le Maître de la Forge. « Le chrysanthème aurait été davantage approprié, ne penses-tu pas ? » Une manière de ne pas tout à fait accepter le compliment sans toutefois le refuser. Attiser mais ne jamais embraser. Son regard se fit plus malicieux, brièvement, avant qu'elle ne se retourne vers l'invention dont les rouages continuaient de s'emballer, faisant montre de ses prouesses sous les yeux de son public, du plus ébahi jusqu'au plus critique. Agnes se trouvait au milieu, pour sa part : intriguée mais sans réussir toutefois à s'y passionner, si ce n'était pour donner le change aux yeux du reste du monde. « Tu tombes au bon moment : ces jeunes gens qui me font office de charmante compagnie me soutiennent avec, je dois l'admettre, une ardeur remarquable, que toutes les machines présentées ici servent en vérité à aspirer les âmes perdues qui cherchent supposément à sortir des mines. En tant que Maître de la Forge, sans doute pourrais-tu m'éclairer quant à l'alliage qui pourrait permettre une telle prouesse ? »

Agnes croisa ses bras derrière son dos, l'air de rien, tandis qu'elle s'était subtilement penchée vers Ulric, faussement conspirationniste et faisant mine de baisser la voix sans pour autant atténuer ses décibels. L'effet escompté fut quasiment instantané : bien entendu interpellés, les enfants se rapprochèrent ostensiblement du couple pour prêter une oreille attentive à l'échange, aussi peu discrets qu'elle dans leur tentative... eh bien, de se montrer discrets. Agnes ne perdit rien de sa moue sérieuse, presque grave, mais au regard qu'elle lui lançait, elle espérait qu'Ulric indulgencierait juste assez pour rentrer brièvement dans son jeu.
Elle ne doutait pas du fait que la troupe affamée d'informations se disperserait après avoir entendu la réponse tant attendue pour se hâter de la répandre à qui voudrait l'entendre mais elle s'amusait une dernière fois avant de devoir tourner la page - ou plutôt fermer la parenthèse sur ces moments ingénus partagés avec une progéniture à laquelle elle ne pourrait jamais prétendre.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Mar 13 Nov - 18:07

Louper la fête des morts ? Impossible. N’était ce pas là l’un des meilleurs évènements de l’année pour détrousser les gens ? Sous leur déguisement il y avait bien souvent une bourse à dérober. Cela faisait quelques années que Lockhart connu sous le nom de Lock les mains vives détroussait ces aristocrates dans leur somptueux déguisement. Il avait fait ses débuts ainsi après tout. Bousculer un passant, une main par ci une main par là, une diversion ici ou là et hop. Aujourd’hui...il n’en était plus à ses débuts et il devait bien avouer que s’en était devenu trop facile. Le frisson du risque l’adrénaline…. Il y en avait plus vraiment. Pourtant comme chaque année il était là. Il avait délaissé son masque de corbeau pour prendre celui d’un renard. Un peu plus de couleur ça faisait pas de mal n’est ce pas ? Il portait une fourrure autour d’un coup. Petit luxe pour se fondre parmi les nobles. Cette fête était vraiment débile mais bon... elle avait été un chouette terrain de jeu.

Appuyé contre un lampadaire Lock observait la foule. Il méprisait celle ci et fort heureusement son masque empêchait de remarquer son manque d’en train pour cette fête. Il finit par repérer de nouveaux dérobeurs. Il en observa un qui se glissait ici et là comme une ombre et sourit en coin. Il ne le connaissait pas celui là tiens… se pouvait il qu’il se fasse vieux et que la jeunesse était déjà là pour le remplacer ? Non… il visait simplement plus haut. Ces petits larcins n’étaient rien comparé à son but ultime. Voler les joyaux de la couronne….voilà un défi hautement plus excitant, très excitant…. d’ailleurs la reine ne présidait elle pas cette fête ? Il entendait son nom sur des reines, des gens impatients de la voir...et il sut soudain pourquoi il était encore venu cette année.

Il allait comme ses joyeux lurons s’enthousiasmer à l’idée de la voir et écouter son discours avec peut être un air crétin d’ébahissement….ou dieu sait quel air il suffirait d’imiter son voisin. Lock se détacha de son lampadaire pour prendre le train en marche, être bien placé, pas trop près. Juste avoir un bon point de vue sur cette jolie dame et ce qu’elle porterait ce soir. Les occasions de la voir n’était pas si courante après tout et aussi ceux qui l’accompagneraient. Ce soir il n’agirait pas mais un véritable coup d’envergure peut se préparer longtemps à l’avance, très longtemps. Qu’importe le temps que cela prendrait, un jour il rentrerait dans l’histoire. Il serait le roi des voleurs et se distinguerait de cette masse misérable. Si son père le voyait…. Il serait fier, n’en doutez pas.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Mar 13 Nov - 19:15

Le chrysanthème. Un choix judicieux pour le jour des morts ; Ulric se devait bien de lui accorder ce point. Pourtant la rose noire lui semblait bien plus adaptée à la personne d’Agnes. Elle semblait désireuse de jouer sur ce thème, il lui ferait ce plaisir, avec le sourire amusé qui était le sien. Un mélange de malice et d’ironie.

« Et pourtant, c’est bien le parfum de la rose noire qui me vient lorsque je pense à vous ! Celui d’un temps touchant à sa fin, d’une perte cruelle. ». Des mots dit avec sincérité. Des mots que la plupart ne comprenait pas. Ulric ne doutait pas qu’elle, elle comprendrait. Ou, du moins, qu’elle y trouverait un sens véritable. Agnes lui soumettait désormais une question bien étrange, se penchant en avant comme si elle s’apprêtait à ourdir quelques complots, mais avec une discrétion des plus critiquables. Les enfants eux-mêmes se rapprochaient pour tendre l’oreille, l’obligeant à trouver une réponse adaptée. Ulric pensa les effrayés en laissant entendre que les machines étaient animés par les âmes des morts mais en posant ses yeux sombres sur Agnes il y renonça. Elle aimait les enfants, souffrait des sévices d’une vie qu’elle ne devait guère aimer. Cela lui semblait être une évidence ; il la connaissait après tout. C’était aussi pour cela qu’il percevait le changement qui s’était opéré chez elle aussi nettement. Mais même sans cela il savait faire la différence entre l’innocence et un masque candide. Le visage d’Agnes avait quelque chose de faux, raide. Pas un instant il ne pensa que c’était sa présence qui l’importunait, non c’était bien ce monde disharmonieux, imparfait qui les avait conduit à jouer un rôle, tenir un écart leurs souhaits, leurs rêves, qui les avait obligé à accepter une destinée, regarder le fatum sans voir les nombreuses façons d’y échapper.

« Une excellente question à la réponse ô combien complexe ! Pour repousser le mal, je choisirai l’argent. Ou plutôt un alliage à base d’argent, ce métal est trop tendre. Le cuivre est un bon catalyseur mais l’userais-je pour autant pour chasser des esprits ? Je ne sais. Je suis forgeron, non sorcier quoi que certains puissent prétendre ! ». Le jeune homme esquissa alors un sourire en se penchant légèrement vers les enfants, pour leur souffler en baissant d’une octave « Il faudrait que je sois bien fol pour le reconnaître pas vrai ? ».

Ulric se redressa, adressant un bref regard à Agnes. Il espérait avoir suffisamment su jouer le rôle qu’elle souhaitait lui voir prendre, avant que cette interlude paisible, empreints d’une innocence plaisante au cœur, apaisant un bref instant les tourments des âmes torturés qui étaient celles de ses deux adultes, ne prennent fin. Ulric avait de la peine pour son amie, si tant est que c’était toujours le mot adapté. Il ne savait comment l’aider. Il ne pouvait que lui offrir sa compagnie, espérant qu’elle suffise à chasser les plus lassants des courtisans et qu’elle lui soit plus agréable que celle d’une faune sans intérêt. Mais malgré sa sincérité, malgré qu’il n’ait de mauvaises intentions à son égard et ne cherchent à l’utiliser à son profit, il ne pouvait nier être conscient des avantages à être vue en compagnie de l’héritière en vogue. C’était un bénéfice secondaire à une relation amicale avec les grands, qu’il le veuille ou non. Au moins, il avait l’honneur de ne pas profiter honteusement de ses relations.

« Si tel est votre désir, je me ferai un honneur de vous tenir compagnie. Un mot de vous et je m’évanouirais dans un nuage de fumée ! » lança-t-il à Agnes, d’un ton enjoué. Il ne savait si elle souhaitait être vue en sa compagnie, pour des raisons politiques ou autres et comme il ne souhaitait en aucun l’importunait il avait opté par son approche favorite : élégante et directe.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Mar 13 Nov - 22:49

Luwen était partagé entre aucune envie de venir et la volonté d'être présent. Ce qui le motivait ? Une image à garder, tout d'abord, et montrer du respect aux morts, surtout ceux sur lesquels il enquêtait. Ce qui lui faisait hérisser les cheveux à l'idée de venir ? Le déguisement, les gens et l'hypocrisie notoire. Il aurait été mieux venu d'inviter aussi en échange, un jour, les plus pauvres dans la ville haute mais cela n'avait certainement effleuré le cerveau de personne. Il pensait un jour lancer une telle invitation, mais pas aussi tôt dans son mandat. Il devait réfléchir à la manière la plus sûre d'aborder les choses.

Quoi qu'il en soit il était obligé de se déguiser et sans nul doute que comme d'habitude le ministre allait faire soft. Une tenue un peu plus en dentelle que les autres, du noir à la place du blanc, du rouge pour les contours, puis un masque, de bonne facture. Qui ressemblait à une sorte d'oiseau, quelques plumes, ne lui cachant pas entièrement le visage, masquant juste le front et le contour des yeux. Grâce auxquels il était reconnaissable entre mille mais.... Son but n'était pas de passer inaperçu.

Il n'était pas du genre à discuter. Non. Il ne souhaitait parler à personne en vérité et de toute façon il ne savait pas quelle conversation engager. Il ferait acte de présence et voilà tout. Un peu à l'écart, posé contre un mur il regardait et écoutait. Son frère aîné, lui, faisait la discussion. L'on ne pouvait pas être doué en tout.

L'observation était néanmoins l'un de ses grands passe-temps, surtout lorsqu'on parle peu. Les policiers faisaient bien ce qui était demandé. Il croisa son regard avec celui de Klaas qui était aussi présent. Sans nul doute que lui aussi ne devait pas aimé être là. Malheureuse obligation. Lüwen plissa les yeux sans diriger son regard. Histoire de ne pas se faire vraiment remarqué. Il se demandait bien si quelque chose se tramait là-bas... Il devait continuer d'observer.

Avec tout ce qu'il se passait actuellement, comment les habitants, les miniers, allaient réagir à la venue des nobles, pour qui ils avaient du nettoyer. C'était d'une telle insulte que lui aussi se serait révolté.


HRP : Si vous étiez bien caché, ne faites pas attention à mon regard ou dites moi de modifier ~
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Mer 14 Nov - 21:02

₪₪₪

Parfois – et nous disons bien « parfois », pour être poli – Morgan pouvait s'avérer quelque peu... comment trouver le mot correct et non vexant ?
Quelque peu...
Boulet.
Il fallait dire qu'avec un sévère problème de boisson ça n'aidait pas non plus, et pour un bras droit de la Rébellion il s'était montré négligeant.

Comme convenu il avait rejoint Edouard à l'endroit prévu puis ils s'étaient rendus à l’événement ensemble. Comme à son habitude lui avait son masque, celui du Professeur : simple, pur, mais tâché de cendres, avec les cercles des lunettes rondes au niveau des yeux. La tenue aussi était sans éclat : celle d'un Minier, ni plus ni moins.

Et il n'avait rien osé dire... il s'était tû durant le trajet, n'avait pas prononcé un mot alors qu'il attendaient la Reine et maintenant – en écoutant les paroles de son chef – il se sentait de plus en plus coupable :
« Es-tu prêt à te lancer ? Donne moi ton temps, ton soutien, ta volonté, et je te donnerai une révolution. »
Que répondre à ça ? Comment lui dire que, trop occupé à se pinter la ruche au bar du coin, il avait oublié de distribuer les tracts aux autres membres de la rébellion ? Comment expliquer aussi que les rares armes obtenues pour se défendre avaient été récupérées par une pute de passage, qui les lui avaient chouravées pour les revendre en douce :
Ils n'avaient pas d'hommes. Aucun moyen d'attaque ou de défense et, en prime, Morgan avait encore une sacré gueule de bois.

Derrière le masque d'Edouard, Morgan sentait battre le pouls de la révolution, l'ardeur du combat et de la fierté.
Et lui avait merdé, encore. Et c'était le moment de lui dire.

« Chef justement euh... en parlant d'être prêt... »
Il n'y avait pas de bonne manière d'annoncer ça alors il lâcha tout d'une traite, évitant cependant d'évoquer le rôle de la catin dans cette histoire.

₪₪₪
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Mer 14 Nov - 22:04

Edouard avait vu les yeux de son ami remplit d’embarras. Et il n'en fallait pas plus au meneur pour comprendre que Morgan avait fait quelque chose... de « remarquable ».
Il l'écouta alors, gravement. Lorsqu'il eut fini de parler, son seul œil visible était maintenant brillant.
Il faut dire qu'Edouard avait tout organisé. C'était le moment parfait pour vraiment faire entendre le chant de la rébellion. Il aurait pu réchauffer les cœurs de certains, et surtout... affronter le regard des Aristocrates, et les mettre face aux faits.

« D'accord. »

Juste ce petit mots, presque tranchant. Pourtant, Edouard avait essayé de maîtriser sa colère et sa tristesse. Mais devant les propos de son ami, devant ce qu'il venait de lui raconter...
Morgan portait de l’intérêt à la rébellion, il le savait. Il ne douterait jamais de son engagement à ce propos, et envers lui.
Mais là, Morgan avait fait preuve de négligence, et pas des moindres. Il s'était montré irresponsable, et le pire... c'était qu'Edouard n'en était qu'à moitié étonné.

« Le plan est maintenu. Dit à Erik de t'aider à faire passer le message : Personne n'intervient ni ne se dévoilent, quoiqu'il arrive. Je porterai la voix, seul. »

Edouard en voulait terriblement à Morgan. C'était son meilleur ami, son frère... mais parfois, il se demandait s'il était vraiment sérieux. Boire et se taper des putains - oui parce qu'Edouard connaissait un minimum le gus, quand même - alors qu'il devait accomplir un acte important pour préparer la rébellion... Néanmoins, Morgan était ... bon, pas fiable, mais disons... investi.
Le meneur ne voulait absolument pas que ses camarades entrent dans ce plan. Sans armes, c'était foncer vers une mort certaine. Il irait donc seul.

« Et je ne veux pas que tu interviennes non plus s'il se passe quelque chose. J'irai seul, pour le discours. Sans la protection des autres pour faire barrière, il y a des chances pour que je sois... attrapé. Mais au moins, la voix aura été porté. Et si ça arrive, ce sera à toi de reprendre les reines. Une révolution est un incendie, il ne suffit pas de l'éteindre, il faut encore en réparer les ravages, ou détruire les principes. Alors même si je meurs, il y aura encore des gens pour croire en nos idées, en nos valeurs, et continuer notre combat. Morgan, nous ne changerons peut-être pas l’histoire nous même, mais c’est avec nous qu’elle commence. »

Edouard était décidé. Sans les tracts, les membres de la rébellion n'étaient donc pas prévenu, et ce n'était pas le bouche à oreilles de secours qui allait ramener tout le monde. Pourtant, il n'allait pas renoncer, ça non. C'était l'occasion de faire porter sa voix, de faire naître la graine dans quelques cabosses.
Edouard s'approcha maintenant de son ami, le regardant sérieusement, et posant une mains tout de même amicale sur son épaule.

« Si ça arrive, ce sera à toi de devenir le meneur. Morgan, tu dois apprendre à grandir. Des gens comptent sur toi. Je compte sur toi. La révolution compte sur toi. »


A quoi servait-il d'engueuler Morgan pour sa bêtise ? Ce qui était fait, était fait. C'était le présent, qui comptait, maintenant. Il regardait son frère de cœur, sérieusement. Si Edouard se faisait attraper, c'était donc la dernière fois que les deux se verraient, car il se ferait mener en prison, et torturer. Bien-sur, il ne parlerait pas.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Ven 16 Nov - 16:39

C'était dans une certaine euphorie que Mika s'était préparé pour le Tag Der Toten, son premier depuis ses dix ans. Il s'était autorisé à être de repos aujourd'hui, contrairement aux années précédentes. Les bien lotis pensent que tout le monde s'arrête de travailler pour participer aux festivités mais il faut bien des petites mains pour la préparer, cette fête. Il avait économisé depuis des semaines pour combler ce jour chômé et cette fois, il n'allait pas y couper. Il avait gardé du Tag Der Toten un souvenir impérissable, probablement altéré, magnifié par sa petite mémoire d'enfant émerveillé devant les costumes fantaisistes, les danses endiablées, les chants mélodieux. La tendresse de sa maman bécotant son visage hilare, et tant pis pour leurs maquillages, la force de son père le portant à bout de bras pour mieux voir la Reine au dessus de la foule compacte, les piailleries de ses sœurs qu'il chassait gaiement à travers la place centrale de Sältzburg... à quoi ressemblerait son Tag Der Toten aujourd'hui ?


Il repensait à tout cela en ajustant son nœud papillon devant le petit miroir au tain passé posé sur sa vieille commode. Il avait choisi son déguisement soigneusement, le souhaitant peu coûteux tout en étant symbolique : une marionnette cassée. Personne ne saisirait la nuance, mais peu lui importait. C'était ainsi qu'il se considérait, les jours où il laissait voguer ses idées noires. Un pantin, utilisé par les uns et les autres dans leurs quêtes de prospérité. Aujourd'hui il en deviendrait effectivement un, une manière de conjurer ses vieux démons. Le Tag Der Toten, c'était un peu ça non ? Son costume était simple, une vieille chemisette tâchée rentrée dans sa salopette courte, ses chaussures habituelles aux chaussettes montantes et une casquette gavroche contenant tant bien que mal sa tignasse rebelle, il ne lui restait plus qu'à dessiner les mécanismes articulant ces poupées sur ses membres. Il avait décidé de ne pas maquiller ses cicatrices, il allait même les accentuer et les étendre. S'il y avait bien un jour où il pouvait se le permettre, c'était aujourd'hui. En dessinant les contours d'une bouche d'automate de ses commissures à son menton, il lui vint à l'esprit qu'il regretterait peut-être ce choix d'encre en se lavant ce soir. Tant pis. Avant de sortir, il prit soin d'emporter une petite cape recyclée dans de vieilles chutes de caban, on est en octobre après tout.


Il ne venait que rarement dans les faubourgs en dehors de cette occasion, et l'incroyable affluence était frappante en comparaison. Sa silhouette gracile et son pas léger le faufilèrent néanmoins aisément parmi les ruelles bondées et il déboucha rapidement sur la place centrale. Mais au milieu de cette marée humaine il regretta vite son empressement. Il n'était pas bien grand pour son âge, sa croissance brusquement entravée par des années de resserrage de ceinture et de retroussage de manches, aussi décida-t-il de contourner la place par ses côtés en quête d'un point de vue satisfaisant.


Sa recherche le mena à proximité de deux hommes en grande conversation. L'éclat du seul œil visible de celui qui lui faisait face avait quelque chose de singulier, fixant son interlocuteur avec une intensité déstabilisante. Mika détailla un instant leurs costumes sobres, probablement des miniers. Il ne comptait pas leur accorder plus d'attention - il venait de repérer une pile de caisses en bois adossée à un mur, le perchoir idéal - mais le mot "révolution" sortant de la bouche de celui en noir lui fit faire volte-face. De tels propos venant de mineurs en un tel jour, cela n'augurait rien de bon. Absorbé par leur entrevue, il se mit à reculer sur son chemin tout en les observant avec une curiosité nouvelle. Bien sûr, ce qui devait arriver arriva et ses pas aveugles le heurtèrent à quelqu'un. Déstabilisé, il tenta de se rattraper en s'aggripant tant bien que mal à la tenue de l'individu, cherchant du regard un point d'équilibre. Ses yeux rencontrèrent ceux de son malheureux obstacle pour se noyer dans leur grenat saisissant, laissant peu de doutes quant à l'identité de l'importuné.


« Monsieur De Clèves ?... » fut tout ce qu'il parvint à articuler, serrant toujours son costume de stupeur. « Veuillez excuser ma maladresse monsieur le Ministre ! » dit-il une fois ses esprits revenus, tout en tentant maladroitement de lisser le vêtement froissé par ses petits poings.


[HRP : Post édité afin d'engager une interaction avec Lüwen]
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Sam 17 Nov - 16:35

L’événement bat son plein : on se croise, on se rencontre, on échange, on complote, on rêve et la nuit tombe doucement sur la ville, la recouvrant d'un voile obscur et malsain.

On allume alors les lampes, celles découpées par les familles des Morts, pour leur demander de ne pas venir hanter les vivants. Il y a toutes les formes, tous les matériaux, des plus simples ou plus compliqués, des plus dépouillées aux plus riches.
Toutes présentent un visage hideux, grimaçant : une menace pour les âmes qui oseraient déambuler parmi les vivants.

Soudain la Reine fait son apparition. Les Héritiers ne sont pas à ses côtés, ni ses Ministres d'ailleurs.
Autour d'elle s'organise l'élite de sa garde rapprochée.
Derrière, un peu dans la pénombre, le masque du Maître des Mines laisse pointer son long nez macabre.

La souveraine n'a rien mis d'extravagant, elle reste elle-même : longue robe noire, cheveux blancs en chignon, bras nus, toujours, même lorsque le givre paralyse la ville.
Lentement elle s'avance et on lui tend un objet simple, pour amplifier sa voix. Elle fixe l'assistance, le regard glacial et le cœur sec :

" Mes précieux sujets... ce moment de l'année est toujours un moment dur, qui ramène à notre mémoire les catastrophes, les décès, ces pertes trop lourdes qui pèsent sur nos cœurs. Ce soir nous les chasserons, nous les exorciserons, par nos chants, par nos danses, par ces prières silencieuses que portent les lueurs de nos bougies. La peine et la joie sont des sentiments universels qui nous unissent tous. En cette difficile période de l'année nous avons besoin d'être ensemble, de regarder dans la même direction, dans le même but. Marchands, Miniers, Ministres, Nobles, Militaires... nos castes, ces castes indispensables à notre survie, ce soir disparaissent. Soyons citoyens d'une ville, d'un lieu, d'un Esprit qui doit nous guider ; et ne laissons pas les paroles Obscurs, la violence gratuite, et la peur tétaniser nos âmes et nos membres."

Splendide, elle laisse durer ses paroles, qu'elle prononce avec lenteur et contrôle. Elle attend, laisser durer une courte pause, pour que chacun comprenne l'ampleur du discours, et les sous-entendus.
Puis elle reprend :

"J'annonce officiellement l'ouverture des Festivités du Tag Der Toten. Ce soir faites tomber les murs qui nous séparent mais dressez-en de plus solides contre nos ennemis : qu'ils soient vivants ou morts."

Elle lève la main, claque des doigts et la musique démarre, semblant surgir de nulle part. Des serviteurs apportent de la nourriture préparée dans les cuisines de la ville Haute : pour tout le monde.

Au fond l'on voit scintiller les lampes à Sel des Mines et là-bas, dans l'Obscurité, les Ombres grondent.

_________________

Le second tour aura lieu jusqu'au lundi 26 Décembre (autour de 15h). Profitez de la fête tant que vous le pouvez !
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Sam 17 Nov - 18:31

Le ministre était un peu perdu dans les différentes observations. Chaque année c'était la même chose, il ne dialoguait avec personne ! Sauf son frère peut être, et encore. Alors il profitait pour prendre la température. Ce soir cela serait peut être différent. Peut être que des gens souhaiteraient le voir parce qu'il avait accédé au poste de ministre. Cela pouvait être une soirée de flatteries.

Sans qu'il ne s'en doute ou qu'il puisse le prévoir, alors qu'il était en pleine contemplation, voilà qu'il se fit bousculer. Certainement quelqu'un qui ne regardait pas où il allait vu qui était stable, près du mur et ce depuis une bonne dizaine de minutes. Il ne tomba pas et utilisa son bras pour le mettre en arrière, posé contre le mur, et ainsi ne pas basculer. L'autre personne, plus petite que lui,-quand on porte des talonnettes pour avoir 5 centimètres de plus on se tait Lüwen- s'agrippait à son veston. Heureusement qu'il n'avait pas eu de boisson dans les mains sinon son propre costume ou celui du malencontreux maladroit aurait été bien vite tâché.

Son regard avait croisé le sien, et sauf copycat, il n'y avait en général que peu de raison de se tromper sur son identité. Le plus jeune semblait bien surpris et il lui paraissait y lire de la peur. Il relâcha finalement son veston avant de tenter de le défroisser et de s'excuser platement.

Bon, bon, bon. C'était une fête. Alors il pouvait se permettre d'enlever un tout petit peu ce masque. Au pire, cela passera pour une hypocrisie de noble, au mieux, cela serait compris (ou inversement….).

«  Il n'y a rien de grave.  »

Ce n'était pas dit avec la plus grande sympathie mais au moins c'était posé. Il ne se voyait pas gronder cette personne. Déjà, clairement, il n'en avait aucune envie, et puis il y avait les erreurs importantes, et celles dont on s'excusait platement souvent à cause du rang de la personne à côté. De plus, Lüwen n'était le genre de ceux à faire un esclandre pour ce genre de choses. Il revêtait un masque intransigeant mais pas stupide. Cela le desservirait, lui, et la réputation du jeune homme.

«  Mais faites attention. Certains feraient un scandale de ce genre de choses alors regardez où vous allez.  »

Contre toute attente, et bien, c'est un conseil qui fût donné. Au final, c'était peut-être une bonne chose d'avoir bousculé Lüwen car pour une fois, il parlait.

Les deux n'eurent pas le temps d'échanger beaucoup plus car la Reine fit son apparition, bien apprêtée aussi, comme d'habitude, toujours impeccable. Il ne pouvait que lire de l'hypocrisie dans ses paroles, mais bon. L'on était obligé d'avoir des personnes qui travaillent dans les mines, en revanche, il n'était pas indispensable de séparer par l'argent et par lieu les gens, et de leur donner un salaire de misère. La musique vint rapidement à l'ouverture. Pour le moment, alors qu'un serviteur passait, il se contenta de prendre une boisson sucrée et non alcoolisée. Il jeta un regard à celui qui l'avait bousculé. S'il avait soif, c'était le moment.

Haa, doux sucre.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Sam 17 Nov - 19:23

Agnes, au fond d'elle, n'avait pas une seconde douté du fait qu'Ulric rentrerait dans son jeu. Outre leur passé respectif, l'entrevue qu'ils avaient partagée il y avait peu avait fait lever les doutes de la jeune femme : s'ils avaient changé, le maître de la forge lui vouait toujours une affection sincère. L'héritière n'était pas née de la dernière pluie et ne se reposait bien évidemment pas aveuglément sur cet état de fait ; c'était néanmoins un des doutes qu'elle avait cherché à lever, en allant ainsi le rencontrer en tête à tête, et c'était désormais une alternative sur laquelle elle pouvait compter, au besoin.
Son sourire se fit un peu plus attendri à la réponse de son vis-à-vis, une sorte d'approbation silencieuse, mais elle ne rebondit pas ni sur la réponse, ni sur la question qui s'ensuivit : leur public s'en empara bien vite pour se disperser en un brouhaha enfantin très attendrissant, mélange de balbutiements maladroits à l'intention d'Ulric et de rires puérils. Nuls doutes qu'ils prenaient les propos du brun pour argent comptant : après tout, il était celui, dans cette ville, qui s'y connaissait le plus sur le sujet. Agnes elle-même était prête à le croire sur parole.

Elle se redressa à son tour, retirant ses bras de derrière son dos pour joindre ses mains devant elle, prenant une position plus sérieuse, moins intime aussi, tandis que son regard allait se perdre du côté de l'estrade sur laquelle le discours de la Reine devait se dérouler. Elle n'allait plus tarder ; la parenthèse se referma alors tout à fait et Agnes redevint ce robot protocolaire qu'elle savait si bien incarner, les raisons sombres de sa visite lui revenant en mémoire.
« Ne vous dérangez pas, Ulric, j'ai bien peur de devoir prendre congé. » lui répondit-elle d'une voix égale, lui présentant un mince sourire navré. « J'espère que nous aurons l'occasion de nous recroiser durant la soirée. J'ai souvenir que vous étiez bon danseur... » Elle laissa sa phrase en suspens, appuyant le sous-entendu d'un signe de tête entendu, avant de le contourner pour s'éloigner en direction de l'estrade.

Agnes fendit la foule d'un pas modéré, saluant les visages qu'elle reconnaissait sous les déguisements, se contentant de sourire aux inconnus qui la reconnaissaient et qui la dévisageaient un peu trop longtemps. Toujours impeccable, toujours irréprochable ; pourtant, elle n'était pas aussi à l'aise que d'ordinaire et outre les circonstances actuelles peu adaptées à la fête, elle ressentait la lourdeur de l'air comme un poids patent sur ses épaules, lui rappelant sans cesse qu'elle n'était pas réellement à sa place.
Ses yeux clairs recherchaient le masque du corbeau dont elle avait vu Lùkas se revêtir, mais la foule l'empêchait de retrouver sa silhouette et elle finit par s'arrêter aux côtés d'un masque de renard, le saluant d'un signe de tête poli s'il lui prêtait de l'attention avant de river son regard sur la Reine qui prend place. Malgré tout, Agnes ne pouvait s'empêcher de ressentir quelque chose en apercevant sa mère ; de la rancœur, certes, beaucoup de rancœur, une dose de haine plus ou moins importante selon les jours, mais également un besoin maladif d'attirer son regard, aussi bien pour la sentir fière que pour s'assurer que son attention ne se tourne pas vers son frère.

Le discours irréprochable - toujours - arracha à la jeune femme un trouble profond : si elle restait physiquement parfaitement illisible, elle resta pourtant perturbée des mots prononcés, une sensation entêtante que la réelle teneur des sous-entendus lui échappaient au creux du ventre. Machinalement, elle jeta un coup d'œil en direction du masque du corbeau - l'original, pas l'ersatz de l'héritier - mais le goût métallique flottant dans sa bouche ne fit que s'accentuer. La musique se mit à résonner mais Agnes y resta sourde, imperméable à l'ambiance de fête pour s'enfermer, songeuse, dans une réflexion contemplative, les yeux portés au loin en direction des mines.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Hier à 22:52

Ainsi Agnes Von Rosen pouvait encore avoir des signes de tendresse malgré la présence d’un public avide, comme ce sourire, hélas trop fugace. Dès que les enfants se furent éloignés dans un piaillement inaudible, elle retrouva la raideur et le sérieux, le regard égaré quelque part vers l’estrade où la reine prononcerait bientôt son discours si faux. Ulric ne protesta pas. C’était inutile. Ils avaient tous deux des rôles à jouer en société.

« Alors je ne vous retiendrai pas. Je ferai en sorte que nous nous recroisions avant la fin de la soirée. » répondit-il à sa proposition. Il ne l’aurait décliné pour rien au monde, même s’il pensait que la demande n’avait pas pour seul objet la danse. Il adressa un sourire pour toute révérence à Agnes. Son attention avait été attirée par une scène pour le moins surprenante : Lüwen qui se faisait bousculer et ne prenait pas des airs de tyran diabolique. Lorsqu’il se retourna, elle était déjà partie. Trop tard pour qu’il ne rattrape à ce léger manquement à l’étiquette mais elle pouvait bien lui excuser de ne pas se montrer si formel lorsque les frontières étaient censées tomber pour une nuit. Une révérence n’avait rien de différent d’un mur.

Ulric, maintenant seul, hésitait désormais entre parcourir les faubourgs ou s’approcher de ce cher Lüwen. Il finit toutefois par écarter cette dernière option. Il n’avait que rarement la possibilité de parcourir librement cette partie de la ville, et pouvoir approcher tout un chacun, sans devoir craindre d’être inquiété. Il ne faisait qu’accomplir les objectifs de l’évènement. Alors il s’éloigna, n’écoutant qu’avec une attention toute relative le discours de la reine. Parfait dans le choix des mots mais c’était tout. Il était faux, inadéquat aux circonstances. Faire de la peine et de la joie les liens unissant les habitants de Draümbell était une erreur. Le discours qui aurait dû être rassurant ne fit que lui faire craindre que la violence n’éclate. Le Tag Der Toten était une injure de la part des nobles et marchands pour les mineurs. Il n’était bien d’accord qu’avec trois points : il ne fallait céder à la violence gratuite ou se laisser paralyser par la peur et enfin il était nécessaire de faire front contre les ennemis. Il aurait varié le champ lexical sur cette dernière partie, abandonné l’idée du mur pour un autre, autour des armes ou de l’unification. « Soyez unis contre nos ennemis » aurait-il dit pour éviter de rappeler les barrières contestées et contestables. Ce n’était toutefois que son opinion personnelle et il avait tendance à critiquer les choix de mots des autres, même s’ils restaient bons.

Tout à ses pensées, il cherchait également à reconnaître les traits du Meneur ; il était certainement dans le coin, prêt à agresser la reine. De ce fait, les pas d’Ulric le ramenait régulièrement à la place centrale, même s’il empruntait parfois les ruelles, où les étrangers ne se risquaient guère. Il fallait être fou, ou s’appeler Ulric De Clèves -si tant est qu’il y est une différence- pour s’éloigner de la protection des autorités et espérer n’être la proie d’un colérique ou d’un déséquilibré. Il attendait la suite des évènements. Ce Tag Der Toten verrait naître des fantômes bien plus tangibles que les précédents. C'était une évidence.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Hier à 23:21

Alors que Mika s'attendait à recevoir une bonne engueulade lui détaillant les conséquences désastreuses que son affront allait entraîner, c'est avec calme et une once de bienveillance que le ministre accepta ses excuses. Alors ça. Cette placidité inattendue venant d'une personne de son rang lui fit douter un instant de l'identité de l'individu devant lui, aussi Mika répondit à son conseil avec une moue incrédule. « Bien sûr monsieur... Je suis vraiment désolé pour votre veston... » déplora-t-il en fixant avec mortification la pauvre victime de sa maladresse, luttant contre la tentation de lisser à nouveau le vêtement. A son grand soulagement, l'arrivée de la reine coupa court à son épanchement en excuses de plus en plus embarrassant : le brouhaha ambiant se mua soudain en chuchotements fébriles, puis la voix de leur souveraine se mit à résonner dans les faubourgs.

Les lueurs vacillantes des lanternes tamisaient la place comme dans ses souvenirs mais Mika découvrait la reine sous une nouvelle lumière. Enfant il n'avait jamais vraiment prêté attention à ses paroles, captivé par sa seule présence. Mais ce soir, trop petit pour la voir derrière la foule même sur la pointe des pieds, il remarqua la dissonance de son discours : sous couvert d'hommage rendu aux défunts dans une ambiance bon enfant, le Tag Der Toten était surtout une fête politique où le Pouvoir retroussait subtilement les babines. Un soupir provenant de sa droite lui fit épier discrètement son énigmatique voisin, mais si les mots de la reine lui déplaisaient ce dernier n'en laissait rien paraître.

Un claquement de doigt en guise de clap de fin et la musique enjouée déclara le début des hostilités : une nuée de serveurs se faufilait adroitement parmi la foule déjà émoustillée et Mika repéra de loin celui qui allait causer sa future crise de foie. Il le regardait avancer dans sa direction tel le messie, la bouche entrouverte et les yeux rivés sur la pyramide de pâtisseries qu'il apportait avec lui. Hypnotisé par cette débauche de douceurs, Mika l'aurait regardé passer devant lui sans ciller si le prétendu Lüwen De Clèves ne l'avait pas arrêté le temps de choisir une boisson édulcorée. Ce dernier se tourna vers lui, interrogateur, l'invitant silencieusement à se servir à son tour.

Toujours sans cligner des yeux, le regard de Mika fit des allers-retours entre le plateau et son voisin tandis qu'il tendait une main hésitante vers l'objet de sa convoitise. Dans une lenteur aussi comique qu'insolente il s'empara d'un énorme chou à la crème, puis d'un second, puis d'un troisième. « Bonne soirée monsieur De Clèves » marmonna-t-il avant d'enfourner un quatrième dessert dans sa bouche et de partir en direction du perchoir de fortune repéré précédemment, tout en protégeant son butin tel un prédateur couvant sa prise. Ce n'était certainement pas ainsi que son père l'avait élevé mais si l'on s'en tenait aux petits gloussements qui s'échappaient de sa bouche débordant de pâte et barbouillée de crème, la part boulimique de Mika s'en fichait royalement.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Aujourd'hui à 10:06

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Neil ne croyait pas aux fantômes, et Neil n'avait aucune envie de se rendre au Tag Der Toten parce qu'il se déroulait à l'heure où son journal officiel favoris sortait le papier de son feuilleton préféré. A ce moment il se lovait toujours dans son grand fauteuil vert anis, avec ses bigoudis dans les cheveux, ses crèmes sous les yeux et le précieux papier entre les doigts. Berthe survivrait-elle à la grossesse provoquée par le frère violent de son mari ? Edouard connaîtrait-il enfin l'amour malgré son sombre passé de prisonnier tueur en série ? Il ne le savait pas encore mais il avait hâte !

Pourtant sa joie fut largement gâchée par sa piété maternelle. Lorsque sa maman était arrivé dans le salon – deux bonnes semaines avant le jour J – pour annoncer : « Oh j'aimerais tant aller au Tag Der Toten ! », son tendre cœur de fils avait fait un large bond, un salto arrière avec fente latérale et s'était réceptionné les bras bien en l'air.
Il amènerait sa môman chérie à l’événement, même s'il devait louper l'intrigue du siècle !

Puis, au travail, on lui avait annoncé qu'il ne pourrait pas, parce qu'il était de garde à l'hôpital. Il était fier en un sens – on ne lui confiait jamais la garde – et il ne comprit pas qu'il se retrouvait dans cette situation parce que tous les autres médecins voulaient se rendre à la fête comme représentants officiels du corps médical... pour éviter la désertion totale des lieux médicaux, les généralistes avaient été tirés au sort, pour désigner quatre heureux participants.
Les quatre étaient mystérieusement tombés malades.
Puis les quatre autres...
Puis les trois restants. L'un d'eux était même décédé des suites de l'ingestion d'un liquide non répertorié. Neil ne manquerait pas d'envoyer une carte de condoléance à la famille, ça se faisait, entre collègues.

Finalement il n'était resté que lui et, au lieu d'envoyer d'efficaces praticiens sur place, il y avait Neil, et une poignée d'apprentis de première année.
Et la maman de Neil, du coup, magnifique dans son très large costume de poupée, son visage couvert d'un masque de porcelaine des plus dérangeants.
Neil, lui, n'avait rien mis de particulier et certaines mauvaises langues vous diraient qu'il n'avait besoin ni de masque, ni de déguisement pour paraître effrayant.

Comme sa mère avait mis du temps à se préparer, ils étaient arrivés très en retard, même après le discours de la Reine.
Un mouvement de foule éloigna le Médecin de sa précieuse matrone et il eut presque les larmes aux yeux, un peu paniqué à l'idée de se trouver seul dans toute cette foule. Il n'aimait pas vraiment les foules... sauf quand elles écrasaient des gens.

Soudain, il remarqua le brassard des Soigneurs bien enroulé autour de son bras. Il se sentit plus fier, investi d'une grande mission...
Il bomba le torse et s’avança au hasard, souriant à tous ceux qu'il croisait.
De quoi vous filer des cauchemars.

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Dernière édition par Neil K. Grüber le Lun 19 Nov - 10:50, édité 2 fois
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Aujourd'hui à 10:45

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Morgan s'attendait à une véritable réprimande, quelque chose qui l'aiderait à se sentir un peu mieux, comme ces enfants qui ont besoin d'être punis pour évacuer leur culpabilité, parce que se faire engueuler c'était être sûr que la personne déçue s'occuperait d'eux.
Mais Edouard n'en fit rien, et son manque de réaction enfonça beaucoup plus Morgan qu'une beuglante en bonne et due forme.

Et la suite du discours lui plut encore moins. Alors qu'Edouard posait la main sur son épaule, annonçant sa volonté de partir au casse-pipe sans la moindre hésitation, le second lui bloqua les avants-bras avec force, l'empêchant de bouger.
Il n'était pas d'accord, pas d'accord du tout, et ça n'avait rien à voir avec la charge qu'Ed voulait lui coller sur les épaules.
Il se fichait de devenir chef, de prendre en main la vie de dizaines de rebelles ; mais perdre Edouard ? Hors de question. Il ne le laisserait pas faire, même si ce dernier lui en voulait après jusqu'à la fin de sa courte vie.
L'action lui fit même rater la discours de la Reine. Elle était là, pourtant il ne la voyait pas.

« Hors de question que je te laisse y aller. Si je dois t'assommer et te planquer dans un coin pour t'empêcher de faire une connerie... je le ferai. Il y aura d'autres occasions, d'autres moments... la place grouille de membres de l'Autorité : nous n'avons pas d'armes, pas d'hommes, tu vas simplement te faire massacrer alors que n'importe lequel d'entre nous serait près à mourir à ta place. La Rébellion peut survivre sans moi, et sans les autres, mais pas sans toi, c'est TOI qui la porte. On ne me suivra pas, moi, jamais. C'est pour toi qu'ils sont là, pour toi qu'ils sont prêt à mourir ou à mettre leurs familles en danger. Sans toi la rébellion n'existe pas. »

Il se tut en voyant plusieurs personnes s'approcher et les regarder étrangement. Continuant à fixer l’œil unique de son chef – et probablement ancien ami – il ordonna à un garçon près de lui :
« Fais passer le mot, on annule l'action. Tout le monde se replie vers le lieu de rencontre ».

Et c'était lui qui avait provoqué toute cette merde putain !
Maudites catins !

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MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Aujourd'hui à 15:29

Edouard ne s'attendait pas à ce que son ami lui attrape le bras de cette manière. Son regard se posa alors vers la main de Morgan qui le tenait fermement, avant de remonter ses yeux sur le masque du Professeur, écoutant ses paroles, attentivement.
Morgan avait tout faux... Il l'idéalisait trop. Edouard était certes le meneur, mais sans lui, les miniers allaient quand même se battre. Il n'était que la voix les portant à l'unisson, mais pas le déclencheur de la révolte. Il n'était pas dupe pour autant : bien-sur qu'il se savait important... Mais ils l'étaient tous, chacun à leur niveau. Il lui sourit alors, venant placer sa main sur l'épaule de Morgan, le regardant avec fierté. L'amitié que son bras-droit lui portait était très touchante.

« Tu sais comme moi qu'on aura pas autant d'impact une autre fois. La reine est là, et elle sera forcée de nous écouter. De m'entendre. Nous ne sommes pas que deux amis. Nous sommes bien plus : des cœurs vaillants se battant pour leurs droits. Je suis prêt à y aller seul, et je serais même prêt à le faire si ce n'était que pour faire entendre ma voix à qu'une poignée de personnes. Et même si je meurs... La révolution ne sera jamais vraiment vaincu. Des qu’un homme a la graine dans sa tête, tu sais, cette petite idée, ce petit souffle de révolte… Il suffit d’une personne pour que la flamme reprenne de plus belle. »

Le meneur se dégagea alors de l'emprise de son ami, quitte à le bousculer un peu s'il le fallait.
Il savait qu'il risquait gros, très gros... Mais n'est-il pas propre aux hommes de mourir pour des idées ? Derrière son masque, Edouard souriait.

« Désolé Morgan, mais l'opportunité est trop importante pour abandonner. »

D'un geste fraternel, Edouard attrapa alors son frère, son ami, son partenaire, et l'enlaça, le serrant quelques secondes contre lui... Avant de le repousser, assez brusquement, ce qui dû d'ailleurs surprendre Morgan...
Et Edouard parti se mêler à la foule. C'était une vraie tête de linotte. Il était obstiné à poursuivre le plan, il était décidé. Tant pis pour les risques. Tant pis s'il se faisait attraper... S'il devait mourir pour la rébellion, et bien il sera le premier. Le premier à regarder la reine dans les yeux...
Il n'avait pas entendu son discours. Sa voix avait raisonné en lui comme un lointain écho, mais il se doutait très bien de ce qu'elle avait dit. Des conneries.
Il se rendait bien compte que c'était une idée irréfléchi, et qu'il partait à l'abattoir... Mais le feu qui animait Edouard en cet instant était trop grand pour qu'il soit raisonnable.

Tout en se faisant un passage dans la foule, prenant soin d'avancer la tête basse, pour ne pas que certains reconnaissent son masque, Edouard portait sa main dans sa poche, touchant du bout des doigts cette petite gélule remplit d'un liquide violet... du cyanure. S'il devait se faire attraper, ça ne serait certainement pas vivant.
MessageSujet: Re: Tag Der Toten   Aujourd'hui à 15:58

N'avait-il pas fini de s'excuser ? Ha... Luwen n'arrivait même pas à l'engueuler vu la tête qu'il faisait... Son veston n'avait strictement rien, il n'était pas plissé plus que cela ! Et même si c'était le cas, cela ne se voyait même pas. Il ne préférait rien dire. De toute façon il ne se voyait pas gronder cette petite bouille... Faiblesse... Faiblesse... Il se demandait d'ailleurs quel métier il faisait. S'il était minier ou habitant. Il ne devait pas être très haut dans la société c'était un fait de toute façon sinon il n'aurait pas eu cette attitude et non il ne pensa pas un instant à le débaucher... Quoi que…

Heureusement, le serveur arriva a un moment plus qu'opportun et Luwen se servi. Il croisa d'ailleurs un instant à nouveau le visage d’Ulric et il devinait bien ce qu'il pensait. Pour cette fête il avait bien le droit de réagir ainsi non ? De toute façon, d'habitude, il aurait certainement dis un simple "Faites attention." et c'est tout. Rien de plus et pas un mot plus haut que l'autre (de toutes façons il n'y aurait eu que deux mots...).

Il tournait ensuite son attention vers celui dont il ne connaissait d'ailleurs pas le nom. Ha il aurait pu lui demander mais... Il décida de ne pas rester en place, de prendre un maximum de choux, de lui souhaiter une bonne soirée et d'y aller en courant. Un simple rictus s'étira sur les lèvres du ministre, laissant le serviteur béat. Il n'avait pas répondu mais n'en pensait pas forcément moins.

Le voilà donc à nouveau seul à savourer son cocktail et une pâtisserie.
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MessageSujet: Re: Tag Der Toten   

 
Tag Der Toten
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